Présidentielle 2021/Frédéric Joël Aïvo:l’énigme

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«La nature a horreur du vide ». En avril 2021, les Béninois devront se rendre aux urnes, soit pour renouveler le mandat de l’actuel locataire du palais de la Marina, soit pour désigner un autre capitaine pour le navire Bénin. A 9 mois de cette consultation majeure, l’effervescence habituelle fait cruellement défaut. Sauf Patrice Talon, le sortant, plus personne n’ose bouger son petit doigt pour quelque prétention. Face au profond vide, Joël Aïvo se jette à l’eau. Il entend briguer la magistrature suprême. Et n’en déplaise à ses détracteurs les plus irréductibles, la candidature de l’agrégé en droit public commence par s’imposer. Du nord au sud, de l’est à l’ouest, on en parle dans toutes les écuries. Du coup, le constitutionnaliste, à son corps défendant, ne peut plus rebrousser chemin. Mais jusqu’où ira le prof ? Quoiqu’on dise, FJA reste encore une énigme pour nombre d’observateurs de la vie sociopolitique du Bénin.

Frédéric Joël Aïvo. C’est tout sauf un inconnu au Bénin. Brillant intellectuel de  sa génération, l’ancien Doyen de la Faculté de droit et de sciences politiques-Fadesp- à l’Université d’Abomey Calavi reste l’une des personnalités dont la côte quotte ne cesse de monter auprès des Béninois. Inlassable activiste à maints égards, le fils du célébrissime « BabaYabo » ne s’est certainement pas levé du jour au lendemain pour se lancer dans cette périlleuse course à la conquête du douillet fauteuil du palais de la Marina. Il préparait son coup depuis longtemps.

Spécialiste en droit public, l’ancien directeur de cabinet de Me Adrien Hooungbédji-ce n’est pas rien-l ‘universitaire reste respecté aussi bien dans les hautes sphères de sciences politiques que chez les jeunes, toutes tendances confondues de son pays.  

Du piment dans la présidentielle

Tout paraissait trop plat, trop fade, pour une élection qui se tiendra à moins de 9 mois. Dans un pays comme le Bénin, où de Tchoumi-tchoumi à Ikpinlè, on se passionne pour les questions politiques, notamment lorsqu’il s’agit de l’élection présidentielle, cette atmosphère glaciale et glacée observée dans le pays à quelques mois du scrutin présidentiel ne ressemble nullement aux Béninois. Mais la situation s’explique. Le fameux et grincheux principe relatif au parrainage des présidentiables semble avoir porté l’estocade à la compétition qui devrait, en principe, amorcer sa phase d’effervescence légendaire en ce moment déjà.

Seulement, parrainage ou non, Joël  Aïvo, lui, se refuse à considérer cette donnée comme un obstacle infranchissable. «Ici, c’est le Bénin!» Clamait déjà un célèbre acteur politique-Albert Tévoèdjrè, pour ne pas le nommer-. Plus qu’un vain slogan, ces mots sonnent comme un avertissement. Ce qui est politiquement faisable ailleurs ne l’est forcément pas dans notre pays. C’est pourquoi malgré le monstrueux principe de parrainage qui semble avoir émoussé toutes les ardeurs quant à une candidature à l’élection présidentielle 2021, l’universitaire avance, progresse, traverse monts et vallées aux fins de susciter l’adhésion massive de ses compatriotes à sa cause.

Et apparemment, la mayonnaise a pris. Il ne saurait en être autrement. Les partisans du chef de l’Etat sortant ne souhaitent certainement pas imposer aux Béninois un candidat unique ? Ils devraient donc normalement, évidemment s’attendre à d’autres challengers face à leur champion afin que la compétition, qu’affectionne d’ailleurs particulièrement Patrice Talon, ait lieu, et surtout bien pimentée.

Cette opportunité, « la semence » de Dèhoumon Houessou Aïvo, alias Baba Yabo, l’offre aux fans et férus du chantre de la rupture. A la lecture de ses faits et gestes depuis quelques mois, il est indéniable que l’expert de l’Organisation internationale de la Francophonie a définitivement enfourché sa trompette de candidat à l’élection présidentielle d’avril 2021.Certes, l’aventure ne s’annonce pas comme une sinécure. Au contraire, le chemin sera plein d’épines et de ronces. En effet, les partisans du chef de l’Etat sont conscients de la chute de leur champion dans le cœur des Béninois. Ils savent que malgré les réalisations du régime de la rupture, notamment les infrastructures routières, l’actuel locataire du palais de la Marina pourrait ne pas être porté en triomphe à la fin de son mandat, comme il l’aurait souhaité.

