Où est donc passé «je ne suis pas un héros»? « Fatwa » sur le livre du juge Angelo Houssou

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(L’autodafé d’un ouvrage «indésirable») 1ère partie

« Je ne suis pas un héros », c’est le titre de l’ouvrage autobiographique du juge Angelo D. Houssou, lancé le mardi 08 décembre 2015 à Cotonou et depuis lors, disparu miraculeusement des rayons des librairies. Le mieux qu’on puisse dire est que l’auteur aussi bien que l’ouvrage sont devenus quasiment rares. Passe encore que le juge donne cependant des signes de vie, cela est déjà réconfortant même s’il s’est résolument muré dans un silence assourdissant. Le plus préoccupant est sans nul doute le sceau d’inexistence quasi-totale qui frappe le « livre-vérité » du Juge Angelo HOUSSOU. Aussi rare qu’invisible que l’or de Perma, les deux éditions du livre « Je ne suis pas un héros » ont été prestement subtilisées par d’anonymes entreprenants acheteurs qui les ont fait disparaitre de tous les rayons des librairies. Les rares acheteurs de ce livre qui s’en sont procuré pour leur lecture saine et personnelle se comptent sur le bout des doigts. Ailleurs, certains parleront de vente record. Mais ici au Bénin, il faut aller chercher les véritables raisons de cette pénurie « artificielle » loin, ailleurs. Pénurie artificielle d’autant que pareil succès de vente (si vente normale il y avait) devrait entrainer raisonnablement de nouvelles éditions pour satisfaire la demande de plus en plus croissante d’un livre rare, mais qui se passe et se lit sous manteaux par quelques rares « privilégiés ».

Le 17 mai 2012, deux ordonnances rendues par le juge Angelo Houssou feront basculer le cours d’une partie de l’histoire sociopolitique du Bénin et  marqueront par conséquent d’un sceau particulier, les annales juridico-contemporaines de notre pays. Mieux, par une démarche de «compte rendu», le juge a fait le choix de raconter au public, ce qu’il convient de nommer, les affaires de tentatives d’empoisonnement et de coup d’Etat. Ce devoir de reddition de comptes, le juge Houssou a choisi de le remplir à travers les pages d’un livre de 277 pages, divisé en dix parties et publié aux « Editions Afridic- Courrier des Afriques « , le juge parle de sa vie et spécialement de ces deux affaires. De nombreux chapitres ont été consacrés à la démarche professionnelle adoptée pour rendre la décision. On peut y lire des chapitres tels:  » mes premiers actes dans le dossier d’empoisonnement », « auditions, interrogations et confrontations », « ouverture de scellés et désignation des experts », « audition historique du président de la république » etc…

Les propos du juge Angelo D. Houssou, au lancement du livre le mardi 08 décembre 2015. « Le livre que nous lançons officiellement aujourd’hui, est un compte rendu. Rien qu’un compte rendu ! Vous savez, nous gens de la justice, avons trop souvent une propension à nous recroqueviller et à vivre notre mission et notre métier comme un angle mort. Je voudrais ici rappeler que la justice est rendue au nom du peuple et il n’y a pas de mission sans la nécessité, voire l’urgence, d’en rendre compte. J’ai donc écrit ce livre à titre de reddition de comptes au peuple béninois au nom duquel j’ai rendu » des décisions de justice, ces dernières années. Ce devoir redditionnel m’importe plus que tout. Garder le silence serait manquer de respect au peuple qui a le droit de savoir».

