Quatre ans de gouvernance Talon/La face cachée de l’économie Béninoise

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Alors que les cours du coton, principal produit à l’exportation du pays et base de calcul des agrégats macro-économiques de celui-ci connaissent un plongeon historique jusqu’à plus de 40%, alors que le Nigéria porte d’entrée de plus de 70% des marchandises débarquées au port de Cotonou garde toujours ses frontières fermées avec le pays, alors que la pandémie du Covid 19 dicte sa loi à toutes les certitudes économiques à travers le monde, le Bénin n’a pas encore renoncé à ses perspectives économiques tablées sur une croissance du PIB d’environ 8% et n’a donc pas curieusement annoncé de changement de perspectives au contraire de la plupart des pays africains et du monde confrontés à la chute des cours des matières premières et des aléas du Covid 19. Le fonds monétaire international dans une note sur les perspectives économiques du Bénin a déjà considérablement raboté 8% de croissance attendus au regard des facteurs économiques défavorables sus-indiqués pour descendre la croissance du PIB béninois à un peu plus de 3%. L’agence de notation Fitch, 3ème plus importante au monde et très au fait des mouvements financiers en Afrique est encore plus pessimiste quant à la dégringolade de la perspective de croissance du PIB du Bénin et prédit une croissance de 1,8% pour 2020. Quand on sait le grand optimisme dont les autorités de Cotonou font montre quand il s’agit pour elles de mettre en perspective les données économiques du Bénin  il est fort à craindre que les réalités économiques sont bien loin d’être ce qu’on veut bien nous faire croire…. (Lead : Constant Sinzogan – Analyse : Jean C F. Houessou)

(…) Mais derrière l’auto-encensement du gouvernement quelle est la réalité ? Le gouvernement Talon fait économie dans la publications des données chiffrées, s’illustre dans l’auto-congratulation sur la base de chiffres provisoires ou communiqués par  des « experts »,  traduisant devant des juridictions d’exception les journalistes contestant ou commentant certaines  données, (comme l’annonce du taux de croissance avant la clôture de l’exercice !). A titre de preuve, l’indice de la banque mondiale mesurant la « Évaluation de la méthodologie en matière de capacités statistiques  (échelle de 0 à 100) » est passe de 50 en 2016 à 30 en 2019. Depuis son arrivée au pouvoir le gouvernement Talon n’a publié aucune enquête sur la mesure de la pauvreté, mais reste prolixe sur des tonnages de coton.

Nous utiliserons exclusivement les quelques données fiables disponibles sur le site de la Banque mondiale (https://donnees.banquemondiale.org/pays/benin?view=chart) pour relativiser les soit disant performance économiques exceptionnelles du gouvernement Talon et mettre l’accent sur ses choix qui traduisent un profonds mépris du peuple. Ces données acceptées par la plupart des économistes sont pour l’heure disponibles jusqu’en 2018 car il faut souvent une année pour collecter et traiter les données contrairement aux chiffres avances lors des discours officiels.

Croissance réelle mais pas exceptionnelle vu du Bénin ou de la sous-région

Tous les ans le président revient  sur le leitmotiv : «la croissance est au rendez-vous ». C’est un fait.  Mais le monde entier était en croissance dans la période sans que les populations en tirent grand profit. Le taux de croissance au Benin (de 3.96% en 2016 à 6,86 en 2018) n’est pas une exception au Benin, son prédécesseur Yayi Boni décrie ayant réalisé un taux de ,19% en 2013, sans parler des 8,97% de Soglo en 1990.

Dans la sous-région le Bénin fait moins bien que la Cote d’Ivoire et a peine mieux que le Burkina en 2018 (6,86% contre 6,83%).

Comme on le voit sur les graphiques ci-dessus, il n’y a pas de quoi nous rabattre les oreilles et le constant défile de soi-disant experts, les discours lénifiants a la tribune de l’assemblée national ne remplacent pas une politique économique créant une croissance permettant de réduire la pauvreté

(7% à 10% avec 2 à 3 points au-delàs la croissance démographique sur la durée).

Le port de Lomé fait trois le tonnage du port de Cotonou sans les belges

Faut-il commenter les rodomontades sur le port et les coups de poignards dans le dos aux dockers  par le gouvernement qui en a confié la gestion a PAI. Les statistiques de tonnage sur 1978 (voir graphique ci-dessous) montrent que le tonnage a baissé sous le gouvernement de la rupture après un plateau sous le régime YAYI. Faut-il croire que l’on accuse son chien de rage pour le noyer ? Pendant ce temps le port de Lomé dont la gestion n’a pas été confiée a des étrangers prend la premier place dans la sous-région avec plus d’un million (1,193 millions en 2018) d’équivalant container de 20 pieds , triplant le volume du Port de Cotonou  et passant devant les ports de Lagos, Tema et Abidjan si l’on croit TogoFirst citant les statistiques de la CNUCED.