Dès lors, des coups, ils en donneront à Joël Aïvo. Mais le prof agrégé en droit public en a vu d’autres, tout au long de sa carrière. Il est sans doute préparé à cette éventualité. Il ne devrait donc pas se décourager par les pratiques peu catholiques de ses adversaires. Et puis, en pareilles circonstances, ces pratiques font partie du jeu. Joël Aïvo devrait le savoir et s’armer davantage pour relever le challenge. Car, à l’étape actuelle où nombre de ses compatriotes ne comptent que sur lui aux fins d’une alternance en 2021, il ne peut plus se désister.

Manu Folashadé.

A la découverte de Frédéric Joël Aivo

A la découverte de Frédéric Joël Aïvo…

Frédéric Joël Aïvo

Ancien responsable étudiant, docteur et agrégé en droit public, Frédéric Joël Aïvo est né et a grandi à Porto-Novo, ville dont sont originaires ses parents. Son père est Déhoumon Houessou Aïvo alias « Baba Yabo », chauffeur au Lycée des jeunes filles Toffa 1er, connu ensuite comme humoriste, comédien populaire et fondateur de la troupe théâtrale Towakonou. Sa mère est vendeuse de poissons fumés dans un marché du vieux Porto-Novo. Frédéric Joël Aïvo est marié et père de deux enfants.

Après l’obtention en 1995 d’un baccalauréat série A1 (Baccalauréat littéraire), il entame des études de droit à l’Université d’Abomey-Calavi. À partir de 2001, il les poursuit en France, à Grenoble et Lyon. En 2002, il obtient un DEA de « Droit public » à l’Université Pierre Mendès-France Grenoble 2 et un DESS « Politiques et Stratégies d’Action Publique Internationale » à l’Université Jean Moulin Lyon 3. En 2006, il devient docteur en droit des Universités Jean-Moulin Lyon 3 et d’Abomey-Calavi avec les félicitations du jury en soutenant sa thèse Le Président de la République en Afrique noire francophone. Essai sur les évolutions institutionnelles de la fonction au Bénin, au Cameroun, au Gabon et au Togo, sous la direction des Professeurs Pascal Chaigneau et Théodore Holo (ancien Président de la Cour constitutionnelle du Bénin ). 

*Parcours politique et militant* 

Lors de ses études à l’université d’Abomey-Calavi à la fin des années 1990, Frédéric Joël Aïvo devient *Président de la Fédération estudiantine du parti Notre Cause Commune (NCC),* l’un des partis ayant animé la vie politique béninoise dans les années 1990.

Une fois *docteur en droit*, il met entre parenthèses son parcours universitaire. De 2006 à 2011, il est le *directeur de cabinet* et le porte-parole d’Adrien Houngbédji, ancien Premier ministre, candidat à la présidence de la République et Président de trois législatures de l’Assemblée nationale du Bénin. Frédéric Joël Aïvo décide ensuite de se libérer de tout engagement politique pour rejoindre le combat des idées par l’engagement intellectuel, en tant qu’universitaire.

*Parcours d’universitaire* 

En 2011, il est reçu troisième au palmarès du Concours d’agrégation, section droit public, du CAMES (Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur). Dès lors agrégé des facultés de droit, il accède au grade de Professeur titulaire de droit public à l’Université d’Abomey-Calavi, poste qu’il occupe encore aujourd’hui. En janvier 2016, il est élu par ses pairs et devient le plus jeune Doyen de la Faculté de droit et de science politique de l’Université de 2016 à 2019. Depuis octobre 2012, il dirige le Centre de Droit Constitutionnel de la Faculté, trois ans après avoir été nommé Président de l’Association Béninoise de Droit Constitutionnel (ABDC).

En qualité d’universitaire, il publie des articles dans des revues spécialisées et écrit ou participe à la rédaction de plusieurs ouvrages en lien avec le droit public, dans des maisons d’édition européennes et africaines. En 2006, il publie son premier livre, Le Juge constitutionnel et l’État de droit en Afrique. L’exemple du modèle béninois, chez L’Harmattan[7]. Sa thèse est publiée sous forme d’essai un an plus tard. En 2019, il codirige un ouvrage sur les Enjeux économiques et environnementaux des maîtrises foncières en Afrique, avant de consacrer sa dernière publication aux questions des droits de l’homme et de la démocratie en l’honneur de l’ancien Président de la Cour constitutionnelle du Bénin et professeur des universités Robert Dossou, L’Amphithéâtre et le Prétoire. Au service des droits de l’homme et de la démocratie. Depuis 2016, il est membre du Comité scientifique de la revue Afrique contemporaine.

