Bénin/Avalanche de réactions suite à la tenue annoncée d’une concertation politique: Dialogue plombé

0
41

Jeudi 10 octobre 2019. Sauf changement de dernière heure, une dizaine de partis politiques et le chef de l’Etat, Patrice Talon, devraient se retrouver au palais de la Marina dans le cadre du dialogue politique convoqué par le patron de l’Exécutif. Curieusement, au lieu de réjouir la classe politique, l’initiative du chantre du nouveau départ exacerbe davantage les rancœurs, au motif que la rencontre du 10 octobre relèverait du saupoudrage. Tant les vraies préoccupations de la nation seront éludées. Alors, d’aucuns évoquent déjà un « monologue prescriptif et illégitime».

En lieu et place d’un dialogue national inclusif à l’instar de la conférence nationale des forces vives de février 1990, toute chose qui conduirait à une réconciliation de tous les fils du pays, foncièrement divisés depuis avril 2016 par une gouvernance politique décriée de part en part, les protagonistes politiques nationaux devront plutôt se contenter d’un dialogue politique. Même pas inclusif. Puisque toutes les formations politiques du pays ne sont pas conviées à la rencontre. Jeudi prochain, seuls neuf partis politiques sont autorisés à prendre part à l’assise convoquée par le président de la république.

Ce n’était pas la promesse faite par Patrice Talon le 20 mai passé dans son adresse au peuple suite aux élections législatives controversées du 28 avril 2019, au terme desquelles la huitième législature a pris fonction. « J’inviterai très prochainement toute la classe politique pour des échanges directs, francs et constructifs au profit de notre bien commun, le Bénin », annonça le chef de l’Etat. Dans le temps, nombre de nos compatriotes s’étaient convaincus de ce que Patrice Talon avait enfin pris la mesure du malaise politique profond qui déchirait le pays. Pure illusion. Le pouvoir de la rupture n’est visiblement pas encore prêt à changer sa méthode de gouvernance, essentiellement caractérisée par la mise en quarantaine de voix discordantes.

 On observera d’ailleurs qu’en dehors de la Force cauris pour un Bénin émergent- FCBE- de Boni Yayi, lequel boude déjà l’initiative du président de la république, tous les autres partis politiques appartiennent au cercle des laudateurs du pouvoir de la rupture.

UNE STRATÉGIE DE DIVERSION DU GOUVERNEMENT

Les grands partis politiques de l’opposition du pays n’ont pas tardé à exprimer leur déception quant aux conditions voulues et imposées par le pouvoir en place dans l’organisation du « supposé dialogue politique » qui s’ouvrira jeudi prochain. Ainsi, selon le docteur Fidel Sonon de l’Union Sociale Libérale-USL- de Sébastien Germain Ajavon, le dialogue tel que conçu par le chef de l’Etat est un monologue prescriptif donc illégitime au regard de la crise politique actuelle. « En cohérence avec notre position initiale, soutient l’analyste politique, l’USL ne reconnaît aucune légitimité à ce dialogue ». En effet, pour Fidel Sonon,  le dialogue ne respecte pas les trois conditions d’un dialogue franc, sincère et inclusif que sont un médiateur neutre et consensuel, un dialogue qui réunit toutes les parties prenantes et non seulement les partis politiques et l’Exécutif et  un dialogue qui aborde toutes les questions essentielles génératrices de la crise politique et non réducteur au toilettage de la charte des partis et le code électoral. C’est dire que même si l’USL y était invité elle n’y serait pas.

Partant, l’USL dénonce un dialogue qui est en fait un MONOLOGUE PRESCRIPTIF. Pour cause, le caractère prescriptif et absurde de ce monologue, argumente Sonon, vient de ce que la crise est née d’une exclusion de tous les partis de l’opposition d’une élection législative. « Vous organisez un dialogue pour soit disant régler cette crise. Mais curieusement on n’y trouve aucun parti exclu et pis encore au menu de ce dialogue ne se trouve inscrit nulle part l’élection législative d’où lesdits partis ont été délibérément exclus ».

De l’avis du cadre de l’Usl, « ce monologue nous écarte des priorités de l’heure qui pour l’USL sont:

a) La fermeture de la frontière avec le Nigeria et ses impacts sur les populations

b) le non-respect par le Bénin de la décision de la CADHP relative à la condamnation fantaisiste de notre leader et les conséquences auxquelles le pays s’expose

c) Le PAG resté irréalisé en grande partie alors que le gouvernement vient d’envoyer au parlement son dernier budget du quinquennat qui sera financé en majorité par la dette qui est déjà colossale ».

L’USL estime qu’il est de la responsabilité du gouvernement d’entreprendre les actions nécessaires pour la réouverture de la frontière entre le Benin et le Nigéria. Pour l’instant le Nigéria n’exige même pas la matérialité de l’arrêt de la réexportation du riz vers le Nigéria mais demande simplement de prendre un acte officiel qui interdit cette réexportation. Donc le Benin sait ce qu’il doit faire, mais alors pourquoi les autorités actuelle ne le font-elles pas? S’interroge le parti.