La rédaction du journal « La Dépêche » avec la collaboration experte de certains spécialistes se propose de vous replonger au cœur de cette rocambolesque affaire, digne d’un romain policier. C’est donc par une œuvre littéraire que le juge Angelo Houssou a décidé de raconter au public pour la première fois les affaires de tentatives d’empoisonnement et de coup d’État. Depuis le 17 mai 2012 où il a rendu ses ordonnances de non lieu sur ces deux dossiers, Angelo Houssou est entré dans une série de tribulations qui l’a conduit en exil aux Etats-Unis. Dans ce livre de 277 pages, divisé en dix parties publié aux « Editions Afridic- Courrier des Afriques », le juge parle de sa vie et spécialement de ces deux affaires. Beaucoup de chapitres ont été consacrés à la démarche professionnelle adoptée pour rendre la décision. On peut y lire des chapitres comme : « mes premiers actes dans le dossier d’empoisonnement », « auditions, interrogations et confrontations », « ouverture de scellés et désignation des experts », « audition historique du président de la république ». « Je ne suis pas un héros », c’est le titre de l’ouvrage autobiographique du juge Angelo Houssou, lancé le mardi 08 décembre 2015 à Cotonou. Le juge rendu célèbre par ses deux ordonnances de  » non lieu  » le 17mai 2012 sur les affaires d’empoisonnement et de coup d’Etat, explique les détails et les méandres de ces deux affaires dans un livre qu’il a lancé en présence d’amis, parents et collègues.  C’est par une œuvre littéraire que le juge Angelo Houssou a décidé de raconter au public pour la première fois les affaires de tentatives d’empoisonnement et de coup d’Etat. Depuis le 17 mai 2012 où il a rendu ses ordonnances de non lieu sur ces deux dossiers, Angelo Houssou est entré dans une série de tribulations qui l’a conduit en exil aux Etats-Unis. Dans ce livre de 277 pages, divisé en dix parties publié aux « Editions Afridic- Courrier des Afriques « , le juge parle de sa vie et spécialement de ces deux affaires. Beaucoup de chapitres ont été consacrés à la démarche professionnelle adoptée pour rendre la décision. On peut y lire des chapitres comme :  » mes premiers actes dans le dossier d’empoisonnement « ,  » auditions, interrogations et confrontations « ,  » ouverture de scellés et désignation des experts « ,  » audition historique du président de la république « . Au présidium, le juge Houssou entouré de son avocat Me Alain Orounla et du chroniqueur littéraire Constantin Amoussou a fait montre de courage, d’engagement et d’attachement au droit et à la justice. Mais il se veut humble. « Le livre que nous lançons officiellement aujourd’hui est un compte rendu. Rien qu’un compte rendu (…) J’ai donc écrit ce livre à titre de reddition de comptes au peuple béninois au nom duquel j’ai rendu des décisions de justice ces dernières années « , a-t-il expliqué.

Octobre 2012- octobre 2020 : Huit longues années de flou et de mystère. (La chronique de Me Fatiou Ousman)

Maitre Fatiou Ousman

En 2013, se jouait en France devant la cour d’appel de Paris une guerre fratricide entre l’ex président de la République et son ancien partenaire.

Les autorités béninoises accusaient alors le magnat du coton béninois d’avoir voulu  tenté d’empoisonner le chef de l’état d’alors.

Une instruction judiciaire était ouverte à Cotonou et était confiée au juge d’instruction Angelo HOUSSOU.

Le mis en cause, également poursuivi au Bénin pour diverses infractions économiques, a réussi à rejoindre Paris avant d’être placé sous contrôle judiciaire par la justice française, le Benin ayant demandé son extradition.

Cette demande d’extradition a été rejetée par la cour d’appel de Paris qui a estimé, par avis défavorable du 4 décembre 2013, que les conditions d’une justice équitable au Bénin ne sont pas réunies.

Patrice Talon s’était alors félicité de cette décision : « Je suis heureux pour la démocratie chez moi. C’est un combat pour la démocratie au Bénin ».

Son avocat de renchérir « En France, on n’extrade pas quand la demande d’extradition n’est que le masque d’une persécution politique ».

Il faut dire que la demande d’extradition et le dossier de l’accusation étaient fragilisés depuis que les suspects avaient bénéficié, en mai 2013, d’un non-lieu général du juge d’instruction, confirmé par la cour d’appel de Cotonou.