 

L’asphalte dans les quartiers huppés et baies artificielles plutôt que l’Ecole

Il est presque hilarant d’entendre les partisans de la rupture tentant de faire croire qu’ils ont une quelconque préoccupation du bienêtre des populations comme ils tentent de le faire en portant aux nues le nécessaire programme des cantines scolaires initie par le régime précèdent. La situation de l’éducation qui n’était pas brillante sous le régime précède s’est empirée sous la rupture. En témoigne la part du PIB consacrée a l’éducation et la part du budget nation national consacre à l’éducation comme l’illustrent les graphiques ci-dessous. Ces pourcentages qui n’avaient jamais et satisfaisant s’oriente a la baisse sous la rupture.  On préfère surtout l’asphaltage des quartiers huppés comme la Haie Vive, les Cocotiers, la Patte d’Oie, à la construction d’écoles à Djakotomé ou le recrutement d’enseignants qualifies et bien prémunérés à Boukoumbe. Les choix budgétaires  en disent plus que les long discours et la vidéo de publi-reportage. 

A titre de comparaison, en 2018, quand le Benin consacrait 4,04% de son PIB à l’éducation, le Togo voisin y consacrait 5,4%, le Burkina 6%. Les chiffres sont clairs  ce niveau, le Benin de la rupture a choisi de ne pas investir dans la ressource qui est la condition, la clé et l’accélérateur du développement : l’homme éduque. Pouvait-il en autrement de la part d’un pouvoir qui privilégie les apparences clinquantes? La Norvège dont on prétend vouloir s’inspirer consacrait 8% de son PIB a l’éducation en 2016 (dernier chiffre publie par la Banque mondiale)

 

Arlésienne ARCH et réalités des dépenses personnelles de sante exorbitantes

A chaque sortie du président Talon, dans les interviews de ses ministres et dans les publi-reportage vidéo, on nous miroite l’ARCH, ce prétendu système d’assurance maladie –voire plus. Ce mirage jamais atteint devrait permettre la prise en charge des soins médicaux – à commencer par les compatriotes en situation d’ »extrême pauvreté », nouveau nom savant pour ceux qu’on appelait jadis « indigents »..

C’est un secret de polichinelle que dans nos hôpitaux, on doit acheter les poches de sang avant les opérations chirurgicales, parfois même le matériel nécessaire aux pansements. Certaines interventions ne sont programmées qu’après que le patient ait paye les frais, même dans les cas généralement considères comme des urgences. Même les agents du service public, bénéficiaires d’une prise en charge, doivent payer des sommes importantes allant jusqu’à plusieurs millions de francs CFA (plus de 25 fois le SMIG). Ceux qui ne peuvent compter sur la solidarité familiale et les soutiens de parents et amis émigres, ceux qui ne peuvent vendre une partie de leur patrimoine (terrain acquis en prévision d’une retraite ou d’un logement…) sont laisses a eux-mêmes ou réduits a la mendicité auprès d’inconnus  dans les couloirs de nos hôpitaux.

Le tableau ci-dessous (limite à 2017 vu l’absence de statistiques récentes) illustre que dès l’arrivée du régime Talon le poids des dépenses de santé pesant sur les individus, l’augmentation des débours passant de 40% à 45%, ou la part des dépenses de santé des prives passant de 46% à 51% entre 2016 et 2017 se sont orientés ou réorientés vers la hausse. Il ne s’agit pas d’un hasard, vu l’orientation antisociale prédominante. Les statistiques des années à venir nous indiqueront si cette tendance des débuts s’est poursuivie.

Sous le régime de la rupture, l’Etat couvre à peine la moitié des dépenses  de sante alors que les débours des ménages pour frais de sante par rapport au PIB ont augmenté.

Dans le même temps on observe l’accroissement de la malnutrition des enfants par rapport aux années antérieures comme le montre le graphique ci-dessous, même si on peut attribuer l’intégralité de l’accroissement de la  malnutrition des enfants de moins de cinq and au seul régime Talon.

