Bénin/Supposée tentative d’assassinat sur la personne d’un opposant:Qui en veut à Léonce Houngbadji ?

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Fiction ou réalité ? En tout cas, l’affaire commence par prendre de l’ampleur et mérite qu’on s’y intéresse davantage. L’opposant au régime de la rupture, Léonce Houngbadji, aurait été objet d’une tentative d’assassinat. Des noms sont cités. Des personnalités bien connues du pays seraient mêlées à ce funeste projet. Mais qui en veut au président du Parti pour la libération du peuple, Léonce Houngbadji, en exil depuis octobre 2018 ? 

Jean Cyprien Sèna Loko. A priori, le nom ne dit pas grand-chose à la majorité des Béninois. Mais c’est lui, selon son propre témoignage sur sa page Facebook, qui aurait été approché par ses supérieurs hiérarchiques pour commettre le forfait. A ses dires, la mission à lui confiée ne devrait pas être de la mer à boire. Il lui suffisait juste de « tirer sur Léonce Houngbadji ». Les conditions lui seraient facilitées pour une parfaite réussite de la funèbre mission. Evidemment, comme dit l’adage, « une mission, des hommes, des moyens ». Ainsi, d’après toujours les propos du « tueur à gage » défaillant, toute la logistique de la mission lui sera fournie. En retour, il connaitrait une ascension fulgurante au service, sans oublier l’espèce sonnante et trébuchante. Quinze millions de nos francs, cash. Par ces temps qui courent, avouons que la tentation n’est pas mince. Nonobstant, Jean Cyprien Sèna Loko déclina l’offre. Poliment, mais résolument. Malgré toutes les misères à lui faites pour le contraindre à accepter la lugubre mission.

A qui profiterait le crime ?

Les spécialistes du buzz, c’est ce qui manque le moins sur la toile. Pour autant, le récit de ce brigadier de police parait si précis qu’il est difficile de ne pas lui accorder, ne serait-ce qu’une once de crédit. « Tout a commencé le 14 mai 2018 », lance-t-il. Puis, il cite des noms, connus du grand public. Il mentionne des dates, précises. Il indique des actes administratifs. Il fait référence à des correspondances. Les personnalités mises en cause dans cette ténébreuse affaire sont telles qu’il parait nécessaire que le pouvoir en place ouvre une enquête, à confier à une commission indépendante.

Les accusations portées par le brigadier de police Cyprien Loko contre les personnalités par lui mises en cause dans ce feuilleton semblable à un film policier paraissent si lourdes que le gouvernement ne saurait jouer les sourds ici. Passe encore si la cible visée était un simple citoyen. Mais, il s’agit de l’un des plus virulents opposants au régime de la rupture. En effet, le président du Parti pour la Libération du peuple, PLP, ne va pas avec le dos de la cuillère lorsqu’il s’agit de critiquer le pouvoir de la rupture. Léonce Houngbadji ne lésine pas sur les mots pour peindre le gouvernement de la rupture. Et pas en blanc. Mais en noir. Un noir épais.

Et le journaliste de clamait déjà haut et fort sous tous les toits pendant qu’il était au pays qu’il ne se sentait plus en sécurité, qu’il était menacé d’arrestation, d’empoisonnement et même d’assassinat. Ce sont d’ailleurs les principales raisons par lui avancées pour quitter sa terre natale. Dans le temps, rares sont les Béninois qui le prenaient au sérieux. Le témoignage de Cyprien Loko sur sa page Facebook ne donne-t-il pas raison au truculent activiste politique ?

L’exil en France  

Depuis Octobre 2018, le farouche opposant à Patrice Talon, Coordonnateur national du Pôle Unifié des Jeunes de l’Opposition (PUJO), a pris ses quartiers sur les bords de la Seine, à l’instar de nombreux autres de ses compatriotes « traqués » dans leur pays. En bon journaliste,  Léonce Houngbadji  raconte les conditions de son départ de Cotonou. « Le 19 octobre 2018, j’ai échappé à un enlèvement orchestré par le pouvoir. Trois véhicules rodaient autour de ma maison durant toute la journée. Dans l’après-midi, deux des véhicules ont garé juste après ma maison. J’ai constaté plus tard que le troisième véhicule a été garé vers le terrain de sports du quartier. Vers 17h 40, les deux véhicules stationnés juste après ma maison ont changé de position. Mes informateurs dans le quartier m’ont annoncé qu’ils ne sont pas partis mais qu’ils ont garé dans un coin à 500 mètres de ma maison. Quelques instants après, je vois deux hommes derrière la clôture de ma maison, un carré vide. J’ai fait le point de la situation à un diplomate étranger qui m’a rappelé 13 mn plus tard pour me demander de quitter les lieux avant qu’il ne soit trop tard. C’est en ce moment précis que j’ai compris que l’heure était encore plus grave. J’ai d’ailleurs vite reconnu l’un des véhicules du dispositif, le même qui m’avait pris en filature il y a quelques jours. Ce jour-là, j’ai dû dépasser ma propre maison pour rentrer dans une autre ruelle. J’étais dans la même voiture que l’ancien préfet des Départements du Mono et du Couffo, Corentin Cohoué, qui, ayant fait le même constat, avait donné des consignes sécuritaires conséquentes à son chauffeur. Devant une telle situation, ce vendredi 19 octobre, je me suis d’abord arrangé pour quitter ma maison à 19h 10 mn. Je me suis donc retrouvé ici à Paris le 20 octobre à 17h 20 mn ». Qu’un agent des forces de l’ordre confesse avoir été « payé » pour éliminer un tel opposant ne devrait laisser personne indifférent. Pas le pouvoir a fortiori. Aussi, le gouvernement en place doit-il ouvrir au plus tôt une enquête véritablement indépendante et transparente afin de faire la lumière, toute la lumière sur cette nouvelle affaire qui éclabousse la république.

Manu Folashadé  

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