Bénin/Municipales 2020 -Report ou boycott: 17 raisons pour bouder le scrutin du 17 mai

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Plus de 114 000 morts à la date d’aujourd’hui. Et plus de 1.653.204 personnes contaminées. Et ce, pour la majorité, dans les pays développés dont la fiabilité et les performances du système sanitaire ne sont plus à démontrer. En Afrique, on dénombre plus de 9000 cas déjà et plus de 400 morts. Des chiffres qui donnent le tournis et qui obligent les grands de ce monde à réfléchir 7 fois avant d’engager quelque décision, surtout si la vie de leurs gouvernés devrait être menacée. Paradoxalement, et contre toute attente, le gouvernement de la rupture a décidé de maintenir les élections communales et municipales dont l’organisation est prévue au 17 mai 2020. Ce maintien du scrutin, on s’en doute, suscite polémiques, incompréhension et surtout appréhensions, au regard de la rapidité avec laquelle le Coronavirus se propage, ici et ailleurs.

La plupart des études basées sur l’observation du Covid-19 dans le monde établissent que les pays africains, dont le Bénin, seront durement frappés dans les prochaines semaines, le mois de mai 2020 étant identifié comme le pic de la pandémie en Afrique. Pourtant, oui pourtant, le gouvernement du Bénin, dans une indifférence totale, se propose de tenir le scrutin retenu pour le 17 mai prochain. Aussi, des voix s’élèvent-elles, par forcément les moindres, qui, pour demander le report de ces consultations électorales, qui encore, pour exiger leur boycott pur et simple. Et dans l’un ou dans l’autre cas, des arguments plaident en faveur d’une telle position. Voici 17 raisons de bouder les élections communales et municipales du 17mai prochain.

1-Malgré toutes les mesures sécuritaires que le gouvernement de la rupture s’engage à prendre ce jour-là, aucun électeur, aucun individu ne peut se considérer comme étant à l’abri du risque de contamination.

2- Nombreux sont ceux qui ont, dans un premier temps, tenté de relativiser la gravité de la situation en rappelant le nombre de morts dû à la grippe saisonnière, aux épidémies de VIH et d’Ebola. Seulement, la réalité du covid-19 prouve bien que cette pandémie ne ressemble à aucune autre connue de l’humanité.

3- Au demeurant, avancer ce type d’argument revient à faire fi du caractère global et absolu de cette pandémie. 

4- Et même si la contagiosité du virus a vraisemblablement joué un rôle dans ce basculement, du stade épidémique à celui de pandémie, la mondialisation marquée par l’accélération de la circulation des personnes est au cœur du processus de propagation.

5- Les mesures prises par le Gouvernement, si elles ont le mérite d’exister, semblent insuffisantes à protéger les Béninois et à faire face à la propagation massive de ce virus dans les prochaines semaines.

6 – Par conséquent, la question de la vie et de la santé des citoyens s’impose à tout agenda politique et à tout processus électoral.

 7 -La valeur de la vie humaine devrait prendre le pas sur toute autre considération, et partant, contraindre le gouvernement à différer le scrutin du 17 mai.

8 – Si l’Ethiopie a reporté sine die ses élections générales prévues en août 2020, si la France a reporté dans les mêmes conditions le second tour de ses communales et si les USA redoutent la tenue d’une campagne électorale dans un tel contexte sanitaire, pourquoi le Bénin s’illustrerait-t-il encore négativement à travers le maintien du scrutin  du 17 mai 2020 ?

9– Le chef de l’Etat motive le maintien du scrutin en brandissant la Conférence dite des Présidents d’Institutions de la République, du reste organisée par vidéo. Inutile de rappeler qu’un tel organe n’est ni légal, ni constitutionnel.

10 – Les échanges entre le Président de la République et ses homologues à la tête des institutions sont des échanges informels qui n’engagent pas la République

C’est donc la décision de l’Exécutif Béninois seul de maintenir le scrutin local du 17 mai 2020

11 –  La décision de faire l’essentiel de la campagne électorale à travers les médias se heurte à une réalité structurelle même des studios de radio et Tv deviennent de fait, de vrais réceptacles de virus.

