Gouvernance/Absence d’institutions de contre pouvoir et recul des libertés au Bénin: Rupture de démocratie

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« Plus on a mal, plus on en parle », admet un proverbe fon. Les Béninois ont mal du sort fait par le régime de la rupture à leur démocratie. Aussi, après l’apparente accalmie observée au lendemain du dialogue politique, lequel était censé résoudre certaines questions relatives au malaise politique ambiant dans le pays, des voix reprennent à se faire entendre. Après celle du politologue Mathias Hounkpè , lequel évoquait une « démocratie contrôlée », à travers une série de réflexions, Fatiou Ousman vient, lui aussi, apporter sa vision par rapport à l’image que présente désormais la démocratie béninoise sous le régime de la Rupture. Et contrairement à Mahias Hounkpè qui parle d’une « démocratie contrôlée, Fatiou Ousman, lui, opte plutôt pour « une démocratie en rupture ».

« Le constat fait par le politologue HOUNKPE est incontestable, celui d’un pays dont les institutions d’équilibre/de contre-pouvoir et les autorités administratives indépendantes sont sous le contrôle de l’exécutif, où les syndicats sont relégués au rang d’observateurs impuissants, où la presse est muselée et soumise et où les libertés publiques et individuelles ont subi un grave recul ». Ces propos émanent de Fatiou Ousman, dans son diagnostic de la situation politique qui est actuellement celle du Bénin. Pour cet autre observateur averti de la scène politique nationale, les attributs élémentaires caractéristiques d’une démocratie n’existent même plus au Bénin sous le régime de la rupture. Ces attributs ont nom, ici et ailleurs, l’existence et le fonctionnement effectif des institutions de contrepouvoir, en l’occurrence, un parlement avec une majorité parlementaire et surtout une opposition qui a droit de cité ; la veille citoyenne assurée par les syndicats qui exercent en toute liberté leurs activités ; l’existence d’une presse réellement libre et indépendante ; le respect scrupuleux des libertés individuelles et collectives, pour ne citer que ces aspects-là.

 Pour Fatiou Ousman, c’est à l’aune de ces éléments que l’on juge une démocratie. Et lorsqu’on tente de se livrer à cet exercice au Bénin actuel, le constat est plus qu’amer, se désole notre compatriote, qui partage entièrement le point de vue de son concitoyen Mathias Hounkpè. Et ce point de vue, c’est celui « d’un Bénin sous contrôle d’une minorité d’individus au détriment de la majorité réduite au silence et contrainte de subir ».

 Seulement, Fatiou Ousman estime que son compatriote Mathias Hounkpè a usé d’euphémisme dans son diagnostic de la situation politique actuelle au Bénin. A ses yeux, le tableau paraitrait plus noir que ça. « Quand les vannes démocratiques sont fermées, que les mécanismes d’aération politique sont bouchés et que la contestation est réprimée dans le sang, instaurant la peur et la psychose au sein des populations, il n’est plus question de démocratie, encore moins d’une démocratie contrôlée. Osons le dire et admettons-le : le Bénin a pris un virage autoritaire et antidémocratique à 90 degrés depuis l’avènement du Nouveau Départ devenu Rupture ». Fatiou Ousman se refuse carrément à toute cachotterie quant à l’analyse de la situation politique que connait le Bénin depuis l’avènement du pouvoir de la rupture. Laissant de côté « la langue de bois », il choisit carrément d’appeler un chat un chat. Et pour rester fidèle à sa logique de nommer les choses comme elles se présentent à ses yeux, l’analyste finit par ces mots, en guise de conclusion à son diagnostic : « La démocratie est en rupture au Bénin, une rupture assumée par ses auteurs qui vous parleront d’efficacité économique… Comme si la démocratie s’opposait au développement… 

Il faut le dire clairement, ouvertement, fortement, longuement, patiemment, méthodiquement et passionnément, pour pouvoir en guérir et y mettre un terme ». Suivez plutôt l’analyste.

Par Manu Folashadé.

Encadré

Le diagnostic de Fatiou Ousman

Nommer précisément les choses permet de les changer. Le médecin, pour soigner, doit dresser un diagnostic. Le juriste, pour résoudre un cas pratique, doit qualifier les faits puis les passer au crible du Droit. 

Fatiou Ousman

J’ai lu récemment que le Bénin était désormais une Démocratie Contrôlée. Le constat fait par le politologue HOUNKPE est incontestable, celui d’un pays dont les institutions d’équilibre/de contre-pouvoir et les autorités administratives indépendantes sont sous le contrôle de l’exécutif, où les syndicats sont relégués au rang d’observateurs impuissants, où la presse est muselée et soumise et où les libertés publiques et individuelles ont subi un grave recul. 

Je partage ce constat d’un Bénin sous contrôle d’une minorité d’individus au détriment de la majorité réduite au silence et contrainte de subir. 

Pour autant, je considère que ce type de régime mérite une qualification moins pudique et timide. 

Quand les vannes démocratiques sont fermées, que les mécanismes d’aération politique sont bouchés et que la contestation est réprimée dans le sang, instaurant la peur et la psychose au sein des populations, il n’est plus question de démocratie, encore moins d’une démocratie contrôlée. Osons le dire et admettons-le : le Bénin a pris un virage autoritaire et antidémocratique à 90 degrés depuis l’avènement du Nouveau Départ devenu Rupture. 

La démocratie est en rupture au Bénin, une rupture assumée par ses auteurs qui vous parleront d’efficacité économique… Comme si la démocratie s’opposait au développement… 

Il faut le dire clairement, ouvertement, fortement, longuement, patiemment, méthodiquement et passionnément, pour pouvoir en guérir et y mettre un terme. 

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