Ses travaux portent en particulier sur le droit et le contentieux constitutionnels, le droit électoral et parlementaire et le droit international. Ces branches du droit public, le Professeur Aïvo est régulièrement amené à les enseigner dans des universités étrangères en tant que professeur invité, à Libreville (Gabon), Brazzaville (République du Congo), Ouagadougou (Burkina Faso), Saint-Louis (Sénégal) ou bien encore Lyon (France).

Depuis 2009, il a organisé ou/ et participé à une trentaine de colloques. Parmi les thématiques abordées lors ces interventions publiques, l’on peut citer : « Élections et stabilité en Afrique de l’Ouest » (Praia, Cap-Vert, mai 2011), « Quel service public de la justice en Afrique ? » (Bordeaux, France, octobre 2012), « La Cour africaine des Droits de l’homme et des Peuples » (Abidjan, Côte d’Ivoire, mai 2013), « Justice et État de droit » (Dakar, Sénégal, octobre 2014), « Alternances politiques en Afrique : défis démocratiques et enjeux constitutionnels » (Ouagadougou, Burkina Faso, mars 2016), « Francophonie et conflits » (Ottawa, Canada, octobre 2016). Le dernier colloque en date, avant la pandémie de Covid-19, a eu lieu les 28 et 29 février 2020 à Cotonou sur « La Conférence nationale des forces vives du Bénin : 30 ans après » – acte fondateur du renouveau démocratique au Bénin, pour l’héritage duquel le Professeur revendique régulièrement son attachement.

Par ailleurs, soucieux d’élargir la transmission du savoir au-delà des cercles spécialisés, il anime des conférences auprès de la société civile et de gouvernements et s’attache à vulgariser les questions de droit auprès du grand public. En ce sens, il participe régulièrement à des émissions et s’exprime sur les réseaux sociaux et dans les journaux sur des questions politiques ou d’actualité.

À ces activités scientifiques, académiques et pédagogiques, s’ajoutent en outre des activités de conseil.

*Parcours d’expert constitutionnel.*

Le Professeur Aïvo est expert constitutionnel auprès de plusieurs organisations internationales. Les activités de conseil qui le mènent à parcourir le monde portent principalement sur l’assistance technique dans la rédaction et la révision consensuelle des constitutions ; l’appui aux institutions de la République, aux juridictions constitutionnelles et à la société civile ; le renforcement des processus électoraux dans le cadre de missions exploratoires des situations politiques. Homme de médiation, il est également sollicité pour la consolidation de la démocratie et de l’État de droit.

De janvier 2015 à février 2016, il est mandaté par les Nations Unies en République centrafricaine comme expert constitutionnel.Il a pour mission d’apporter un appui juridique à la MINUSCA et aux instances internationales (G5, G8, Forum Humanitaire…) sur le processus constitutionnel pendant la période de transition. Il conseille les institutions politiques de l’État dans l’élaboration de la Constitution de la République centrafricaine de 2015 et des textes de lois. Chargé d’évaluer les besoins de reconstruction de l’État, il contribue enfin au règlement du contentieux électoral qui secoue alors le pays.

D’autres missions d’expertise juridique et technique à l’international suivent. En 2016, en République Démocratique du Congo, il conseille le Médiateur de l’Union africaine pour la bonne conduite du Dialogue politique national inclusif. La même année, il est expert constitutionnel au Burkina Faso pour analyser la situation post-électorale, avant de se rendre en République d’Haïti comme observateur des élections présidentielle et législatives.

À partir de 2017, il devient expert de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Dans ce cadre, il multiplie les missions dans plusieurs Parlements du monde comme formateur des parlementaires sur les questions de la paix, de la stabilité des États et de la démocratie : en 2017 à Phnom-Penh (Cambodge) et en République centrafricaine ; en 2018 à Tananarive (Madagascar), à Bruxelles (Belgique), à Luxembourg-Ville (Luxembourg) et à Brazzaville (République du Congo) ; en 2019 à Niamey (Niger) et à Kigali (Rwanda). 

En juillet 2018, il est nommé par les instances de la CEDEAO pour siéger dans le groupe des trois experts juristes que l’organisation sous-régionale a chargé d’étudier la question des implications juridiques de son élargissement. 

Dans son propre pays, le Bénin, le Professeur Aïvo participe également à la vie publique par son expertise. En 2011, il est membre de la Commission Joseph H. Gnonlonfoun chargée de l’élaboration des avant-projets de lois dans le cadre des réformes politiques et institutionnelles.

En 2016, il est rapporteur général de la Commission Joseph Djogbenou chargée de faire des propositions en vue de la révision de la Constitution, de la Charte des partis politiques et du Code électoral.

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