Malgré l’arrêt du 2 mai 2014 de la chambre judiciaire de la Cour suprême qui a cassé les arrêts de la Cour d’appel de Cotonou pour violation de la loi, le Président Boni YAYI a accordé le pardon à Patrice TALON et à Olivier BOCO le 14 mai 2014 après  l’intervention notamment du Président français François Hollande et du Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Abdou DIOUF.

Cette scabreuse histoire ne s’arrêtait pour autant pas là et devait connaître des développements hors du champ juridique.

Le juge Angelo HOUSSOU, magistrat instructeur, était interpellé par les autorités beninoises quelques heures seulement après avoir prononcé son non-lieu, à la frontière nigériane avec 7 000 dollars en liquide, trois chéquiers, trois valises contenant ses effets personnels et un visa de trois ans pour les États-Unis.

D’abord placé sous surveillance, Angelo Houssou parvint à fuir le Bénin pour les États-Unis, où il a demandé l’asile politique, s’appuyant notamment sur la plainte déposée mi-novembre 2013 par les avocats du président béninois pour « sortie irrégulière du territoire ». Une fois à l’abri, l’ancien magistrat devait prendre sa plume pour donner sa version des faits et de l’affaire dans un ouvrage intitulé : Je ne suis pas un héros. Cet ouvrage pourtant annoncé et lancé à grand renfort de publicités est devenu une denrée rare, après s’être vendu comme du petit pain… Heureux et chanceux sont les rares qui ont ainsi eu le privilège de lire cet ouvrage… Pour les autres, la frustration persiste..

Heureux et chanceux sont les rares qui ont ainsi eu le privilège de lire cet ouvrage… Pour les autres, la frustration persiste..

La déclaration du juge Angelo Houssou au lancement de son livre.

Honorables invités, Mesdames et Messieurs, Avant tout propos, je voudrais vous remercier vous tous ici présents, les collègues magistrats, les avocats, les représentants de la société civile et responsables syndicaux, les acteurs politiques, les jeunes, les femmes, les parents et amis, les militants. Votre déplacement me va droit au cœur et je salue ce sens de mobilisation qui caractérise les Béninois lorsqu’il s’agit des causes nobles et justes.

Je tiens également à remercier la presse que je félicite particulièrement pour son engagement. Malgré tout, elle est l’une des fières chandelles de la démocratie béninoise ! Le livre que nous lançons officiellement aujourd’hui, est un compte rendu. Rien qu’un compte rendu !

Vous savez, nous gens de la justice, avons trop souvent une propension à nous recroqueviller et à vivre notre mission et notre métier comme un angle mort.  Je voudrais ici rappeler que la justice est rendue au nom du peuple et il n’y a pas de mission sans la nécessité, voire l’urgence, d’en rendre compte. J’ai donc écrit ce livre à titre de reddition de comptes au peuple béninois au nom duquel j’ai rendu des décisions de justice, ces dernières années. Ce devoir redditionnel m’importe plus que tout. Garder le silence serait manquer de respect au peuple qui a le droit de savoir. Mon souhait est que nous juges, puissions développer le libre devoir d’écrire sur notre bataille à faire triompher la justice caractérisée par une pénurie de moyens et devant laquelle s’entrechoquent des flots d’intérêts. A l’évidence, cela contribuerait à améliorer nos rapports avec le peuple à la fois mandant et justiciable. En tant que juges, nous nous devons d’écrire afin de témoigner de comment, tout humain que nous sommes, nous assumons le divin métier de juger, d’appliquer la loi, de faire respecter les droits des personnes, d’apporter aux difficultés concrètes des solutions juridiques, de concrétiser la vertu de la justice.

La fonction de juge est donc délicate. Si elle est essentielle pour la vie, elle peut se dévoyer. Par notre métier, nous agissons sur le moral du peuple, son humeur, son avenir, son destin, …etc. Que serait devenu le Bénin si nous n’avions pas eu le sens de notre serment ce 17 mai 2013 ? Que se serait-il passé si la mobilisation n’était pas allée au-delà de la maison Justice ? Les décisions de « non-lieu » du 17 mai illustrent, s’il en est encore besoin, le rôle éminent que la justice est capable de jouer dans la transformation de notre pays. Elle s’élève comme le dernier rempart contre notre présidentialisme et ses abus, notre parlementarisme et ses lâchetés, notre classe politique dirigeante et ses excès.

