Économie/Mesures protectionnistes tous azimuts dans la sous-région Bénin: L’étau se resserre

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Aujourd’hui 13 aout 2019. Déjà deux semaines que le géant voisin de l’est, le Nigéria pour ne pas le nommer, a décidé, unilatéralement et sans préavis, de fermer ses frontières avec le Bénin. Pour 28 jours au moins. Alors que les Béninois supportaient difficilement les fâcheuses retombées de « la saute d’humeur » de leur imprévisible voisin, le Niger et le Burkina Fasso, deux autres pays frontaliers, prennent des mesures protectionnistes, visant en réalité à axfyxier l’économie béninoise. Le Nigéria serait-il aussi mêlé à ces mesures prises par ces deux pays ? Sinon, comment peut-on expliquer la subite volonté des voisins du Bénin d’étouffer économiquement leur voisin  ?

Telle la bombe atomique larguée sur Nagasaki et Hiroshima au plus fort de la deuxième guerre mondiale, la nouvelle est tombée brutalement sur les Béninois ce 20 aout 2019. Sans qu’aucun signe laisse envisager une telle éventualité. Le Nigéria décide de fermer ses frontières terrestres avec le Bénin pour un mois-28 jours précisément- de sources officielles. Motif invoqué et brandi, la prolifération de la contrebande via le Bénin.

Les produits indexés particulièrement par les pays protectionnistes sont le sucre et l’huile. A ceux-ci s’ajoutent, dans le cas particulier du Nigéria, les véhicules d’occasion. Trois produits qui transitent naturellement par le port de Cotonou avant de prendre la route vers les pays de destination, en l’occurrence les pays de l’hinterland, à savoir le Niger et le Burkina Faso. Un coup dur a priori pour le port de Cotonou, et partant, pour l‘économie nationale. Pour cause, le port n’est-il pas considéré comme le poumon de l’économie nationale ?

Manque d’anticipation

Nombre d’analystes politiques et économiques voient la main invisible du Nigéria dans les mesures protectionnistes prises et engagées par le Niger et le Burkina Faso, lesquelles mesures visent, in fine, le Bénin. En effet, de l’avis de ces spécialistes des questions économiques de la sous-région, ni le Burkina Faso, encore moins le Niger, n’auraient jamais tenté quelque mesure coercitive contre le Bénin au regard des relations économiques entre ces trois pays. La plupart des produits importés à destination de ces deux pays transitent inéluctablement par le port de Cotonou. Si le Burkina Faso et le Niger en sont parvenus à prendre ces mesures de rétorsion contre le Bénin, même si officiellement notre pays n’est pas particulièrement cité dans les communiqués rendus publics par les protectionnistes, c’est forcément pour rester dans les bonnes grâces du géant de la sous-région, le Nigéria.

Mais les mêmes analystes estiment et soutiennent que le Bénin a manqué d’anticipation dans la crise relative à la fermeture des frontières terrestres nigérianes. De leur avis, des signes avant-coureurs existaient, qui auraient dû mettre la puce à l’oreille aux gouvernants béninois. Qu’il nous souvienne.      

D’abord, ce fut le ministre nigérian de l’Agriculture, Audu Ogbeh  qui annonça les couleurs. En juin 2018, sans la moindre décence diplomatique, le ministre indexa un pays frontalier qui menace l’économie nigériane du fait de ses importations massives de riz qu’il réexporte vers le Nigéria. Pratique qui, à terme, nuit à l’économie nigériane, selon le ministre. Il dira en substance ceci : «Notre autre problème est la contrebande. Actuellement, il y a un de nos voisins qui importe du riz plus que la Chine. Pourtant, on ne consomme pas de riz étuvé dans ce pays mais du riz blanc. Ils utilisent donc leurs ports pour nuire à notre économie. Il y a donc une urgence et je le dis maintenant parce que dans quelques jours, vous entendrez que la frontière est fermée. Nous allons la fermer pour vous protéger, nous protéger et aussi protéger notre économie malgré tout ce que vous allez entendre de négatif sur internet ».Le ministre voilait à peine sa menace.

Un an plus tard, soit précisément  le samedi 8 juin 2019, à l’occasion de la «Table ronde consultative sur la croissance de la CBN», tenue à Lagos, au Nigeria, l’homme d’affaires et milliardaire, Aliko Dangote, profitera de cette tribune pour fustiger à nouveau  l’attitude du Bénin. Selon la première fortune africaine, le Bénin favorise la contrebande vers le Nigéria, ce qui fragilise le tissu économique de ce géant Etat de près de 200 millions d’habitants. Jetant le pavé dans la marre béninoise, Dangoté va déclarer : «Aucun pays ne peut survivre avec un voisin comme la République du Bénin… Leur principal travail est de faciliter la contrebande ». Le milliardaire conclut ses propos, derechef : « Le plus grand défi pour l’économie du Nigeria est de mettre un terme à la contrebande organisée par le Bénin vers le Nigeria».

Curieusement, face à ces propos pas trop loin d’une déclaration de guerre économique, aucune réaction officielle n’émana des autorités de Cotonou, soit pour calmer les Nigérians, manifestement remontés contre notre pays, soit pour donner le change au plan diplomatique. En relations internationales, le silence des autorités relevait quasiment d’un suicide, à maints égards. Au Japon, à l’occasion du Ticad, Patrice Talon a pu obtenir la tenue d’une rencontre quadripartite qui se penchera sur le sujet. Sans nourrir trop d’espoirs quant à l’issue de cette rencontre, celle-ci pourrait au moins forcer la main au chantre de la rupture à revoir sa diplomatie, notamment ses relations avec ses voisins. Patrice Talon, lors de ce moment, fera-t-il son mea culpa à son homologue nigérian, Mohammadu Buhari ? Restera-t-il égal à lui-même en faisant peu de cas des « remontrances » qui lui seront faites par ses pairs audit sommet ? Un dilemme pour l’actuel locataire du palais de la Marina.

Esmer Kakpo          

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