Accroissement déguisé de la  pression fiscale

De façon récurrente, notre argentier national, nous répète que la pression fiscale ne s’est pas accrue, voire qu’elle a baissée, les réductions des tensions de trésorerie étant dues à sa maestria de gestionnaire des dépenses publiques. En dépit de la digitalisation clamée sur tous les toits, il ne faut pas compter sur la direction des impôts pour publier les véritables statistiques. Les derniers sur le site Web des impôts remontent à 2013…De façon anecdotique les données de l’UMOA indiqueraient que la pression fiscale serait passée de 13% à 14% depuis l’arrivée du régime de la rupture.

Ce que l’on peut affirmer clairement au vu des statistiques de la Banque Mondiale, c’est que le taux moyen pondéré des droits de douane a fait un bon a l’arrivée du régime de la rupture. Cette augmentation de la fiscalité par les douanes est bien entendu répercutée sur les consommateurs à travers les prix sur le marché. Dans un pays ou même la laitue est importée, sans parler des huiles et de la tomate concentrée, du riz, de la farine de blé pour faire le pain, l’augmentation des tarifs douaniers est un impôt sur la consommation qui touche les travailleurs et la classe moyenne de plein fouet, mais aussi les plus pauvres à travers les importations de produits de première nécessité non disponibles localement. Dire que la pression fiscale n’a pas augmenté apparait comme un mensonge par omission. Il est plus facile de cacher l’augmentation des  droits de douane connus  principalement des importateurs, que d’augmenter directement les impôts… Vous avez dit ruse et rage ? On prétend être en dessous des taux suggères par l’UMOA dans ses critères de convergence, et on pompe les revenus des contribuables de façon déguisée !

Des milliards de dettes improductives laissées à nos enfants sans emploi

Les thuriféraires du régime répètent à l’envi que le taux d’endettement du Benin est en dessous des normes de l’UMOA (70% PIB pour la dette intérieure et extérieure cumulée) et le comparent à celui de certains pays occidentaux. Les données de la Banque mondiale ne font pas état du volume exact et du ratio de la dette intérieure. Bien entendu, la gestion opaque de l’économie nationale et l’absence de données publiques et a jour au BENIN est maintenant connue. Les données de la BCEAO pour 2018 indiqueraient que le ratio global d’endettement du Benin (dette interne et externe rapporte au PIB) était de 56.2%, deuxième ratio le plus élevé dans l’espace UMOA derrière le TOGO et devant le Sénégal, la Guinée Bissau et tous nos voisins immédiats. De façon indiscutable le seul taux d’endettement externe rapporte par la banque mondiale a connu un bond spectaculaire de 32% (près d’un tiers) entre l’arrivée au pouvoir du régime Talon en 2016 et 2018 comme l’illustre le graphique ci-dessous.

Bien sur la dette n’est pas en soi une mauvaise chose. A l’échelle des individus , emprunter pour investir dans son éducation peut être une bonne chose en ce que l’on peut accroitre ses chances d’avoir un emploi mieux rémunéré et dégager une épargne supplémentaire permettant de rembourser ses prêts et plus. Même chose pour le paysan qui accroitrait ses capacités de production par l’achat de terre ou l’amélioration de son rendement, ou le menuisier qui avec un prêt acquiert des machines lui permettant de produire plus et/ou mieux. Dans les trois cas, le prêt permet de générer des revenus supplémentaires qui permettent à la fois le remboursement, et l’accroissement du patrimoine. A l’échelle des pays, la logique devrait être similaire : Emprunter pour investir de façon productive pour accroitre la production et le revenu national afin de non seulement rembourser la dette, mais aussi investir à nouveau et plus, créant un cercle vertueux investissement – revenus. Encore faut-il que les investissements soient productifs et a effet d’entrainement, c’est-à-dire produisant des effets directs dans le secteur ou on investit  et mettant en branle d’autres secteurs productifs.

Qu’observons-nous avec les emprunts du Benin ?

On n’investit pas dans l’éducation des hommes, source première de valeur ajoutée et facteur clé dans les décisions d’investissement  nationaux et étrangers.

On investit dans des routes dans les quartiers huppés, avec un effet d’entraînement quasi nul (un millier de personnes dont la contribution additionnelle à l’économie –du fait de la nouvelle route- est limitée).

On investit dans le tourisme (baies artificielles a coup de cailloux importes de Norvège) dans l’espoir tout à fait incertain d’attirer des touristes dont l’essentiel des dépenses est fait dans les pays d’origine (transport et une bonne partie du séjour).

Pas ou peu d’investissement dans l’industrie (secteur qui a le plus d’effets d’entraînement), dans les services à valeur ajoutée, l’ «industrie » du savoir et de la connaissance et les hommes formes qu’il requiert.

Ce gouvernement a des priorités surprenantes comme en témoigne le PAG dont le premier secteur d’investissement est le tourisme !

