Bénin/Rappels intempestifs du Prd pour son appartenance à la mouvance: Adrien déclare sa flamme, Patrice n’est pas chaud

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S’il fallait identifier les acteurs politiques les plus marquants de ces trois dernières décennies, Me Adrien Houngbédji se retrouverait certainement et sans doute en pole position. Ardent défenseur de la démocratie après la conférence nationale des forces vives de février 1990, le président du Parti du renouveau démocratique-PRD- bénéficia pendant longtemps au sein de la classe politique nationale, toute tendance confondue,  d’ une estime certaine et enviée. Mais depuis avril 2016, l’homme tomba de son piédestal. Méconnaissable à la limite, quant aux convictions politiques alors jusqu’ici défendues, l’ancien président de l’Assemblée nationale passe désormais pour un « politicien à la petite semaine ».

Me Adrien Houngbédji. Rien que l’évocation de ce nom donnait des frissons, tant le personnage inspirait respect et admiration au sein de la classe politique nationale. Et cette réputation enviée et convoitée du leader des Tchoco tchoco n’était point volée. Loin s’en faut. Au contraire elle était bien méritée au regard de certains hauts faits à l’actif de cet amoureux du douillet fauteuil du palais de la Marina, qu’il n’aura jamais l’opportunité d’occuper.  Adrien Houngbédji, c’est cet actif participant à l’historique conférence nationale des forces vives de février 1990. Il se retrouva en lice au poste de premier ministre devant conduire la transition  de 11 mois retenue par l’auguste assise, en concurrence avec l’ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, Nicéphore Dieudonné Soglo. Vu les enjeux de l’heure, sans pression, Adrien Houngbédji se désista en faveur de son challenger, Nicéphore Soglo qui devint alors Premier ministre désigné et chargé de conduire la transition au terme de laquelle les nouvelles institutions du Bénin seront installées pour une ère démocratique.

Homme de conviction, homme de principe   

La fin de la transition consacra Nicéphore Soglo comme premier président démocratiquement élu du renouveau démocratique. Comme compensation, Adrien Houngbédji hérita du perchoir. Le Bénin démocratique était en marche. En sa qualité de deuxième personnalité du pays, Adrien Houngbédji balisa le terrain pour le fonctionnement au mieux des intérêts du pays d’un parlement dans un régime présidentiel,   essentiellement caractérisé par une séparation rigide des principaux pouvoirs, en l’occurrence, les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

A la deuxième législature, 1995, Adrien Houngbédji perd le perchoir au profit d’un autre dinosaure de la scène politique nationale, en la personne de Bruno Amoussou. Beau joueur, bon perdant, le président du PRD ne se lassera pour autant de la politique. En 1996, il se présenta à l’élection présidentielle contre le président sortant, Nicéphore Soglo, et surtout contre le général Mathieu Kérékou, lui, décidé à reprendre son fauteuil présidentiel à lui arraché par Soglo en 1991.

Adrien Houngbéji obtient plus de 15% des suffrages exprimés, derrière Mathieu Kérékou, arrivé deuxième de la compétition avec plus de 35% et le président sortant, Nicéphore Soglo, classé 1er du scrutin avec près de 36% des voix. Avec son score, Adrien Houngbédli arbore, à son corps défendant, les habits de grand arbitre de la compétition. Alors que les analystes le voyaient soutenir Nicéphore Soglo aux fins de la reconduction du mandat de ce dernier, le « faiseur du roi » bascula vers le général. Beaucoup de Béninois cherchent encore à comprendre les raisons qui ont pu déterminer le leader du parti arc en ciel à opérer un tel choix. Le Vin tiré, Mathieu Kérékou retrouva le palais de la Marina. Ce fut un tournant décisif dans la vie de cet acteur politique dont on disait grand bien, Adrien Houngbédji.

En guise de remerciement, et certainement conformément aux accords d’entre les deux tours, Kérékou nomma Adrien Houngbédji comme Premier Ministre. Le poste n’était pas prévu dans la constitution. Mais la loi fondamentale laissait une ouverture pour aller dans ce sens, contrairement à certaines opinions émises par des supposés juristes qui avaient une lecture erronée ou étriquée de la constitution du 11 décembre 1990. Et justement, cette interprétation erronée de la loi fondamentale favorisera une « rébellion » au sein du gouvernement de Mathieu Kérékou. Le premier ministre est considéré comme un premier ministre « Kpayo », c’est-à-dire, une pacotille.  Pour des considérations politiques ou politiciennes, certains ministres remettent en cause l’autorité du premier ministre, chargé de l’action gouvernementale. Les ministres dissidents passent outre les recommandations du premier ministre, sans que le chef du gouvernement, Mathieu Kérékou, puisse leur tirer les oreilles. On murmure que le ministre du plan de ce gouvernement, Albert Tévoèdjrè, aurait été la principale épine dans les pieds du premier ministre. Exaspéré par l’opposition interne visible au sein de l’équipe gouvernementale, Adrien Houngbédji démissionne en Mai 1998, soit juste une collaboration de deux ans avec Kérékou. En 2001, toujours arrivé troisième à la présidentielle de cette année, il se désista à aller au second tour, à l’instar du second de la compétition, Nicéphore Soglo. Ici aussi, on brandira les convictions profondes du personnage perçu comme un acteur uniquement mû par l’intérêt général. En 2006, Adrien Houngbédji se présenta à nouveau. Qualifié au second tour contre Boni Yayi, il dut subir une coalition contre lui liguée par tous les autres candidats à cette élection. Avant même la proclamation par la Cour constitutionnelle du second tour, en bon démocrate, Houngbédji félicita son tombeur, Boni Yayi. En 2011, intervint le fameux K.O. Au grand dam de Houngbédji, autoproclamé vainqueur de ce scrutin. Le pays aurait pu basculer à cette époque. Mais une fois encore, de l’avis de beaucoup, c’est encore le leader du PRD qui joua au sapeur-pompier, calma ses militants et incident clos.

La face cachée de l’iceberg  

Nous voici en 2016. Patrice Talon manifesta sa volonté de briguer la magistrature suprême. Si le magnat du coton était célèbre dans le monde des affaires, jamais on ne lui connut des ambitions politiques, même s’il fricota avec tous les régimes. De cette candidature de Patrice Talon, Adrien Houngbédji ne voulut en entendre parler. Pour rien au monde. On se souvient encore des déballages époustouflants du leader du PRD quant aux propositions on ne peut mielleuses à lui faites par le candidat du nouveau départ. Propositions évidemment rejetées. Houngbédji avait choisi son candidat : Lionel Zinsou.  Le scrutin se déroula. Patrice Talon, grâce au soutien du troisième de la compétition, Sébastien Germain Ajavon, renverse Lionel Zinsou et gravit les escaliers du palais de la Marina.

Avant 2016, il eut 2015, avec les législatives. Adrien Houngbédji arracha à nouveau le perchoir, à une voix près, contre Komi Koutché. A son investiture, il jura loyauté et fidélité au peuple béninois. On le crut. La suite sera fatale pour le Bénin. Après l’avènement du pouvoir du nouveau départ, le PRD changea radicalement d’option politique. Plus jamais, le parti n’animera quelque opposition. Conséquence, Adrien Houngbédji fit allégeance à Patrice Talon. Et quelle allégeance ! Pire que le « Pinn…Pannn » connu sous Boni Yayi avec Mathurin Nago. Incroyable scénario chez un juriste de haut rang de la trempe du président de l’Assemblée nationale, devenu « partenaire d’or » du pouvoir exécutif. Depuis ce temps, le président du PRD ne rate aucune occasion pour clamer et proclamer son soutien franc et indéfectible au président de la république. Les Béninois ont encore en mémoire ce discours un rien pathétique de Me Adrien Houngbédji à l’occasion d’une cérémonie de présentation des vœux des institutions de la république au chef de l’Etat. Il ne fait pas beau de rappeler ce piteux discours.

Malgré les bons et loyaux services par Houngbédji rendus au chef de l’Etat, le PRD subit l’implacable et piteux sort des partis politiques jugés hostiles à l’action gouvernementale, à l’occasion des dernières législatives : exclus du scrutin par la CENA. Peut-on subir pire humiliation ? Nonobstant, Adrien Houngbédji persiste dans son soutien irréductible au pouvoir de la rupture. Que de coups Houngbédji n’a-t-il pas reçus par rapport à son allégeance au régime en place. Du coup, nombreux sont nos compatriotes foncièrement déçus par Adrien Houngbédji. Ceux-ci estiment découvrir enfin le vrai visage du personnage. Pas gai.  

Vincent Mètonnou

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