A l’analyse, ce qui devrait constituer pour tout le peuple, un rendez-vous de remise à plat des divergences majeures ayant profondément bousculé le vivre ensemble s’apparente désormais à un jeu d’échecs dont le Chef de l’Etat met un point d’honneur à en conserver bien au chaud, les pièces maitresses. Talon ne veut laisser ni le roi, ni la dame, encore moins tous les cavaliers, sans compter la mainmise du Président de la République sur les « fous » et  « tours », si ce n’est à peine qu’il daigne laisser quelques maigres pions sur l’échiquier. Alors, le locataire de la Marina craindrait-t-il les conséquences d’un dégel de la situation politique qui pourrait donner du poil de la bête à une opposition qui ne démord point en ce qui concerne les revendications préalables ? Donner à l’opposition ce qui lui revient logiquement reviendrait-il pour le chef à signer sa propre capitulation ou se créer une situation où aucune autre parade ne sera envisageable ? Échec et mat…Qui a peur ?

Annoncé à hue et à dia, le dialogue-ou ce qu’il convient de désigner ainsi- entre le chef de l’Etat, Patrice Talon, et l’opposition a effectivement connu un début de concrétisation lundi 15 juillet dernier. Le chef de l’Exécutif s’est résolu à prendre langue avec dix représentants des onze partis politiques invités à cette rencontre- le parti de Candide Azanaï, Restaurer l’Espoir, ayant simplement décliné l’offre-. Au sortir de ladite rencontre, qu’y retenir ? Que les responsables politiques présents à la rencontre ont dû subir une lecture du concept « dialogue » selon Talon. Ils ont accepté de répondre favorablement à l’invitation du chef de l’Etat. Ils se sont donc rendus au palais de la Marina lundi 15 juillet 2019 dans l’après-midi. Effectivement, ils ont rencontré le président de la république, Patrice Talon, dans le cadre du « dialogue franc, sincère et inclusif » promis et annoncé par l’actuel locataire du palais de la Marina. Ce sont les représentants des partis politiques, 10 au total sur les 11régulièrement invités. Les deux parties se sont effectivement parlé. A propos de quoi ? Ce fut le hic. Par dialogue, les représentants des partis politiques entendaient aborder tous les problèmes qui se posent au Bénin au plan sociopolitique, surtout depuis la tenue des élections exclusives du 28 avril 2019. Dans l’entendement des représentants des partis présents à la rencontre avec le chef de l’Etat lundi dernier au palais de la présidence de la république, il était question de faire le tour des diverses préoccupations actuelles, du reste connues de tous, aussi bien des Béninois que de la communauté internationale. Ces préoccupations se résument d’ailleurs à la plateforme revendicative de l’opposition, préalable à toute participation à quelque négociation, à quelque dialogue. En effet, l’opposition avait conditionné sa participation au dialogue alors annoncé à quatre points. Primo, la reprise des élections législatives ; deuxio, le retour des exilés politiques ; tertio, la libération des centaines de jeunes arrêtés pour leur opinion ou pour les manifestations des 1er et 2 Mai 2019 ; quarto, la restitution des corps des personnes victimes des violences post-électorales. Ce sont, là, les quatre exigences de l’opposition dans le cadre du dialogue souhaité par le chef de l’Etat. Certes, sur l’invitation adressée aux partis politiques appelés à prendre part aux échanges lundi dernier, aucun ordre du jour ne fut mentionné. Mais le bon sens indiquait que pour avoir associé les partis de l’opposition signataires de la plateforme revendicative, le président de la république accède ipso facto auxdites revendications. L’illusion ne dura pas longtemps ce lundi 15 juillet. Les représentants des partis politiques de l’opposition durent se rendre à l’évidence. Le chef de l’Etat disposait déjà de son ordre du jour. Bien à lui. Le dialogue selon Talon Oui pour le dialogue. Mais à la Talon. Le chef de l’Etat n’a point laissé trop planer le mystère sur les questions à débattre au cours du dialogue ouvert ce lundi 15 juillet, et à l’occasion des autres rencontres à venir aux fins d’une issue favorable à la crise sociopolitique qui secoue le pays depuis mars dernier. Crise exacerbée par l’organisation des élections législatives exclusives et surtout l’installation manu militari de la huitième législature du renouveau démocratique. Ainsi, lundi dernier, les représentants des partis politiques ayant honoré l’invite présidentielle ont été mis devant le fait accompli. Pour le chef de l’Etat, il était juste question de trouver le mécanisme susceptible d’aider les partis politiques en quête du fameux certificat de conformité à entrer en possession du précieux document. Aussi, le ministre de l’intérieur, présent aux côtés du chef de l’Etat lors de la rencontre du lundi, fut-il commis à cette tâche. Jeudi prochain, les responsables des partis politiques concernés devront engager les discussions avec Sacca Lafia à effet d’obtenir le sésame au nom duquel ils furent recalés à la compétition législative. Passée cette étape, le chef de l’Etat s’engage à discuter avec les formations politiques ainsi légalement constituées à propos des deux lois scélérates et iniques, causes de tous les malheurs des Béninois, en l’occurrence, les lois portant charte des partis politiques et code électoral en république du Bénin. Point barre. Et on en aurait fini avec la lancinante question de « dialogue national ». Singulière approche des problèmes actuels A l’analyse de l’approche du chef de l’Etat  relativement aux problèmes qui secouent le pays depuis plus de quatre mois maintenant, il suffit d’octroyer le certificat de conformité aux partis politiques demandeurs, et qui en ont droit en principe, et de procéder à la relecture des deux lois querellées- la loi portant charte des partis politiques et celle portant code électoral- pour que le Bénin recouvre la paix et la cohésion nationale mises à mal au terme du processus électoral à l’aune duquel est née la huitième législature. Une telle approche, évidemment, ne traduit nullement la réalité des faits. Que fait-on des exilés et prisonniers politiques ? Qu’en est-il es émeutes orchestrées lors des élections, et surtout les 1er et 2 mai derniers ? Voilà des interrogations auxquelles le peuple exige de bonnes réponses. Et ce sont ces points qui motivent le malaise politique ambiant qui couve au pays. Par ailleurs, si les raisons profondes de la crise sociopolitique actuelle du Bénin se limitaient exclusivement à la délivrance aux partis politiques du certificat de conformité et la relecture des lois électorales-charte des partis politiques et code électoral-pourquoi avoir attendu tout ce temps pour résorber ces problèmes ? Pourquoi avoir fait le lit à toutes ces violences observées après le scrutin exclusif du 28 avril 2019, avec des dégâts matériels colossaux et des pertes en vie humaines ? Le chef de l’Etat devra reconsidérer son approche des réelles causes des maux qui minent le Bénin après les législatives d’avril passé. Dès lors, le dialogue franc, sincère et inclusif par lui souhaité devra être repensé. Ces assises devraient déboucher sur des solutions idoines, non pas des palliatifs. Le Bénin est vraiment en crise. Ne pas le reconnaitre revient à faire montre d’une myopie politique. Ce qui n’arrangerait rien. Esmer Kakpo                                      

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