La Fondation Bill et Melinda Gates et le rapport Goalkeepers 2020/«Nous vivons une crise mondiale partagée et qui exige une réponse partagée»

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(Conférence de presse en ligne avec Cheikh Oumar Seydi, directeur Afrique pour la Fondation Bill et Melinda Gates, sur le Rapport Goalkeepers 2020). Lire l’intégralité de l’interview

Cheikh Oumar Seydi, Directeur Afrique pour la Fondation Bill et Melinda Gates

Cheikh Oumar Seydi : Bonjour Eloïne, bonjour tout le monde je vais d’abord commencer par vous remercier tous d’être présents avec nous aujourd’hui.

En commençant par dire que notre rapport Goalkeepers a été initié en 2017. Ce rapport a été initié afin de servir de catalyseur pour accélérer les progrès qui sont enregistrés sur les objectifs de développement durable. Alors cette année, notre rapport prend un accent tout particulier car nous tenons absolument que l’impact négatif du Covid-19 soit connu parce qu’après 20 ans d’avancées exceptionnelles vers ces objectifs mondiaux qui visent à améliorer non seulement la santé mais faire reculer la pauvreté, le covid-19 a eu pour effet de stopper ces avancées. Les retombées sur le terrain sont tout simplement catastrophiques. Pour illustrer cela le taux de vaccination mondial est passe de 84% à 70%, recul de 25 ans en seulement 25 semaines, 5 années de lutte contre le paludisme et la tuberculose ont été effacés. Le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté, qui est calculé sur la base de 1,9$ de revenus par jour, a augmenté de  7% après plus de 20 années consécutives de déclin – ce qui est vraiment catastrophique.

Depuis 1990, l’Afrique a amélioré  la réduction de la pauvreté avec une diminution de 28% du nombre de personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté mais d’ici la fin de cette année au moins 13 millions d’africains seront tombés sous le seuil de pauvreté.

Le deuxième message met l’accent sur les dommages économiques qui ont été causés mais qui renforcent surtout les inégalités. L’Afrique sub-saharienne va connaitre sa première récession en 25 ans, alors pour faire face à cette pandémie, les pays du G20 ont mobilisé en moyenne 22% du PIB pour les dépenses d’urgence. La comparaison en Afrique sub-saharienne, c’est seulement 3%. Et quand on tient compte du fait de la base sur laquelle ces pourcentages sont appliqués est encore plus faible chez nous ça veut dire que le cas est encore plus important.

Dans tous les pays concernés, les femmes et les autres groupes vulnérables sont touchés de manière disproportionnée et c’est la conclusion de toutes les pandémies. 86% des africains travaillent dans le secteur informel, nous le savons, et le gain de ces travailleurs a réduit de 80% en seulement 1 mois après que la pandémie nous a frappés.

La troisième conclusion quand je vois l’enseignement du rapport qui vient de sortir c’est que malgré toutes ces contraintes il y a quand même eu de l’innovation. Des pays qui se débrouillent, qui essayent de relever le défi. Quand je pense à l’Afrique, ce que l’Afrique a fait dès le départ est de prendre des mesures très difficiles pour faire face à cette pandémie, en s’orientant uniquement sur la science, de manière générale. Quand on regarde à travers le monde, des efforts sur la recherche et le développement sont sans précédent. Plus de vaccins et de candidats thérapeutiques sont en train de se produire de faon très rapide. Quand on pense spécifiquement à certaines innovations du covid-19, on pense par exemple à la mutualisation des tests au Ghana. Les tests rapides et abordables dans des pays comme le Sénégal, les traçages des contacts au Vietnam. Je peux citer beaucoup d’exemples. Quand je pense aux systèmes des transferts d’espèces, c’est important pour les plus démunis qui doivent avoir de l’argent rapidement pour s’occuper de leur famille par exemple. Il y a eu plus de 1 milliard de nouveaux systèmes qui se sont créés dans 138 pays.

L’autre message qui est important sur ce rapport, c’est que nous vivons une crise mondiale qui est partagée et cette crise mondiale exige une réponse qui est aussi partagée car le Covid n’importe où, c’est en fait le Covid partout. Nous pensons que toute tentative d’un pays visant à se protéger tout en négligeant les autres pays est tout simplement vouée à l’échec.