Sur la question de la CADHP, le docteur Sonon  indique que contrairement à certaine presse proche du pouvoir, le Bénin court des risques de lourdes sanctions. En dehors des sanctions pécuniaires qui seront bientôt prises en réparation des dommages causés à Sébastien Germin Ajavon, il y a ce qu’on peut appeler les sanctions disciplinaires qui seront la résultante du non-respect de la décision de la CADHP d’annuler la condamnation prononcée par la CRIET. La Conférence des Chefs d’États est déjà saisie et nous attendons la suite, précise-t-il. C’est pour cela que ceux qui pensent que l’opposition dort, ceux qui pensent que l’USL dort doivent penser encore, car lorsqu’un chef d’Etat avoue qu’il ne dort pas et qu’il est préoccupé, ce ne sont pas des indicateurs d’une opposition qui dort, conclut Fidel Sonon.

Par rapport au budget, le cadre de l’USL estime que si les projets phares du PAG sont exécutés (pour ceux qui le sont) c’est dans une totale opacité ; ce qui rend difficile l’évaluation de l’efficience. Il s’est inquiété de la soutenabilité de la dette du Bénin qui est de 3251 milliards de FCFA au 31 décembre 2018.

Même ligne chez les cauris

Au niveau de la Force cauris pour un Bénin émergent, FCBE, la réaction ne diffère guère par rapport au dialogue politique annoncé. En effet, dans une correspondance qui circule sur les réseaux sociaux depuis le 4 octobre dernier, correspondance qui serait signée de Paul Hounkpè,  on peut y lire : «  votre lettre d’invitation n’ayant pas précisé le contenu de ce dialogue, nous n’avons aucune idée sur les termes de référence dudit dialogue afin de s’y préparer conséquemment et d’identifier les personnes ressources dont les profils seraient en adéquation avec les sujets à débattre.

Par ailleurs, poursuit le document, notre parti est un parti de l’opposition qui combat aux côtés d’autres formations politiques pour le rétablissement des règles démocratiques, des libertés et la restauration d’un Etat de droit. Ces partis n’ont pas pu obtenir à ce jour leur existence juridique et ne sont visiblement pas invités au dialogue.

D’autre part, continue la lettre, la composition des invités au dialogue nous paraît incomplète et pourrait laisser croire à un complot de la classe politique contre le peuple béninois eu égard à l’absence des représentants de la société civile (Chefs coutumiers, ONG, etc.) qui peuvent jouer, en de pareilles circonstances, un rôle de catalyseur. Ensuite dans tout dialogue, il faut un facilitateur.

Enfin, dénonce le document, la plate-forme revendicative de l’opposition en général et celle du Parti FCBE en particulier est remplie de nombreuses questions qui méritent d’être levées avant tout dialogue politique. Il s’agit notamment :

-De la libération des prisonniers politiques et l’arrêt des poursuites à caractères politiques ;

-de l’abandon des poursuites à l’égard du président d’honneur de notre Parti, son Excellence le Président Boni YAYI.

-du retour des exilés politiques sous mandat d’arrêt ou non ;

-du point des décès et dégâts matériels occasionnés par les violences post-électorales ;

-de la restitution aux parents des victimes des corps qui seraient encore sous-sellé judiciaire ;

-de la reprise des élections législatives ;

Eu égard à ce qui précède et en attendant les garanties de votre part sur les préoccupations sus évoquées, le Parti FCBE réitère sa quête d’un dialogue sincère et inclusif ainsi que sa disponibilité à œuvrer avec l’ensemble de la classe politique à la recherche de solutions pour la normalisation de la vie politique dans notre pays ».En somme, le parti de Boni Yayi, à l’instar de l’USL, ne serait pas partant pour cautionner la rencontre du jeudi prochain. D’ailleurs, la FCBE inviterait ses cadres à une concertation ce lundi 7 octobre 2019 afin de concilier les positions de ligne avec les autres partis politiques de l’opposition.

Et Soglo se mêle à la danse.

Ancien président de la république, chef de file de la « résistance », mouvement créé par les opposants pour « restaurer » la démocratie à leurs yeux en danger, Nicéphore Soglo s’invite au débat sur le dialogue politique prévu le 10 octobre prochain. Dans cette perspective, le premier président démocratiquement élu du renouveau démocratique, en sa qualité de chef du mouvement « résistance », invite tous les responsables politiques de l’opposition à une rencontre au siège de la RB le lundi 10 octobre 2019, c’est-à-dire aux mêmes jour et heure du dialogue politique convoqué par le chef de l’Etat. Un vrai challenge pour l’opposition. En effet, si les opposants réussissaient à tenir leur assise ce jour, il est évident que le dialogue politique convoqué par Patrice Talon subira un vrai revers. Dans la crise qui oppose le pouvoir et l’opposition, on n’a donc encore rien vu.

Folashadé Manu    

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici