23 septembre 2021
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BENIN

Bénin/Enième note de suspension des médias en ligne:La Haac passe à côté

Entre la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication-HAAC- et le Regroupement des promoteurs et professionnels des Médias digitaux-REPROMED- le torchon brûle. Au cœur de la brouille, le dernier communiqué de l’organe de régulation des médias au Bénin, communiqué signé de son président, Rémi Prospère Moretti, le 7 juillet 2020 et intimant l’ordre aux médias en ligne de « mettre fin sans délai à toute publication sous peine de se voir appliquer les sanctions prévues par les textes en vigueur ». Telle la réponse du berger à la bergère, le patronat de la presse, à travers un communiqué musclé, a remis la Haac à sa place. L’injonction de l’organe parait anachronique et ne saurait donc être respectée, en ce que « nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ». Or, c’est ce que tente de faire  la Haac  dans ce nouveau contentieux avec la presse.

Encore la Haac ! En principe, lorsque les professionnels des médias évoquent cette institution, ce devrait être avec une certaine fierté. Hélas, depuis quelques années, l’évocation de la Haac par ceux qui sont appelés à être ses partenaires privilégiés intervient toujours dans un contexte de contentieux, de litige, curieusement créé par la Haac elle-même, elle qui devrait n’avoir pour vocation que la protection et la défense des professionnels des médias. En effet, faut-il encore rappeler la mission de l’institution, telle que fixée par la constitution du 11 décembre 1990 ? Certainement, afin que les laudateurs de la rupture qui applaudissent la Haac   à la suspension d’un organe de presse se ravisent et révisent leur position.  La voici, la mission fondamentale de la Haac : « – La Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication a pour mission de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse, ainsi que de tous les moyens de communication de masse dans le respect de la loi. Elle veille au respect de la déontologie en matière d’information et à l’accès équitable des partis politiques, des associations et des citoyens aux moyens officiels d’information et de communication ».  

Le communiqué du patronat de la presse

Nouveau bras de fer

En vertu de cette mission dévolue à la Haac, les professionnels des médias devraient se sentir en sécurité, réellement protégés contre les ennemis de la liberté de presse. Et Dieu sait qu’ils existent. Paradoxalement, la Haac, dans l’exercice de ses fonctions, semble se tromper de cible. Au lieu de rester dans la droite ligne de l’esprit, voire de la lettre qui ont inspiré son avènement, à savoir protéger la liberté de presse, notamment contre les pouvoirs publics, la Haac donne la fâcheuse impression d’avoir pris fait et cause pour ces pouvoirs. Du coup, les médias perdent lentement mais surement leur attribut de quatrième pouvoir.

La polémique actuelle est relative aux médias en ligne. Sous d’autres cieux, l’heure est à la promotion de ces nouveaux médias, perçus comme les médias d’avenir. Et, sauf erreur de notre part, le gouvernement béninois s’est aussi inscrit dans cette dynamique. D’où sort alors ce communiqué du 7 juillet dernier, portant la griffe du président de la Haac en personne, Rémi Prospère Moretti ? Le président de la Haac devrait se rendre à l’évidence que son communiqué n’avait aucune chance de prospérer.

Des promoteurs décidés à défendre leur gagne-pain

Et pour cause, l’arsenal argumentatif développé par l’institution ne tient pas la route. D’ailleurs, le Conseil national du patronat de la presse-Cnpa- ne pensait pas si bien faire en rappelant à la Haac ce vieux dicton selon lequel « nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ». La Haac reproche aux promoteurs des médias en ligne l’absence d’autorisation de leur part. Ceci n’est pas juste, s’est indigné pour sa part le regroupement des promoteurs des médias digitaux-Repromed-. De l’avis des promoteurs des médias en ligne, des formalités ont été entreprises à effet de se mettre en règle vis-à-vis du code de l’information et de la communication, comme l’exige aujourd’hui l’instance de régulation. Et ce, depuis 2018, donc depuis deux ans. Depuis lors, aucun dossier n’a été traité. Et la Hacc se justifie en évoquant la lenteur administrative, accusant les instances judiciaires de ne point libérer les casiers judiciaires à eux soumis pour vérification.

Le cas échéant, en quoi les promoteurs des médias digitaux sont-ils concernés par cette défaillance administrative ? Et voilà la Haac, fidèle à ses habitudes, prête à sanctionner. En la matière, la Haac envisage la suspension pure et simple desdits médias en ligne. Les retombées sociales fâcheuses d’une telle suspension, la Haac s’en balance les coquillages. Finalement, pour qui roule l’organe de régulation ?

D’aucuns estiment qu’à l’instar des autres institutions de contrepouvoir créées par la loi fondamentale, à savoir, l’Assemblée nationale, la Cour suprême et la Cour constitutionnelle, lesquelles institutions ont toutes fait allégeance au régime de la rupture, la Haac  a, elle aussi, fait l’option de se mettre au service de l’Exécutif. Soit ! Mais la Haac oublie que le gouvernement, lui, défend une politique sociale qui ne devrait pas autoriser la mise en chômage de jeunes entrepreneurs qui ont dû suer eau et sang pour mettre en place leur entreprise. Car, la Haac, par sa promptitude à suspendre les organes de presse, agit comme si les organes de presse ne sont pas d’abord des entreprises, avec un personnel …

Dans tous les cas, les promoteurs des médias digitaux n’entendent nullement baisser la garde face à une Haac qui dévie de jour en jour de sa vocation, de sa mission : celle de « défendre et de protéger la liberté de presse ». Le communiqué du Repromed, soutenu par celui du Cnpa, ne laisse planer l’ombre du moindre d’autre quant à la tournure que prendra ce nouveau bras de fer engagé par la Haac contre les promoteurs des médias en ligne. La Haac en fait un peu trop. Et trop, c’est trop.(Lire les communiqués du Repromed et du Cnpa)

Manu Folashadé.

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