Le Covid 19 se propagera tant qu’il n’est pas géré partout. Donc c’est un fléau sans frontière. Si les deux premiers milliards de doses de vaccins, ça c’est une projection, sont distribués aux pays riches au lieu d’être équitablement distribués dans tous les pays, le nombre total de décès pourrait en fait doubler.

Enfin on doit s’unir pour mettre fin à cette pandémie et reprendre les progrès qui avaient été réalisés pour atteindre ces objectifs mondiaux. Nous pensons que cela peut se faire en développant de nouveaux tests de diagnostic, de traitement et de vaccin et en les distribuant en fonction des besoins des vaccins plutôt que de la capacité de payer. C’est une pandémie qui est assez exceptionnelle. Il existe plusieurs voies viables que nous voyons pour arriver à un résultat que nous pensons équitable. Je commence par l’initiative ACT : l’Accélérateur ACT pour l’accès aux outils de lutte contre la pandémie en termes de thérapeutique de vaccin etc., c’est un effort de collaboration sérieux pour mettre fin à cette pandémie et c’est fait avec des organisations assez crédibles comme GAVI, l’alliance de Médecins, le fonds Mondial. Il faut aussi que les pays à revenus élevés acceptent dans cette logique de subventionner les pays à revenus plus faibles et enfin, les sociétés pharmaceutiques devraient proposer des prix qui soient abordables.

Donc je vais m’en tenir là pour l’instant et vous redonner la parole à Eloïne et ensuite de prendre les questions de ceux qui ont bien voulu accepter de se joindre à nous aujourd’hui et je les remercie encore une fois.

Eloïne: Merci beaucoup Cheikh Oumar, c’est en effet assez troublant de voir à quel point en moins d’un an, on a tellement reculé de façon tellement dramatique à cause de cette pandémie qui touche le monde entier. Dites-nous. Évidemment on parle d’une crise mondiale la plus aiguë de notre époque, elle expose les faiblesses structurelles et elle exacerbe les inégalités. Comment, selon vous, les pays peuvent-ils répondre à la fois aux enjeux de santé publique et aux besoins de la relance économique ?

Cheikh Oumar : C’est qu’en fait il y a 3 axes. Le premier axe, le plus évident qu’on voit sur le terrain avec cette pandémie qui frappe, c’est la lutte contre la pandémie elle-même. Il y a ensuite les soins de santé nécessaires qui souvent sont négligés parce qu’il y a la pandémie, je parlais tout à l’heure du recul que l’on a connu dans la lutte contre le paludisme donc ça c’est un autre axe sur lequel il faut se focaliser. Et bien entendu, il y a l’aspect économique. Alors, c’est une situation exceptionnelle. Sur l’aspect économique, il y a beaucoup de pays qui ont lancé des stimuli, il y a des pays qui ont pris certaines décisions, par exemple en Afrique de l’Ouest, on permet à des marchands de fruits de ne pas payer l’eau et l’électricité, les factures. C’est de prendre des mesures exceptionnelles pour permettre de retirer le fardeau. Mais quand je pense à l’Afrique spécifiquement, on s’est retrouvé dans une situation dans laquelle la crise économique nous a frappés avant même que l’on voit l’impact négatif de la santé. Donc pour attaquer ce fléau, il faut l’attaquer sur les trois fronts et ne pas seulement se focaliser sur un. On ne doit pas faire le choix entre les trois. D’habitude les gens font ce choix et là on n’a pas le luxe de faire un choix, il faut se battre sur les trois fronts.

Merci. Nous avons une question, je sais que vous nous avez parlé rapidement du Sénégal mais la question qui nous est posée est : quels sont selon vous les pays qui ont fait preuve des meilleurs exemples pour gérer la réponse de la pandémie ?