Au passage remarquons qu’après l’épidémie du Covid-19 -que bien sûr on ne pouvait prévoir – les volumes de touristes vont être drastiquement et durablement réduits et de longues années se passeront avant que l’on ne retrouve les niveaux d’avant pandémie, volumes dont nous ne pouvions raisonnablement espérer qu’une infime partie de toute façon.  Si on ne pouvait prévoir la pandémie, on se devait de savoir que la croissance et le progrès économique et social ne peuvent être sérieusement et durablement tirés par la demande de tourisme principalement externe. C’était dès le départ construire sa maison sur du sable, maison qui part –avant d’être achevee – au premier coup de vent, comme la pandémie actuelle.

Au total, on voit que le pays s’est endetté de façon extrême pour des investissements non générateurs de progrès économique, même si l’injection de fonds par elle-même dope temporairement la croissance sans créer durablement de la richesse nationale auto-entretenue. Pire les instruments de financement choisis, y compris les obligations en euro (eurobonds), sont peu susceptibles de bénéficier remise de dettes dont le pays avait pu bénéficier dans le passe pour réduire son taux d’endettement. Les dettes en monnaie étrangères (Euros et ou dollars) nous exposent encore plus au risque de change dans les circonstances de crise monétaire qu’on ne peut exclure.

On le voit, le régime de la Rupture a accru les risques pour notre pays, sans nous offrir aucun bénéfice significatif en retour, ni dans le présent, ni dans le futur. L’avenir de nos enfants est hypothéqué, notre présent est glauque.

L’annulation de la dette Africaine expliquée, TERRE À TERRE..

Par Constant Sinzogan

Koffi devrait rembourser cette année une partie des prêts qu’il a  contractés et la tranche à payer cette année se lève à 500f. Or il y a une maladie qui sévit un peu partout dans le monde, beaucoup d’enfants de son emprunteur en souffrent et beaucoup parmi eux en meurent alors que peu d’enfants à Koffi a cette maladie, et très peu en meurt. 

Malgré cela, l’emprunteur pense que Koffi devrait soigner ses enfants et lui demande de prendre les 500f qu’il devrait lui donner coûte que coûte cette année pour soigner ses enfants avec. C’est un cadeau. 

Mais Koffi dit non ! Et déclare qu’il veut rembourser les 500f mais qu’il faudra que l’emprunteur lui fasse d’autres crédits afin qu’il puisse soigner ses enfants. 

Mais d’autres personnes dans le même quartier que Koffi doivent de l’argent au même emprunteur qui leur a fait la même proposition. Eux tous ont accepté la proposition de l’emprunteur et trouvent curieux que Koffi ne soit pas satisfait de la proposition de l’emprunteur. 

Mais Koffi s’explique. 

Pour lui, s’il ne paye pas ce qu’il doit payer cette année, l’emprunteur va, les fois à venir, le considérer comme un mauvais payeur sans ressources, sans garantie et va grossir les intérêts qu’il va mettre sur les prochains crédits qu’il va lui faire. Alors Koffi cherche à payer les 500f d’annuité et prendre un autre crédit au lieu qu’on lui fasse cadeau de 500f et après l’emprunteur va le dénigrer et ne va lui prêter désormais de l’argent qu’avec des intérêts élevés. 

-la question qui vient à l’esprit est celle-ci : pourquoi l’emprunteur va-t-il dénigrer Koffi alors que c’est lui-même qui lui a fait en premier la proposition de lui faire cadeau de la tranche des 500f qu’il devrait lui rembourser sans rater cette année ? 

-supposons que l’emprunteur dénigre Koffi et prochainement augmente les intérêts qu’il prenait sur ses prêts. Est-ce que le coût de l’augmentation peut-il dépasser les 500f que Koffi devrait payer ? 

Autant de questions qui font dire aux mauvaises langues ( moi y fais partie ) que c’est parce que Koffi a de grands besoins d’argent qu’il préfère de l’argent cash à une dette qu’il n’aura pas à rembourser. 

*Notons que contrairement à Koffi, les autres voisins ont déjà beaucoup dépensé sur leurs enfants en leur apportant à manger à la maison où ils les ont gardés pour qu’ils ne contactent pas la maladie dehors. Koffi lui a dit qu’il n’avait pas les moyens d’apporter à manger à ses enfants à la maison et qu’il les laisse aller dehors chercher à manger par eux-mêmes.  

( #ce récit, dépouillé de toutes fioritures techniques et macro-économiques, est inspiré d’une histoire vraie à l’échelle étatique et en cours d’actualité.)

Constant Sinzogan

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