Pour des gens investis d’une mission si lourde de conséquences, il y a nécessité de les protéger contre les attouchements indiscrets et les propositions indécentes des forces politiques et économiques.

A l’occasion de l’instruction de ces dossiers, j’ai découvert et compris le danger auquel les citoyens sont quotidiennement exposés lorsque ceux qui détiennent le pouvoir manquent de vertu.

Je sais à quel point le peuple est en danger lorsque l’argent et le pouvoir deviennent des finalités absolues pour les politiciens prêts à mépriser la dignité humaine. Les valeurs au nom desquelles j’ai agi sont aujourd’hui davantage menacées. En effet, mon pays est actuellement plongé dans un désarroi larvé, marqué par un délitement des valeurs et des vocations, l’écroulement des fondations vermoulues de nos héritages socio-culturels ainsi que de notre projet démocratique.

Face à cette liquidation généralisée qui honnit le génie béninois, il serait proprement criminel de garder le silence et de continuer à nouer soigneusement nos cravates, à mettre des costumes lustrés et en marchant comme sur des œufs dans le cambouis socio-politique dans lequel le pays est plongé.

 Juge Angelo Djidjoho Houssou

Je comprends que le niveau du marasme actuel inspire doute, peur et renoncement. Au défaitisme actuel, je propose à chacun de nous, de nourrir l’espérance, pas celle qui consiste à croiser les bras et à se droguer à l’espoir, mais celle qui pousse à vivre le présent en construisant déjà le futur. Sans espérance, le peuple périt. Sans le courage d’agir, il n’y a point de salut. Nous sommes un peuple pacifique et non un peuple fragile.

Nous sommes un peuple ingénieux et nous devons mettre notre ingéniosité au service du progrès et de la prospérité. Nous sommes toujours une nation jeune, mais le temps est venu de mettre de côté les choses de l’enfance.

Le temps est venu de réaffirmer notre esprit endurant, de choisir ce qu’il y a de mieux dans notre histoire, de traduire dans les faits la promesse que tous sont égaux, que tous sont libres et que tous méritent la chance de poursuivre leur part entière de bonheur.

Notre pari est de cloner la politique avec des réflexes vertueux et de créer une osmose qui tienne les élus attachés à leurs promesses et les maintienne comptables aussi bien de leurs rendements ainsi que de leurs scandales.

Les dirigeants, les hommes politiques, les opérateurs économiques doivent être soumis à la loi et non chercher à soumettre la Justice. Car, en effet, c’est la justice qui élève les nations, le contraire est la honte des peuples. C’est ce dont mon pays a besoin, le reste relève d’une démagogie ritournelle qui perpétue la misère des peuples.

C’est désormais le sens de mon engagement. C’est pourquoi, je rêve d’un Bénin Autrement Gouverné, un Bénin résolument meilleur, un Bénin nouveau où responsabilité et justice sociale, travail honnête et probité, pouvoir au service du peuple et bien-être général seront élevés en valeurs cardinales.

C’est cela la Véritable Rupture, Rupture avec les habitudes de pensées, avec les idées, avec les comportements du passé qui nous ont empêchés d’avancer, de prendre notre avenir à bras-le-corps et de retrouver le chemin du développement durable.

Comment réformer, comment remettre le pays debout si l’on ne veut pas prendre le risque de la Rupture ?

Cette Rupture, je la crois nécessaire et imparable.

Cette Rupture, je m’y suis engagé.

Cette Rupture, je la ferai.

Je ne laisserai personne y faire obstacle.

Je ne laisserai personne l’édulcorer.

Je ne laisserai personne la dénaturer.

Je vous remercie.

Juge Angelo D. HOUSSOU

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