Cheikh Oumar: Écoutez, je n’ai pas devant moi une liste et donc c’est dangereux car on est en pleine période de crise, on essaie de gérer des problèmes et donc se mettre dans une logique de ranking, ça devient un problème. Par contre dans la presse, je sais quand j’ai fait référence au Sénégal, on pense également aux progrès qui ont été faits par l’institut Pasteur de Dakar qui est un partenaire de la Fondation avec des tests qui sont rapides. On parle de certaines décisions qui ont été prises rapidement en tenant compte de la science un peu partout en Afrique où nos dirigeants ont décidés de prendre des mesures qui n’étaient pas tellement des mesures que tout le monde voulait mais qui étaient nécessaires pour lutter contre le spread de la pandémie donc j’ai parlé de la mutualisation du testing au Ghana, en Afrique du Sud ou je vis en ce moment, où de mesures exceptionnelles ont été prises où il fallait fermer les frontière rapidement. Je pense au Rwanda, je crois que les frontières ont été fermées avant les premiers cas ou juste après les premiers cas. Alors que quand on regarde dans certains pays développés, le virus c’est beaucoup propagé avant qu’on prenne ce genre de mesure. Donc c’est le moment pour moi vraiment de féliciter les dirigeants africains qui ont pris des mesures exceptionnelles rapides. Je reviens à l’Afrique du Sud, où il y a eu des mesures qui consistaient à donner des médicaments à des patients chroniques du VIH ou de la tuberculose qui sont des fléaux qui tuent beaucoup de personnes dans ce pays et il fallait le faire rapidement parce que si ces patients devaient se déplacer pour aller prendre des médicaments, le COVID pourrait aussi se propager dans les zones dans lesquelles ces déplacements se faisaient. Au Nigeria, le secteur privé s’est mobilisé en travaillant avec le gouvernement pour mettre en place un fond de solidarité que nous avons eu en Afrique du Sud. Donc en parcourant l’Afrique, au Kenya ou le président Kenyatta s’est battu contre la violence contre les femmes. Un fléau qu’on a vu un peu partout en Afrique y compris en Afrique du Sud ou le président s’est levé et a dit : il faut que ça arrête. Donc je peux citer beaucoup d’exemples. Donc je ne veux pas faire de ranking, ça c’est ma réponse mais il y a eu beaucoup de bons exemples des gouvernements africains qui sont montés sur le créneau et qui ont montré l’exemple.

Question de Drissa Traoré, qui travaille pour LCA TV qui demande : Vous avez fait allusion à la distribution de 2 millions de doses de vaccins, quel plaidoyer la fondation pourra-t-elle mener pour faciliter l’accès du vaccin en Afrique Sub-saharienne ?

La Fondation travaille d’arrache-pied avec des partenaires mondiaux. Tout à l’heure, je parlais de l’initiative du COVAX (ACT Accelerator). Dans cet accélérateur, il y a 4 piliers qui consistent à se concerter pour que les vaccins soient accessibles à toutes les populations et dans cette logique, il y a des pays du nord comme du sud, des partenaires comme GAVI, notre fondation, le groupe de la banque mondiale, je vais arrêter de citer car en citant, on oublie certains partenaires qui sont importants mais c’est une initiative mondiale qui consiste à se regrouper et à avoir une conversation sérieuse qui consiste à anticiper le nombre de vaccin qui pourrait être disponibles, à subventionner des pays à revenus faible et à avoir une certaine couverture de la population de ces pays. Au fur et à mesure que ces vaccins seront disponibles, à peu près, je dirais le monde entier, peut-être pas tous les pays du monde, mais une bonne partie des pays du monde, le nord comme le sud qui se réunissent autour de cette concertation pour faire des calculs pour savoir combien les vaccins vont coûter, qui va produire ces vaccins et ce qui va être fait donc il a été lancé en avril, précisément le 20 avril 2020. Ces conversations continuent et dans ces conversations bien entendu il y a la voix de l’Afrique. L’idée de toutes ces conversations c’est d’aboutir à un schéma qui permettrait aux pays à revenu faible, y compris les pays africains, à pouvoir dignement avoir accès à un vaccin le plus rapidement possible et que cet accès ne doit pas être en fonction des moyens qu’un pays peut mettre à côté mais surtout en fonction des besoins. Comme vous devez bien l’imaginer, ce n’est pas un mécanisme qui doit être très simple à mettre en place. Donc nous faisons confiance à ceux qui sont autour de cette table pour s’entendre sur les modalités de fonctionnement de ce mécanisme.

Merci. Nous avons maintenant une question de Elysée Lath de l’Inter d’Abidjan, qui est en rapport avec le confinement et qui est une question qui revient régulièrement au niveau des populations locales. Qui nous dit : On a l’impression que dans les pays africains, les mesures arrêtées en interne contre la maladie ont causé plus de tort d’un point de vue économique qu’elles n’ont apporté de solutions. Est-ce que c’était vraiment nécessaire tout cela ?

