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Bénin/Concertation annoncée de Talon avec huit partis politiques: Le dialogue national à huis clos

« Conscient que nul ne devra manquer au chantier de construction de notre pays, j’inviterai très prochainement toute la classe politique pour des échanges directs, francs et constructifs au profit de notre bien commun, le Bénin ». Ces propos émanent du chef de l’État, le président Patrice Talon, à l’occasion d’une adresse à son peuple. La tension politique était alors à son summum, à cause de la tenue des élections législatives exclusives du 28 avril 2019. Par ces mêmes propos, le patron de l’Exécutif accédait – enfin- à l’idée d’un dialogue national qui réunirait tous les Béninois, quelle que soit leur obédience politique. En effet, le dialogue souhaité devrait conduire à une décrispation effective du climat politique, devenu délétère suite aux législatives controversées du 28 avril passé. A l’arrivée, avec l’annonce d’un dialogue dont l’invite s’adresserait essentiellement aux seuls huit partis politiques ayant bénéficié du fameux récépissé du ministre de l’intérieur, il s’agit ni plus ni moins d’un dialogue national à huis clos.

Les traces laissées par cette rocambolesque exclusion sont encore si vivaces que le dialogue national devra offrir l’occasion de tourner définitivement cette douloureuse page de l’histoire du renouveau démocratique, disons plutôt du pouvoir de la rupture. Seulement, les conditions annoncées du dialogue national en question, prévu pour se tenir le 10 octobre prochain, ne rassurent guère.

Dialogue national ou causerie entre copains et coquins ?

«…Et quand bien même, dans ce gratifiant vivre ensemble, viennent à survenir des épreuves, nous savons toujours nous retrouver, nous parler et conjuguer nos efforts pour repartir de l’avant, avec encore plus de foi en l’avenir ». C’est toujours le président de la république, Patrice Talon, qui tint ces propos. D’iceux, on peut y déceler une volonté manifeste d’associer toutes les forces de la nation au dialogue national, du reste, la seule issue qui se présentait au gouvernement  pour  ramener tout le monde à la table de négociation, de pardon, et par la même occasion, relancer le processus de développement du pays.    

Malheureusement, au regard des partis politiques invités à cette rencontre politique, on est loin d’envisager le dialogue national tel que voulu et souhaité par tous. En effet, sont conviés à cette rencontre les partis politiques suivants : le Parti du renouveau démocratique (PRD), le Bloc républicain (BR), l’Union progressiste (UP), l’Union démocratique pour un Bénin nouveau (UDBN), la Dynamique unitaire pour la démocratie (DUD), le Mouvement des élites engagés pour l’émancipation du Bénin (Moele-Bénin), la Force Cauris pour un Bénin émergent (FCBE) et le parti Force Cauri pour le développement du Bénin (FCDB).

Sur la liste de ces heureux élus à la table de négociation, nulle trace de l’Union sociale libérale(USL), de Sébastien germain Ajavon, de Restaurer l’Espoir (RE) de Candide Azannaï, encore moins du Parti communiste du Bénin (PCB).Où se trouve alors le dialogue national attendu pour ouvrir une nouvelle ère de la gouvernance politique au Bénin ? Même si comparaison n’est pas raison, les Béninois suivent à travers les médias, le dialogue national convoqué par le président Paul Biya du Cameroun à effet de réconcilier le nord et le sud de son pays. Quasiment tous les protagonistes à cette légendaire crise ont été invités. S’il est vrai que certains ont poliment décliné l’invitation, l’histoire retiendra qu’ils avaient été au mon appelés.

Qu’observe-t-on avec le dialogue national annoncé pour le 10 prochain ? La politique d’exclusion, principale source de la discorde nationale, a toujours droit de cité.

Par ailleurs, il est question d’un dialogue national, a-t-on avancé. Sur la liste des invités, on ne voit guère les forces vives de la nation. Peut-on prétendre organiser un dialogue national sans les forces vives de la nation ?  A moins que le gouvernement ait unilatéralement décidé de faire mystère sur les invitations adressées dans le cadre dudit dialogue supposé national, ni les centrales syndicales, composante essentielle de la nation, ni les confessions religieuses, dont l’importance du rôle en faveur de la paix dans le pays n’est plus à démontrer, ni la diaspora, pour ne mentionner que ces composantes, ne figurent nulle part. Quel est le comité d’organisation mis en place pour une organisation parfaite des assises du 10 octobre prochain ? Qui en est le président ? Qui en sont les membres ? Ou alors, il n’y a point de comité d’organisation mis sur pied ?  

Les Béninois-du moins ceux d’un certain âge- se souviennent encore de la manière dont la conférence nationale des forces vives de février 1990, convoquée par le général Mathieu Kérékou-paix à son âme- a été conduite. Le succès ô éclatant de ces assises nationales a traversé les frontières nationales au point d’inspirer nombre des pays africains. Cette conférence nationale de février 1990 reste et demeure le départ d’une nouvelle ère politique au Bénin, alors sous le joug d’un marxisme léninisme inopérant et inadéquat pour un pays comme le nôtre. De l’avis de certains analystes, les contingences ayant provoqué la tenue de la conférence nationale de février 1990 ne semblent pas trop loin de la situation politique actuelle du pays. En son temps, le général Mathieu Kérékou a initié une amnistie générale aux fins de permettre à tous les exilés politiques, volontaires ou non, de prendre part à la conférence nationale. Quel sort fait-on aux exilés politiques issus du régime de la rupture où se tiendra le 10 prochain une assise nationale ? Dans ces conditions, il parait inapproprié de parler de dialogue national quant à la rencontre du 10 octobre 2019.Autant parler d’une simple messe. Entre copains et coquins.  

Vincent Mètonnou

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