Bénin/Suspension des émissions de Soleil Fm: Silence ! La Haac travaille

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La Nouvelle Tribune introuvable dans les Kiosques depuis sa suspension par la HAAC, malgré une décision de justice favorable au quotidien. Sikka TV inaccessible au Bénin sur le bouquet Canal plus. Et maintenant, Soleil FM sommée de suspendre ses émissions jusqu’à nouvel ordre. Décidément, la liberté de presse au Bénin n’est certainement pas la chose la mieux partagée au sein de la rupture. Cette nouvelle décision de la HAAC, institution constitutionnellement chargée de protéger et de défendre la liberté de presse au Bénin, constitue, ni plus ni moins un nouveau coup dur pour cet attribut essentiel de la démocratie.  Un nouveau coup dur pour les amis de la liberté et de la démocratie, ce qui contraste bien avec l’option choisie par l’instance de régulation des médias au Bénin. Car chaque jour, l’espace de liberté se réduit, telle une peau de chagrin. Silence ! La Haac travaille peut-on dire.  

 « La Direction de Soleil FM 106 Mhz informe les auditeurs de la radio que par correspondance en date de ce jour mardi 17 décembre 2019, la HAAC nous demande de suspendre nos émissions à partir de minuit et ce jusqu’à nouvel ordre. Notre convention est arrivée à expiration et le processus de renouvellement que nous avons enclenché dans le délai requis n’a pas prospéré pour le moment. » C’est par ce communiqué que le rédacteur en chef de Radio Soleil Fm, Saturnin Djossou, avec un brin de tristesse, informa les auditeurs de la station de la décision de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication, HAAC, telle une fatwa, qui venait de tomber sur la radio.

 Une énième décision de la HAAC qui suspend un organe de presse. Pourtant, telle ne devrait jamais être la vocation première de l’institution en charge de la régulation des médias au Bénin. Et pour cause. Certes, l’institution a pour mission de réguler le travail des médias : presse écrite, radios et télévisions. À ce titre, elle veille à un traitement juste, éthique et professionnel de l’information, et à l’accès équitable des citoyens aux médias de service public.

Mais cette mission de régulation des médias ne devrait, en principe, jamais éloigner la HAAC de sa vocation première, telle que définie à l’article 142 de la constitution du 11 décembre 1990. Surtout que cet article n’a fait l’objet d’aucune modification avec la réforme constitutionnelle intervenue le 1er novembre dernier. Aux termes de l’article 142 de la loi fondamentale en vigueur au Bénin, « La Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication a pour mission de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse, ainsi que de tous les moyens de communication de masse dans le respect de la loi. Elle veille au respect de la déontologie en matière d’information et à l’accès équitable des partis politiques, des associations et des citoyens aux moyens officiels d’information et de communication ». Ainsi, selon l’esprit et même la lettre de cette disposition constitutionnelle, la HAAC est d’abord perçue comme une institution de contrepouvoir, en charge de veiller à la liberté de la presse. Ce n’est certainement pas un hasard si le degré de démocratie des pays se mesure, entre autres, à l’aune de la liberté de presse. De ce fait, la HAAC devrait veiller à ce qu’aucun organe de presse ne soit ni suspendu provisoirement, encore moins définitivement. Les mesures préventives à elles reconnues par sa loi organique devraient plutôt participer de la sensibilisation ou même de la discipline des professionnels des médias à rester collés et attachés aux règles de l’éthique et de la déontologie. Hélas…

Le cas soleil FM

Les confrères de la station ne sont tombés sous le coup d’aucune faute professionnelle. La suspension des émissions de la radio décrétée par la HAAC relève d’une formalité administrative, notamment le renouvellement de leur convention, c’est-à-dire au renouvellement de la licence d’exploitation arrivée à expiration. En la matière, la HAAC devrait faciliter les conditions à la radio dans cette formalité administrative. Surtout que des démarches ont été entreprises à temps par les confrères aux fins du renouvellement. Et de l’avais de nombre de citoyens et même du directeur de la radio, Jérôme Kassa, la HAAC n’avait manifesté aucun empressement à répondre au courrier introduit à cet effet. Elle a attendu quasiment la dernière minute de l’expiration de l’agrément pour porter l’estocade à l’organe à travers cette décision sans appel et sans recours de suspension des émissions de la chaine, « jusqu’à nouvel ordre ».Du déjà entendu. Et souvent, ce n’est jamais « beau » pour l’organe.

Aussitôt la décision tombée, des réactions ont fusé. Aussi bien à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. En voici quelques-unes. Au plaisir…

Manu Folashadé             

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