Ecoutez c’est un long débat et quel que soit où l’on se trouve sur ce débat personne n’a tort. Les mesures de confinement, de manière générale, sont prises pour éviter que le virus se propage mais en même temps aussi, quelqu’un vous dirait que l’applicabilité de ces mesures dans certains milieux, environnant peut poser des problèmes. 86% des travailleurs en Afrique se trouvent dans le secteur informel. Aujourd’hui vous et moi, nous avons le luxe de faire notre travail en ligne sans pour autant se lever et aller chercher ce qu’il faut pour nourrir nos familles. Alors que malheureusement, il y a beaucoup de familles qui n’ont pas cette possibilité, elles sont obligées de se lever, d’aller sur place et donc en se déplaçant il y a un risque donc il faut se dire que tous ces dirigeants, tous ces décideurs ont en tête, une situation dans laquelle il fallait prendre une décision, des décisions difficiles et nous pensons que la plupart de ces décisions ont été prises dans une bonne intention, celle de sauver les populations et de les aider, c’était des mesures courageuses qui ont été prises à des moments difficiles. Quelqu’un dirait aussi que si ces mesures n’avaient pas été prises, les conditions auraient été encore plus catastrophiques. Certains d’entre vous ont dû voir des projections qui ont été faites au départ de la pandémie et ces projections ne prenaient pas compte en grand partie de certaines décisions qui ont été prises pour arrêter la propagation. Donc on peut être là en train de regarder ce qui s’est passé, de faire des analyses et de peut-être avoir raison, il faut surtout penser au moment où ces décisions ont été prises, les enjeux qui se posaient, donc des deux côtés ont perd. Quand on prend ces décisions, on les prend rapidement, on peut arrêter le fléau mais en même temps aussi il y a les conséquences économiques qui suivent. Quand on pense uniquement à ces conséquences économiques et qu’on ouvre tout, il y a le fléau qui est là et qui tape, on se retrouve dans une situation dans laquelle en fait, si on n’est plus là, on n’a pas l’opportunité de récolter ces gains économiques. Donc c’est vraiment des décisions difficiles. On ne peut pas donner à une partie comme une autre, donc des deux côtés, il y a un point de vue qu’on peut comprendre.

Absolument, merci, nous avons une question de Abdou Zouré qui travaille à Burkina 24, deux questions. La première : Au Burkina Faso, le pays totalise aujourd’hui 1500 cas avec plus de 300 cas actifs à la date du 12 septembre, quelle perception avez-vous de la prise en charge de la pandémie au Burkina Faso ? La seconde question c’est une question délicate mais importante : sans faire de langue de bois, les vaccins promues par la fondation Bill & Melinda Gates ne sont pas bien perçus au niveau des populations, quelles garanties pour lever ces préjugés ?

Merci de ces questions. Dans cette conférence de presse, je ne voulais pas me focaliser sur un pays spécifique parce que franchement encore à ce moment je pense plutôt à l’Afrique. Bien entendu, nous couvrons le Burkina Faso et toutes les informations que nous avons recueillies, la manière dont cette crise est en train d’être gérée au Burkina Faso sont assez encourageante, tenant compte justement des difficultés que connait ce pays avec l’insécurité, avec les moyens qui ne sont pas toujours ce que le pays aurait souhaité, mais notre expérience avec le pays et ces dirigeants, c’est qu’ils se battent, vraiment, ils se battent et je crois que je vais m’arrêter là car encore une fois, on n’est pas là pour faire de la politique et ça je l’envoie à tous les dirigeants du continent car notre constat a été que d’une manière générale, ils ont bien géré cette crise avec des moyens difficiles.

