Sorties médiatiques et regain de discours populistes du Chef de l’Etat Béninois: Talon en quête de popularité

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Selon le politologue Boni Richard Ouorou

Ces derniers jours, le chef de l’Etat, Patrice Talon, s’est découvert une nouvelle vocation. Le président de la république du Bénin ne rate plus la moindre opportunité pour aborder publiquement certaines questions qui fâchent, au point de titiller une communauté internationale, certes pas toujours soucieuse du développement réel de l’Afrique. Ainsi, après avoir pris fait et cause en faveur de l’abandon du FCFA, Patrice Talon s’attaque au système économique et financier mondial. Seulement, la nouvelle posture du chef de l’Etat suscite des réflexions de certains de ses concitoyens. Ceux-ci s’interrogent sur la finalité de ces interventions médiatiques sur des questions aussi sensibles. Parmi ces compatriotes peu convaincus de la démarche du chef de l’Etat, Boni Richard Ouorou.

Politologue, Richard Boni Ouorou se refuse à se laisser séduire par les dernières interventions de Patrice Talon sur des questions internationales, certes déjà récurrentes, mais dont l’actualité ne tarit presque jamais. L’expert en management politique se demande comment le chef de l’Etat peut se permettre de critiquer les bailleurs de fonds alors que sa gouvernance n’est pas exempte de reproches. Aussi, s’étonne Richard Ouorou, : « selon M. Patrice Talon le président du Bénin, des pays qui revendiquent le droit d’expulser un citoyen étranger sans prouver le dommage et le préjudice causé par ce dernier à son pays, peut reprocher aux pays de ces derniers de nous considérer comme pays à risque au moment d’accorder un prêt » ?

« On dit de vous que vous êtes milliardaire, poursuit le politologue, mais je parie que la majorité ou même la totalité de votre fortune se trouve dans des banques étrangères ». Or, avance Ouorou,  «  en refusant de déposer vos avoirs dans les banques commerciales de vos pays que vous dirigez pourtant,  vous empêchez ainsi vos concitoyens à avoir accès à des prêts conséquents pour développer leurs activités ». Dans ces conditions, comment peut-on reprocher aux autres de ne pas faire autant ou de le faire avec conditions ? S’offusque le politologue.

« Vous chefs d’ÉTAT qui refusez de déposer vos avoirs dans les banques de vos pays, en donnant ainsi l’impression que vos institutions ne sont pas dignes de confiance ou que vos avoirs sont issus de corruption ou directement de détournement de denier public, vous voulez faire des reproches aux autres ?

Vous êtes capable de dire que le peuple au nom duquel vous voulez emprunter ne doit pas faire valoir son droit au contrôle délégué à sa représentation et vous pensez qu’on ne va pas vous prendre comme pays à risque ? 

Vous choisissez dans vos pays les représentants du peuple que vous voulez sans tenir compte de son choix et faites voter des lois sources de crise à long terme et vous pensez être irréprochables ? 

Vos lois ne sont pas au bénéfice de l’ensemble de vos populations et sont conçues pour servir vos intérêts et vous pensez que vous n’êtes pas un risque « » ? Dénonce Richard Boni Ouorou, franchement très remonté contre le président de la république de son pays d’abord, des autres pays africains ensuite. Et il ne s’arrête pas là. Il estime qu’on ne saurait accepter l’inféodation de la justice à l’Exécutif dans un pays à régime présidentiel, essentiellement caractérisé par la séparation rigide des principaux pouvoirs. Le cas échéant, ce pays constituerait inévitablement aux yeux des partenaires techniques et financiers, un risque, d’après Ouorou.

Par rapport au dernier scrutin, l’expert fait observer : « La première élection que vous avez organisée s’est soldée par des morts et des tirs à balles réelles sur vos propres populations ». Ceci ne constitue-t-il pas un risque pour les affaires ? 

Aux yeux de Richard Ouorou, que le ministre de la justice sorte une circulaire illégale sans aucun fondement juridique, qui demande aux administrations sous ses ordres de ne pas produire des actes administratifs à des citoyens, ce qui s’apparente à un retrait temporaire de la citoyenneté , c’est la preuve qu’un tel Etat peut être un risque pour les investisseurs. 

Pour ce Béninois de la diaspora, entamer des procédures judiciaires sans fondements contre ses concitoyens en interprétant les lois à son profit, n’est-ce pas un risque pour les bailleurs de fonds ? Gérer l’Etat et le bien publics avec la collaboration de ses amis et employés de ses sociétés et nier qu’on représente un risque pour l’argent d’autrui n’est pas juste. 

                                  Du discours des occidentaux

Sans gober les discours tenus par la communauté internationale, Richard Ouorou dénie aux dirigeants africains le droit de critiquer la pratique. « Vous dites que les institutions ne font que des discours, mais il y a longtemps qu’elles font des discours. Pourquoi triez-vous les bons discours et rejetez les mauvais » ? Par ailleurs, s’insurge-t-il : « Lorsque vous trichez aux élections dans vos pays et malgré ça, l’Union européenne vous déclare vainqueur et vous déportez les vrais vainqueurs vers la CPI qui les accepte, ces discours vous plaisent n’est-ce pas ?

Lorsqu’au Bénin vous avez détruit le commerce des pauvres dames et que malgré ça Christine Lagarde et le FMI viennent dire que vos économies se portent bien (…), ces discours, vous ne les conspuez pas » ? 

« Il y a longtemps que les occidentaux prônent des discours qui vont à l’encontre de l’intérêt des peuples noirs qu’ils exploitent et vous les dirigeants ne dites rien, parce que certains de ces discours vous ouvrent les voies aux exactions et de la servitude de vos peuples », tranche le politologue.

 Du coup, se demande-t-il : « Et si vous êtes capable de faire tout ça à vos concitoyens, imaginez ce que vous êtes capable de faire aux autre une fois qu’ils vous auront donné leur argent pour vous rendre fort ? Si vous êtes capable de tuer, de torturer vos populations imaginez ce que vous êtes capables de faire aux autres ; ils ne sont pas idiots pour vous donner leur argent dans ces conditions-là », et de conseiller : « Apprenez à mieux gouverner, à donner l’exemple. Il suffit d’avoir une gouvernance exemplaire, de militer en faveur de la transparence au sommet de l’Etat et dans la gestion publique.  De formuler des lois claires et transparentes avec application impersonnelle, de favoriser la liberté de choix et d’expression, et susciter la consommation en donnant l’exemple. Pour que vos concitoyens puissent créer des entreprises et gagner d’importants revenus afin de pouvoir participer aux budgets et aux différents programmes de développements de vos États par leurs cotisations fiscales ».

Conclusion de Ricjhard Boni Ouorou, «  Ça vous évitera de porter des costumes anglais, chaussures italiennes alors que vos cordonniers croupissent sous le poids des dettes pour aller vous ridiculiser. La prochaine fois qu’on vous tend un micro en public, rappelez-vous de ça et évitez-nous le paradoxe ». « Je n’écris pas ça avec fierté parce qu’en d’autres circonstances, je devais vous soutenir, chers présidents africains. Mais je me trouve obligé d’être franc et ne pas jouer avec ma conscience », confesse le compatriote. « Nous devons nous responsabiliser, voilà en quoi se résume ma pensée ». Fin de propos.

Manu Folashadé

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