14 avril 2021
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BENIN

Bénin/Concertation annoncée à hue et à dia: Éviter le piège de l’immobilisme déguisé

Patrice Talon

Sauf bouleversement de dernière heure, le chef de l’Etat, Patrice Talon, recevra, lundi 15 juillet de l’année en cours, les partis de l’opposition, dans le cadre de la recherche de solution à la crise sociopolitique qui empoisonne la vie des Béninois depuis mars dernier. Si les responsables de l’opposition admettent le principe du dialogue, incontournable pour la décrispation, il reste que celle-ci pose certaines conditions avant toute rencontre avec le président de la république. Et on connait la position du pouvoir sur ces préalables définis par les opposants. Ainsi, craint-on la radicalisation de chaque camp. Et si c’était le souhait de la mouvance ? Le cas échéant, le dialogue s’enliserait. D’où le piège à éviter par l’opposition.  Cet immobilisme ou statut quo qui fait l’affaire d’une certaine classe politique, se satisfaisant déjà de l’état présent des choses, et rejette tout mouvement vers une réelle détente.

« J’inviterai très prochainement toute la classe politique pour des échanges directs, francs et constructifs au profit de notre bien commun, le Bénin ». Ces propos émanent de l’actuel locataire du palais de la Marina, Patrice Talon. On était le 20 mai 2019 et le chef de l’Etat s’adressait à son peuple suite aux élections les plus controversées que le Bénin ait jamais organisées depuis l’avènement du renouveau démocratique-1990- et surtout après l’installation au forceps de la huitième législature.

Mais depuis ce discours un rien conciliant, silence radio. Aucun acte gouvernemental n’a été posé à effet de concrétiser cette promesse présidentielle, du reste perçue par les thuriféraires de la rupture comme une vraie perche tendue à l’opposition, alors contrainte de la saisir, toujours aux yeux des férus du pouvoir de la rupture.

Enfin, nous voilà ? On penche pour l’affirmative. En effet, circule, depuis mercredi soir, un communiqué signé du chef du cabinet civil du président de la république, lequel invite les partis de l’opposition n’ayant pas obtenu le certificat de conformité ou le récépissé définitif à se faire représenter au palais de la Marina lundi 15 juillet 2019 aux fins d’une rencontre avec le chef de l’Etat.

C’est dire que Patrice Talon a enfin décidé de joindre l’acte à la parole. Il était d’ailleurs grand temps, au regard des questions urgentes à débattre pour que le pays recouvre la paix et la cohésion nationale qui l’avaient toujours caractérisé et qui faisaient sa réputation de berceau de la démocratie. Au demeurant, dans son message du 20 mai 2019, le patron de l’Exécutif avait reconnu la nécessité et l’urgence d’engager des démarches visant à corriger les deux lois iniques et scélérates, causes de tous les malheurs qui tombent sur le Bénin depuis la tenue du scrutin exclusif du 28 avril dernier.

Seulement, l’opposition, quoique favorable à la main tendue du chef de l’Etat, n’entend pas se laisser conduire à l’abattoir. Elle pose des conditions. Et pas des moindres. L’opposition, pour répondre à l’appel du président de la république, conditionne sa participation à quatre points. L’opposition exige, ni plus ni moins la reprise des élections législatives, le retour des exilés politiques, la libération des centaines de jeunes arrêtés pour leur opinion ou pour les manifestations des 1er et 2 Mai 2019 et la restitution des corps des personnes victimes des violences post-électorales .

Nécessité des concessions pour éviter le piège

Les conditions posées par l’opposition, si elles peuvent paraitre aux yeux de certains comme difficiles à satisfaire, résultent de l’état d’âme d’acteurs politiques floués et floutés dans un jeu dont ils croyaient maitriser et contrôler les règles. Jamais, l’opposition n’aurait imaginé son exclusion abjecte du scrutin législatif ayant consacré l’avènement de la huitième législature. Pour autant, l’opposition devra se convaincre qu’en matière de négociation, le principe de concessions reste de mise. Aussi, pour exigeante qu’elle devra être, elle se doit d’accepter les concessions. Certes, même la communauté internationale a reconnu le caractère peu démocratique des dernières élections législatives organisées au Bénin. Néanmoins, il parait utopique d’exiger la reprise de ces consultations, même si certains susurrent que la CEDEAO aurait donné son feu vert pour financer l’opération.

Le pouvoir en place ne peut donner caution à une telle revendication. Et en s’accrochant à cette revendication, du reste légitime, l’opposition pourrait tomber dans le piège du pouvoir de la rupture. Car, en campant sur leur position respective, pouvoir et opposition se retrouveraient dans une situation d’enlisement des pourparlers. Le cas échéant, c’est le pouvoir qui tirerait profit de la situation.

On se souvient encore des fameux pleins pouvoirs accordés à l’ancien président de l’Assemblée nationale pour conduire des négociations devant aboutir à trouver des solutions législatives en vue de résorber la crise politique alors naissante. Inutile de revenir sur les péripéties de ces négociations. On retiendra que rien n’est sorti de toutes les initiatives prises par Adrien Houngbédji afin d’éviter l’exclusion déjà annoncée de l’opposition. L’échec sera plus tard imputé aux partis de l’opposition qui auraient alors décidé volontairement de boycotter le scrutin. Assertion évidemment loin de la réalité des faits. C’est donc ce piège-là que l’opposition devra éviter.

L’enjeu réside actuellement dans les prochaines joutes électorales, notamment les élections locales, prévues pour 2020. Et c’est déjà demain.

Esmer Kakpo.  

Encadré

 Liste des partis politiques ayant déposé leurs dossiers de déclaration administrative ou de mise en conformité au Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité Publique, mais qui n’ont pu prendre part au scrutin du 28 avril 2019. Ce sont ces formations politiques qui sont invités au palais lundi prochain.

 1- Union Démocratique pour un Bénin Nouveau (UDBN)

2- Dynamique Unitaire pour la Démocratie et le Développement( DUD)

3- Restaurer l’Espoir (R E)

4- Union Sociale Libérale (USL)

5- Force Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE)

6- Parti Communiste du Bénin (PCB)

7- Gouverner Autrement

8- La Flamme Renouvelée

9- Force Agissante

10- Parti pour l’Engagement et la Relève

11- Grande Solidarité Républicaine

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