Alors la problématique du vaccin, je vais d’abord dire que certaines choses qui se disent à propos des vaccins sont extrêmement dangereuses parce que on a tendance à oublier en fait les bienfaits des vaccins. Il y a seulement quelques semaines, nous avons célébré une Afrique sans forme sauvage de la polio. La polio dans sa forme sauvage a été éradiqué dans le continent africain. Ce n’est pas arrivé par hasard, c’est une lutte que notre fondation et beaucoup d’autres partenaires, c’est une lutte dans laquelle nous nous sommes engagés depuis plusieurs années, plus d’une dizaine d’années. Une lutte où on a mis tous nos moyens et avec la grâce de Dieu, cette année nous avons célébré cela. Et vous pensez que c’est arrivé par hasard ? Ce n’est pas arrivé par hasard, il y a eu des campagnes de vaccinations à l’appui. Regarder les résultats de GAVI. Depuis que GAVI a créé l’alliance sur le vaccin. Regardez la mortalité infantile et l’impact que les vaccins ont eu sur la mortalité infantile ? Et je ne comprends pas pourquoi ce débat si les résultats sont là et c’est scientifiquement prouvé. Aujourd’hui, vous venez de me poser des questions sur le vaccin qui va être disponible pour arrêter le COVID, donc si les vaccins n’étaient pas importants, pourquoi vous me posez la question ? Les vaccins sauvent des vies, c’est une réalité ! C’est une réalité scientifique et en tant qu’africain, ça me peine d’être là et d’avoir des personnes qui sont à des milliers de kilomètres qui essayent de s’investir dans le continent pour réduire les fléaux auxquels nous faisons face et qu’est-ce qu’on a à côté ? Des campagnes de dénigrement de l’importance des vaccins et le danger avec cela, c’est qu’en continuant à le faire, ceux qui auraient pu prendre le vaccin pour sauver leur vie refuse de le faire, c’est ça le danger, les gens n’en parlent pas souvent. Il faut le dire ! C’est un faux débat, il faut accepter de le dire, c’est un faux débat ! Parce que je vois que la conséquence de ce débat, c’est des pertes de vies humaines, et ceux qui le font, n’ont peut-être pas eu directement l’impact de ce qu’ils font. Ils sont en train de tuer des gens. Vous m’excusez, je parle avec beaucoup de passion mais c’est un problème que je ne peux pas comprendre, ça fait trois décennies que je m’investis dans le développement, je ne peux pas comprendre pourquoi s’il est prouvé que les vaccins sauvent des vies, on continue à avoir un débat sur l’importance des vaccins. Et ces mêmes personnes qui parlent des vaccins ont été sauvées par les vaccins, c’est pour ça qu’ils sont là aujourd’hui et qu’ils en parlent. En tout cas les questions sur le vaccin du covid, voilà, je suis un agent de développement, ça c’est ma passion. Quand on rentre dans un sujet dans lequel on met la vie des personnes en danger, je n’ai pas le choix, je suis obligé de parler.

Merci et 30 ans c’est suffisamment de temps pour réaliser l’impact que les vaccins ont sur les populations.

Nous avons une question maintenant de Issa Napon qui travaille pour la TV nationale du Burkina, qui nous demande qu’elle est la politique de la fondation vis à vis des pays africains qui ont la capacité de produire des médicaments à base de plantes, afin de les accompagner à rendre leur plantes utiles et M. Napon a également une seconde question : Est-ce que l’accent ne pourrait pas être mis sur le curatif à base de plantes médicinales africaines surtout que les scientifiques s’accordent à lancer un vaccin dans un an et demi au moins.

Ecoutez, ça je suis prêt à en discuter avec nos collègues qui sont dans un département qui ne fait que cela. Mais je vais préciser une chose qui est très importante. Notre philosophie du développement, c’est de savoir d’abord les besoins des populations que nous tenons à accompagner, ensuite de travailler avec des partenaires qui sont engagés comme nous et qui complètent les activités dans lesquelles nous ne sommes pas spécifiquement engages, donc ça inclue bien sur des scientifiques, des partenaires au développement qui sont dans des secteurs un peu plus diversifiés que les nôtres, et donc nous sommes prêts à prendre toutes ces idées, à travailler avec des idées concrètes par rapport à ce qu’ils disent et de les étudier, c’est un peu la flexibilité que nous avons comme fondation, notre objectif c’est d’accompagner les pays que nous suivons en matière de santé, et en matière de réduction de la pauvreté. Donc nous sommes prêts à écouter toutes ces idées, à se mettre autour de table et donc de suivre ces idées, et parmi ces idées qui ont déjà commencées au sein de la fondation pour lesquelles il faut les relancer, nous le ferons. Mon message ici, c’est un message de flexibilité, en disant que nous sommes prêts à prendre toutes les idées que vous avez et celles de nos partenaires pour que ce soit une réalité. En ce moment, une bonne partie des engagements que nous avons, c’est avec des institutions déjà établies et qui ont fait leurs preuves sur certains aspects, parce que vous savez, quand on s’engage sur quelque chose on veut d’abord s’assurer que ça marche pour des choses que nous n’avons pas encore testées, nous sommes ouverts à cette conversation et pour aller de l’avant. Donc vraiment, je crois que c’est mon plus grand message. Notre objectif c’est de faire du développement et d’accompagner les pays africains. Donnez-nous des idées, asseyons-nous autour de cette table et travaillons ensemble pour trouver des solutions.

