Bénin/La réélection assurée d’un président selon la théorie des grands électeurs: « C’est la manière dont il tient tout le monde »

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Au prononcé du verdict ayant condamné vendredi dernier son client, Lionnel Zinsou à cinq ans d’inéligibilité entre autres peines, Me Robert Dossou n’a pas manqué d’exprimer sa grande surprise. L’ancien bâtonnier et ancien président de la Cour Constitutionnelle du Bénin est resté interloqué. «Cela fait 55 ans que je pratique le droit, et je n’ai jamais vu ça», dira ce pratiquant de grande réputation. Ceci rappelle la réaction de Me Marc Bensimhon, tombant des nues à l’issue d’une audience de la Criet dans l’affaire dans l’affaire dite de «cocaïne pure». «C’est une mascarade, un simulacre de justice. En 34 d’expérience, je n’ai jamais vu ça», avait clamé l’avocat français. La justice Béninoise pour des raisons obscures, aura-t-elle choisi de s’illustrer négativement ? Le premier des magistrats, Patrice Talon, dont la responsabilité reste entièrement engagée dans la gouvernance du pays avait pourtant prêté serment pour garantir le très bon fonctionnement de toutes les institutions du pays ainsi que la séparation des pouvoirs.   

Par JosPerzo ANAGO

Cette surprise bien marquée par l’avocat Béninois vient ainsi corroborer l’indignation d’un non moins réputé procédurier en droit, reconnu à l’échelle internationale, Me Marc Bensimhon, tombant des nues à l’issue d’une audience de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme, CRIET ayant prononcé une lourde condamnation contre l’hommes d’affaires et président d’honneur de l’USL, Sébastien Ajavon. «C’est une mascarade, un simulacre de justice. En 34 d’expérience, je n’ai jamais vu ça», avait clamé l’avocat français. A suite, Maitre Cheick du Barreau d’Abidjan et également avocat auprès de la Cour Pénale Internationale, aussi surpris, dira que la procédure telle qu’elle avait été déroulée par la Criet, n’existe dans aucun code de procédure pénale ni au Bénin ni ailleurs.  C’était le 18 octobre 2018 à Porto Novo.

Le système judiciaire du Bénin est plus que jamais décrié

De plus en de voix s’élèvent, et ce depuis l’avènement de la Rupture pour mettre à l’indexe la justice au Bénin, dont aussi bien l’indépendance et l’équité sont remises en cause. Pour maître Robert Dossou, ancien bâtonnier et ancien président de la Cour Constitutionnelle, «la justice est instrumentalisée». Mieux ou pire, Robert Dadaglo, Président de l’Unamab, (le syndicat de la justice) appréciant l’état actuel de la justice après les trois années de la gouvernance Talon parlera quant à lui, d’une « vassalisation totale » de la justice. Le président de l’Unamab a affirmé que le secteur de la justice a été sérieusement malmené depuis 2016 ce qui s’était traduit dès 2016-2017, par la modification de l’organisation judicaire à travers la création et l’installation des juridictions d’exception. Le magistrat à travers son diagnostic a pointé du doigt, de nombreuses violations de la Constitution, et a également dénoncé le non respect des principes les plus élémentaires les nominations dans tous les compartiments de l’appareil judiciaire, désorganisant du coup, tout le système.

Magistrats et justiciables en insécurité

Le blason du troisième pouvoir au Bénin est plus que terne, en témoignent les nombreux exemples d’une justice à deux vitesses, inféodée au pouvoir et de moins en moins indépendante. A l’intérieur même du système judiciaire, les magistrats se plaignent et dénoncent l’emprise de l’exécutif sur le judiciaire. Toutes choses qui constituent un réel danger quant au principe sacro-saint de la séparation des pouvoirs. Étant entendu qu’un magistrat en danger est un magistrat en insécurité, il en découle en toute conséquence que c’est le justiciable qui se retrouve en insécurité. Ce qui fait dire au magistrat Dadaglo de l’Unamab que désormais, c’est la vassalisation totale de la justice. Et que c’est pour pouvoir écraser les magistrats que la composition du Csm a été modifiée dans le sens qu’on lui connait désormais.

Les conséquences d’une collusion exécutif-judiciaire

La justice étant le socle de l’Etat de droit et de la paix, tout sabordement de son expression équitable ou de sa manifestation transparente concourt à enfanter des systèmes fantômes, prédateurs de la bonne gouvernance. Depuis l’avènement de la Rupture, le Bénin semble initier une nouvelle forme de République où on note beaucoup plus la collusion des pouvoirs et contre-pouvoirs au lieu de leur séparation. Le législatif ne s’est nullement prié, du moins la majorité des députés de la 7ème législature pour faire allégeance à l’exécutif, omettant du coup d’assurer l’une des missions cardinales de sa raison d’être qui est le contrôle de l’action gouvernementale. Quant à l’initiative des lois, la dernière assemblée nationale, bien que prolixe en vote de nouveaux textes n’en a pas été moins celle par qui les lois les plus controversées ont vu le jour, parfois dans des conditions qui jettent discrédits et doutes sur toute la mandature. Le vote des lois sur la suppression du droit de grève, le code électoral ainsi que la charte des partis politiques pour ne citer que celles-là, sont autant de textes qui ont contribué sans aucun doute à chambouler le vivre ensemble et la cohésion nationale, ramenant le pays, bien des années en arrière. Des réformes courageuses avancent le chef de l’Etat et ses soutiens les plus inconditionnels. Un véritable recul démocratique, diront les autres.   

Le paradoxe Talon

Patrice Talon, depuis son exil jusqu’aux périodes les plus tumultueuses des campagnes électorales, aura été celui qui a prôné une justice indépendante et forte à travers une gouvernance équilibrée où chacun des acteurs-clés joueraient à fond leur rôle. La presse, les syndicats, les institutions de la République…chaque catégorie dans son couloir, avait défendu avec acharnement, le citoyen et candidat, Patrice Talon. Il ne manquait la moindre occasion pour exposer à ces concitoyens, les différentes théories dont celles encore vivace des « grands électeurs« . A ce propos, l’actuel chef d’Etat n’avait pas manqué de prophétiser ce qui est de nos jours, la gestion du pouvoir.

La prophétie de Talon, la théorie des grands électeurs

Dans un entretien télévisé intitulé « MOI PRESIDENT », alors candidat, Patrice Talon avertissait : «Vous savez très bien que dans les petits pays comme le nôtre, ce qui permet à un président en exercice d’être réélu, c’est sa capacité à soumettre tout le monde. Quand tous les députés sont à sa solde, quand tous les maires sont à sa solde, quand tous les élus locaux sont à sa solde, quand tous les commerçants, le craignent, sont à sa solde, quand les partis politiques sont affaiblis, sont à sa solde, sa réélection est facile… Ne soyez pas sourds à ce que je dis : ce qui permet à un président d’être réélu avec assurance, ce qui assure la réélection d’un président, ce n’est pas son mandat, ce n’est pas son résultat, c’est la manière dont il tient les grands électeurs, c’est la manière dont il tient tout le monde, c’est la manière dont personne n’est capable de lui tenir tête, d’être compétiteur contre lui. Quand vous n’avez pas de compétiteur, vous aurez beau être mauvais, vous serez réélu» fin de citation.

https://www.ladepeche.info/wp-content/uploads/2019/08/La-théorie-des-grands-électeurs-selon-Patrice-Talon.mp4

        A l’aune de cette déclaration de Talon, nul n’est besoin d’aller loin pour comprendre les nombreuses manœuvres qui ont cours dès les lendemains de sa prise de pouvoir pour évincer tous ceux de ses potentiels adversaires politiques ou qui pourraient développer des velléités. A part les années de braise d’une révolution militaro-marxiste, de mémoire de béninois, le pays n’avait encore enregistré une telle vague de prisonniers d’opinion, encore moins d’exilés politiques.

Le « deux poids, deux mesures »

Après trois années de gestion de pouvoir, la grande majorité des béninois ne porte véritablement par leur président dans le cœur, si ce n’est une certaine élite, largement minoritaire qui, vaille que vaille, adhèrent à cette vision de « Rupture ». Il y a bien longtemps que les intellectuels et beaucoup d’investisseurs locaux s’interrogent. La classe politique et surtout l’opposition, complètement désarticulée sous les coups de boutoirs de tonitruantes réformes imposées du système partisan, n’a pas fini de se remettre d’une série d’épreuves interminables où seules, les formations politiques proches du pouvoir, tirent leur épingle du jeu.   

Les manœuvres d’intimidation contre qui ont fini par plomber la société civile si active par le passé, la chasse aux opposants ou leurs inculpations quasi permanentes devant les instances judiciaires ne sont pas de nature à rassurer les uns et les autres. La récente condamnation de Lionnel Zinsou, potentiel  adversaire de Talon en 2021 renseigne à suffisance sur les intentions du pouvoir de Cotonou. A cet effet, de nombreuses voix se sont élevées pour fustiger cette escalade. Dans un post publié sur sa page facebook, le compatriote Constant Sinzogan invite la justice à faire preuve d’équité.

JosPerzo ANAGO

lire l’encadré

« Ce qui a condamné le candidat Zinsou doit condamner un autre candidat… « 

Si on s’inscrit dans la logique du parquet et du juge de première instance de Cotonou qui a condamné Lionel Zinsou en prenant prétexte d’une reconnaissance de dette de 15 milliards de l’ancien candidat des fcbe pour fonder son jugement, il devient impérieux, ne serait-ce que pour l’équité de regarder avec intérêt la situation d’un autre candidat à cette même élection présidentielle qui a proposé par écrit un contrat de soutien à sa candidature à un seul leader politique contre 5 milliards de F Cfa. Cette somme dépassant le plafond de 3 milliards autorisé pour les dépenses de campagne, augurait donc de ce que ledit candidat avait également réuni un trésor de guerre qui dépasse les exigences du cadre légal en vigueur et qu’on a reproché au candidat Zinsou. C’est vrai qu’on ne devrait pas condamner un citoyen sur la base d’intuition, d’intention et de prétention en dehors des texte et de la règle de droit. Mais si par extraordinaire on l’a fait, il faut avoir le même sens d’intuition, le même procès d’intention, et les même prétentions judiciaires pour tous les candidats qui avaient posé des actes, laissé des écrits qui pouvaient être interprétés comme une infraction à la loi. Ceci ne serait que justice dans son sens premier. Constant Sinzogan

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