12 – En maintenant le scrutin au 17 mai, l’Exécutif prend une décision   lourde de conséquences, puisque si les écoles et universités ont été fermées jusqu’au 10 mai 2020, les marchés restent ouverts et les transports en commun sont autorisés, favorisant ainsi une proximité dangereuse, comme celle que pourrait occasionner le vote du 17 mai 2020.

13- Le contexte actuel étant particulièrement anxiogène il devient quasiment dangereux d’organiser un  scrutin communal et local le 17 mai 2020, sous l’égide de la CENA.

14 – La couverture spatiale du territoire nationale aussi bien par la radiodiffusion, la télévision que les réseaux Gsm reste approximative et ne garantit par un accès efficient des citoyens aux médias

15 -Si la France a décidé de reporter le second tour des élections communales, le ciel tomberait-il sur la terre si le Bénin prend la même décision ?

16 – Quel enjeu politique le scrutin du 17 mai prochain représente-t-il  pour le pays au point où son annulation provoquerait-il un séisme ?

17 -Le seul et urgent enjeu politique pour le Peuple béninois est la reconquête des libertés, le rétablissement de l’Etat de droit, la restauration de la Démocratie et la sauvegarde des Acquis de la Conférence Nationale.

La Rédaction

Maitre Fatiou Ousman

Lire l’intégralité de la lettre ouverte de Maitre Fatiou Ousman, Avocat et citoyen béninois

Lettre ouverte aU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE du Bénin

Pour le report de l’élection communale du 17 mai 2020

COVID19

Pas d’élection communale le 17 mai 2020

Notre Vie d’abord.

Monsieur le Président de La République,

C’est avec gravité que je m’adresse à vous en tant que citoyen béninois concerné et inquiet, face à la situation exceptionnelle que nous vivons depuis plusieurs semaines.

Le monde est frappé par une crise sanitaire inédite liée à la propagation du Coronavirus aussi appelé Covid-19.

A ce jour 1 653 204 personnes ont été contaminées par ce virus et 102 088 en sont mortes, la majorité dans des pays ayant les systèmes de santé les plus performants et avancés.

Si, en Afrique, pour l’heure on dénombre 9 000 cas recensés et près de 400 morts (52 pays touchés sur les 54), il s’agit d’un bilan en trompe-l’œil qui n’est nullement rassurant pour les experts ni la communauté scientifique.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), rompant avec sa prudence habituelle, a très tôt prévenu le continent africain de « se préparer au pire ».

Le prix Nobel de la Paix 2018, le Professeur Denis MUKWEGE, dans les colonnes du Journal français LE MONDE (édition du 28 mars 2020), a lancé un appel à « éviter la pandémie ».

En ce qui concerne notre pays le Bénin, le nombre de personnes affectées a triplé en moins de trois semaines pour atteindre 35 cas confirmés et 1 décès. Le premier cas a été diagnostiqué le 16 mars 2020.

Un foyer de 130 personnes potentiellement contaminées aurait été détecté dans le centre.

La courbe de la propagation est donc ascendante, ce qui laisse craindre une augmentation importante du nombre de citoyens béninois touchés par ce virus meurtrier.

L’observation de l’évolution de cette pandémie dans les pays les plus touchés est assez édifiante sur les risques pour le Bénin.

En France par exemple, la pandémie de Covid-19 a été identifiée le 24 janvier 2020 et concernait alors trois premiers cas. Dès le 14 mars 2020, soit 49 jours plus tard, l’épidémie est passée au stade 3 de sorte que tous les lieux recevant du public, non indispensables à la vie, ont été fermés. Depuis le 17 mars 2020 à 12 h, la population est confinée à domicile. Au 11 avril, le bilan cumulatif fait état de 93 790 cas confirmés et 13 832 morts.

En Italie, la pandémie de Covid-19 s’est propagée à partir du 31 janvier 2020, après que deux touristes chinois ont été testés positifs. Au 28 février 2020, l’Italie comptait déjà 21 décès et 888 cas confirmés. Au 9 mars, le nombre de personnes recensées positives à la maladie dans le pays s’élevait à 9 172, dont 463 morts et 724 guéris. Le 10 mars, tout le pays a été placé en confinement. Deuxième pays le plus touché tant par le nombre d’infections que par celui des décès, l’Italie recense au 11 avril 2020 152 271 cas de COVID 19 et 19 468 décès.

L’exemple américain est de loin le plus éloquent puisque la pandémie s’est signalée autour du 21 janvier 2020. Au 11 mars, le nombre de personnes infectées est passé à 1 010 cas dont 30 décès. Une semaine plus tard, il y avait 13 816 cas testés positifs et 207 morts. Au 11 avril 2020, 529 768 cas et 20 456 décès sont recensés aux USA.

Ces trois pays ont un point commun : celui d’avoir pris cette pandémie à la légère lorsqu’elle s’est déclarée et de l’avoir laissé s’installer avant d’agir de manière drastique.

Ces chiffres et la rapidité avec laquelle le Virus s’est propagé ailleurs dans le monde font froid dans le dos.

La plupart des études basées sur l’observation du Covid-19 dans le monde établissent que les pays africains, dont le Bénin, seront durement frappés dans les prochaines semaines, le mois de mai 2020 étant identifié comme le pic de la pandémie en Afrique.

D’après les études d’une équipe de scientifiques de la « London School of Hygiene and Tropical Medicine », le nombre de personnes infectées par le Covid19 en Afrique pourrait atteindre 450.000 d’ici début mai 2020.

L’heure est extrêmement grave, Monsieur le Président.

L’inquiétude règne chez tous les Béninois qui ne peuvent pas compter sur notre système de santé dont les limites sont connues.

Les mesures prises par votre Gouvernement, si elles ont le mérite d’exister, me semblent insuffisantes à protéger les Béninois et à faire face à la propagation massive de ce virus dans les prochaines semaines.

Vous avez rejeté toute idée de confinement généralisé aux motifs que les Béninois n’étaient pas socialement et économiquement organisés pour vivre confinés chez eux, le temps qu’un traitement efficace soit trouvé.

D’autres pays, ayant un niveau de développement équivalent au Bénin, ont pourtant décidé ce confinement.

A titre d’exemple, le Rwanda, le Niger, le Togo, le Sénégal, le Mali, qui ne sont pourtant pas des pays développés, ont adopté la méthode du confinement et ont pris des mesures sociales et économiques exceptionnelles pour accompagner les citoyens les plus pauvres et le secteur commercial impacté.

Et pourtant, ces pays aussi ont une économie informelle importante, comme le Bénin.

Le gouvernement béninois a étrangement opté pour un système hybride dit de cordons sanitaires partiels, sorte de confinement limité aux zones dites à risque, renonçant à la fermeture de toutes les frontières et au dépistage systématique des Béninois.

Cette décision est lourde de conséquences puisque si les écoles et universités ont été fermées jusqu’au 10 mai 2020, les marchés restent ouverts et les transports en commun sont autorisés, favorisant ainsi une proximité dangereuse.

C’est pourtant dans ce contexte particulièrement anxiogène que doit se tenir un scrutin communal le 17 mai 2020 sous l’égide de la CENA.

C’est dans ces mêmes circonstances et contre toute attente qu’en votre qualité de Chef de l’Etat, et après avoir consulté les responsables des institutions de la République, vous avez décidé de maintenir la tenue de ce scrutin du 17 mai 2020.

Une telle décision, dans le contexte sanitaire ci-dessus décrit, est aussi incompréhensible qu’inconséquente.

J’aimerais d’abord contester toute légitimité à cette Conférence dite des Présidents d’Institutions de la République, un tel organe n’étant ni constitutionnel ni légal.

Les échanges entre le Président de la République et ses homologues à la tête des institutions sont des échanges informels qui n’engagent pas la République.

Les décisions émanant de cette rencontre n’ont ni valeur juridique ni légitimité.

C’est donc la décision de l’Exécutif Béninois seul de maintenir le scrutin local du 17 mai 2020.

C’est votre décision Monsieur le Président.

Au passage, je constate, avec étonnement, que cette réunion des institutions s’est tenue par le biais d’une visioconférence.