Je pense que cette réponse convient à Mamadou Ciré, qui avait une question similaire sur l’utilisation de l’Artemisia en Guinée. Je pense que vous avez votre réponse.

Nous avons une autre question de Leridan Philippe Ada, qui vous demande est-ce que la fondation a un mécanisme de contrôle pour s’assurer que les vaccins vont profiter aux populations des pays bénéficiaires, je le dis à cause de la gangrène chez nous qu’est la corruption et le détournement.

C’est une problématique du développement que la fondation et toutes les institutions qui travaillent dans le développement ont, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, ça fait 30 ans que je fais du développement donc il faut faire face à ces dynamiques dans les pays dans lesquels nous travaillons. Nous assurons toujours dans nos projets, nous regardons toujours l’impact de nos projets et ils sont conçus de sorte que on essaye dans la mesure du possible parce que en fait ce n’est pas une problématique simple mais dans la mesure du possible de s’assurer qu’il y a la qualité sur ce que nous finançons en travaillant au départ et à la fin des actions que nous prenons et ensuite nous évaluons nos projets régulièrement pour nous assurer que nous atteignons nos objectifs de développement. Donc c’est pas différent de ce que font les autres instructions de développement, j’ai un moyen de comparaison parce que c’est ce que j’ai fait toute ma vie mais avant de lancer un projet, quel que soit le projet, nous sommes très diligents sur le choix de nos partenaires, nous sommes très diligents sur la qualité des projets que nous finançons, et, nous faisons en sorte que ceux qui sont supposés être les bénéficiaires de ces projets soient les bénéficiaires. Donc c’est une réponse générale que je peux donner qui est valable pour tous nos projets.

Est-ce qu’une institution de développement de façon générale ou une fondation peut se retrouver dans une situation ou malgré toutes ses bonnes intentions, les résultats ne sont pas exactement ceux qui sont escomptés, c’est possible et on le voit partout, mais notre intention et le travail que nous faisons est de faire sorte que l’on évite ces abus.

Nous avons une question de Christine Gueye de Sputnik, l’agence de presse russe, qui demande votre avis sur l’annonce du vaccin russe. J’en profite également pour vous poser une seconde question que nous avons reçu de la part d’un journaliste du Burkina qui nous demande : la pandémie a fini de prouver la fragilité de nos systèmes sanitaires, la fondation intervient-elle sur l’amélioration des plateaux techniques ?

La réponse à la dernière question c’est oui, donc c’est pour cela que nous sommes là. Il faut travailler sur les questions de santé qui se posent mais il faut surtout renforcer les systèmes de santé pour éviter justement qu’ils soient dégradés au point qu’ils ne peuvent pas accompagner les populations qui viennent pour se soigner.

Et il faut aussi prévenir les pandémies et faire du renforcement de capacité. Quand je pense à cette pandémie, nos premiers investissements ont été faits avec l’Africa CDC, si je peux traduire c’est le centre africain de prévention et de lutte contre les maladies. Ils ont été des partenaires privilégiés et la plus grande partie du travail que nous avons fait avec eux, c’est de les aider à renforcer leurs capacités soit au siège, soit dans les centres régionaux qui les accompagnent.

Pour la question du vaccin russe, franchement, je ne suis pas un scientifique pour donner un avis sur cette question. Je sais qu’il y a eu une annonce, que nous la suivons tous. Quand il y a une annonce de vaccin, quel que soit la provenance du vaccin, mon souhait toujours est que ce soit un vaccin qui puisse régler le problème de prévention. Je ne suis pas un scientifique pour donner un avis.

Nous allons prendre deux dernières questions car je voudrais être sure qu’on ait suffisamment de temps pour les remarques de clôture. Nous avons une question de Peter Ngoyi qui travaille pour le journal La Prospérité à Kinshasa : Comment expliquez-vous la priorité accordé à la COVID-19 dans un contexte où il y a plusieurs pathologies ayant un degré et délai de létalité plus grand que le Covid-19 mais au sujet desquels il n’y a pas un certain degré de riposte, sommes-nous dans une sorte de grossissement médiatique ou la covid serait réellement en train de battre le record de dégâts parmi toutes les pathologies existantes ?

C’est ce que je disais au début en mettant l’accent sur le fait qu’il y a le covid qui s’est installé mais il y a eu d’autres maladies qui étaient là et il y a eu d’autres soins de santé qui sont aussi prioritaires effectivement et ça c’est l’un des enseignements qu’on a eu après l’Ebola, ou en fait, dans certains aspects de la santé, on a connu beaucoup plus de dégâts, que le fléau qu’on voulait combattre en premier lieu. Donc c’est une bataille sur tous les fronts. Ces soins de santé, on ne doit pas les négliger car effectivement, on peut avoir plus de dégâts sur ces soins qu’on a négligés sur des maladies qui étaient là avant le covid même mais cela ne veut pas dire qu’il faut negliger le covid donc c’est une question de balance et c’est un travail qui doit se faire sur tous les fronts, y compris le troisième pilier, l’aspect économique. Donc souvent quand je vois un débat autour de ces choix, je m’inquiète. C’est comme si en fait on doit se focaliser sur un aspect, en oubliant les autres aspects et donc c’est ce message que je voulais souligner toute à l’heure, c’est une bataille sur tous les fronts.

Et la dernière question que nous allons prendre pour le moment c’est une question de Malick Diawara, du Point Afrique, Envisagez-vous d’accompagner les pays africains dans le développement de chaînes de valeur médicales et pharmaceutiques locales ? Si oui, comment ? Ceci présenterait l’avantage d’avoir un impact de santé mais aussi économique permettant à l’Afrique de construire progressivement son indépendance voire sa souveraineté sanitaire.

Même réponse que j’ai donné tout à l’heure en disant que nous avons des axes d’intervention qui sont assez spécifiques et si donc ces axes d’intervention, ne sont pas suffisant et qu’il y a des idées sur ce que nous devons faire en terme de santé publique et problème de développement à régler, y compris améliorer la santé des populations africaines, nous sommes prêts à être autour de cette table, donc je ne voulais pas être spécifique en disant tout ce que nous finançons, mais de manière générale, c’est l’assistance technique, c’est le soutien de nos partenaires et ça je voulais aussi le souligner. Dans le cadre de notre stratégie Afrique, nous essayons dans la mesure du possible de soutenir les partenaires locaux sachant que l’un des grands secrets du développement, c’est de renforcer les capacités sur place. Pour avoir un impact sur le développement qui fait une différence, il faut que ceux avec lesquels on travaille soient impliqués sur le travail que nous essayons de mettre en place mais aussi que ces programmes soient exécutés avec eux, pour eux et c’est un axe très important de notre stratégie Afrique donc nous sommes prêts à être autour de cette table pour revoir toutes ces idées. Ça peut être des axes sur lesquels nous investissons déjà ou des axes sur lesquels nous ne sommes pas investis mais nous sommes prêts à les revoir. C’est ça notre mission.

Merci beaucoup Cheikh Oumar, on a touché a beaucoup de sujets. C’est un sujet qui touche tout le monde sur cette planète et je vous remercie d’avoir répondu à toutes ces questions que ce soit au niveau des vaccins, de l’impact économique, au niveau de la vision de la fondation. Nous avons plusieurs questions qui n’ont pas été traite, Monsieur Compaoré, j’ai bien noté votre question, on revient vers vous.

Cheikh Oumar, je vous laisse clôturer cette session avec vos conclusions. Merci

Je vais conclure tout simplement en vous remerciant Eloïne et tout le monde d’avoir pris le temps de participer à cette conférence de presse, de prendre aussi le temps de lire ce rapport qui est extrêmement important. Vous savez, dans le développement, on se fixe toujours des objectifs, l’utilité de ce rapport et des rapports que nous avons chaque année, c’est de dire : bon voilà ce que nous avions prévu de faire, où est-ce qu’on en est et de donner des idées sur ce qu’on pourrait envisager. On ne peut pas faire du développement sans avoir une idée de ce qu’on est en train d’accomplir, vu l’importance de ce genre de rapports, et donc le dernier mot pour ce rapport est de dire que le covid a eu des conséquences désastreuses sur nos économies et sur la santé, c’est le moment de prendre note de ces conséquences et de voir dans quelle mesure on peut travailler pour relever les défis y compris les défis qui avaient été relevés pendant toutes ces années. Avec ça, je vous remercie encore une fois d’avoir pris le temps de vous joindre à nous.

Merci Cheikh Oumar, passez une excellente après-midi.

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