Ainsi tandis qu’elles évitaient tout contact, à l’abri dans leurs bureaux respectifs, nos autorités ont décidé de poursuivre le processus électoral et d’envoyer les citoyens dans des bureaux de vote, augmentant ainsi les possibilités de contagion à grande échelle.

Cette incroyable démarche éclairera tout un chacun sur les responsabilités politique et pénale consistant à exposer gravement les autres tout en se protégeant soi-même.

Alors que l’Ethiopie a reporté sine die ses élections générales prévues en août 2020, que la France a reporté dans les mêmes conditions le second tour de ses communales et que les USA redoutent la tenue d’une campagne électorale dans un tel contexte sanitaire, le Bénin s’illustrerait encore négativement.

Après les élections législatives controversées et exclusives d’avril 2019, après la répression meurtrière des manifestations des 1er et 2 mai 2019, après les morts non élucidées de Tchaourou, Savè et Kilbo, il s’agit une fois de plus d’un très mauvais signal envoyé aux Béninois qui vous ont pourtant accordé leur vote à 65% en 2016.

Manifestement, le Gouvernement, celui que vous dirigez, ne semble pas avoir fait la meilleure option dans la protection des citoyens béninois.

A l’évidence, une telle décision ne peut qu’être fondée sur des motivations politiciennes, bien loin de la mission de protection des citoyens béninois.

Comment ne pas y voir en effet la volonté, votre volonté Monsieur le Président, de mener, vaille que vaille, cette élection à son terme pour valider et légitimer la révision constitutionnelle du 1er novembre 2019 et l’introduction du parrainage politique pour tout candidat à l’élection présidentielle dès 2021 ?

Loin de moi l’envie de vous prêter des intentions, mais je ne peux m’empêcher de penser que le maintien obstiné du scrutin communal du 17 mai 2020, alors que le pic de la pandémie se rapproche, a des fondements très éloignés de la santé des Béninois.

Pourtant, la question de la vie et de la santé des citoyens s’impose à tout agenda politique et à tout processus électoral.

Les urnes, surtout dans un contexte de recul démocratique amorcé depuis plusieurs années, ne doivent pas avoir plus d’importance que la santé des Béninois.

Si important et capital soit-il, aux yeux du régime actuel, aucun scrutin ne doit se tenir s’il met les électeurs béninois en danger.

Ce sera pourtant le cas de ce scrutin prévu le 17 mai 2020.

C’est pour l’ensemble de ces raisons que j’en appelle à votre sens des responsabilités et à votre patriotisme pour qu’un projet de loi soit immédiatement introduit pour reporter sine die l’élection communale du 17 mai 2020.

L’Assemblée vous étant entièrement acquise, en l’absence d’opposition, il est certain que les 83 députés voteront cette loi « les yeux fermés ».

Les circonstances exceptionnelles actuelles auraient d’ailleurs pu conduire vos Députés à s’auto-saisir par l’introduction d’une proposition de loi dans le sens du report de ce scrutin. Leur silence sur cette situation est éloquent.

Monsieur le Président, ma démarche n’est ni politique ni partisane.

Cette lettre est le cri de cœur d’un Béninois qui s’inquiète pour ses proches et ses compatriotes qui vivent dans un pays menacé par une pandémie hautement meurtrière.

Je veux croire qu’en tant que Chef de la Nation vous partagez cette inquiétude et que, mettant de côté tout calcul politicien et revêtant à nouveau votre habit de Protecteur des Béninois, vous prendrez la bonne décision.

Face à cette urgence sanitaire du Covid-19, nous ne pouvons – nous ne devons – pas prendre le risque d’une crise humanitaire dont les conséquences seraient désastreuses pour le Bénin et les Béninois.

C’est votre mission de nous protéger Monsieur le Président, pas de nous exposer à un risque sanitaire.

Je vous demande, avec solennité et émotion, de mettre de côté tout agenda politique ou électoral et de placer la santé de vos concitoyens au centre de la décision politique.

Pas d’élection communale le 17 mai 2020.

La vie d’abord. Notre vie d’abord.

Notre vie compte.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’assurance de ma haute considération.

Fatiou OUSMAN,

Avocat

Citoyen Concerné

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