14 avril 2021
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BENIN ENQUÊTE

Bénin/Impasse sur l’émission des passeports :Le Ministre Agbénonci n’a pas dit la vérité

Le moins qu’on puisse dire à voir la prestation du ministre béninois en charge des affaires étrangères sur la plate-forme de discussion Zoom de l’émission interactive Zapping229 du samedi 27 mars, est que vraisemblablement, bien d’éléments de ce dossier de blocage du processus d’émission des titres de voyages sont carrément absents dans l’intervention du ministre Agbénonci et pour cause. En lieu et place des faits réels, le ministre a avancé des réponses à peu convaincantes, parsemées de contre-vérités au point où les internautes regrettent l’absence en ligne des responsables de Geb Afrique, la structure qui émettait les titres de voyages.

Il aurait fallu en effet, la présence en ligne des responsables de la structure qui émettait les passeports, afin d’apporter leur version des faits pour que l’opinion soit bien édifiée. Le peuple a le droit de voir clair dans la gouvernance du pays ont clamé de nombreux internautes. Pour notre part, la rédaction de notre journal, suite aux propos du ministre des affaires étrangères, s’est penchée sur ce dossier et livre le fruit de ses investigations.

A l’entame de l’émission interactive, le ministre avait pourtant promis d’être le plus transparent dans ses propos mais au finish, force est de constater que le ministre Aurélien Agbénonci s’est montré plutôt confusionniste, faisant plutôt preuve d’économe de vérités  avec des propos aux allures de la diffamation à l’endroit de la société GEB Afrique.

A certains de ses propos, il convient d’apporter quelques précisions afin que l’on ne prenne pas pour argent comptant tout ce qu’il a dit.  Le ministre affirme : «Nous sommes venus trouver une situation où le gouvernement de la République, pas celui de Patrice Talon, pour une raison qu’on ignore a signé un contrat avec un privé à qui il donne la possibilité d’émettre des passeports biométriques ordinaires et cette personne est détentrice de la Pki qui est la clé d’identification qui permet d’émettre des documents sécurisés ». A ce niveau, il convient de préciser certaines choses.

* concernant la clé publique Pki. L’explication qu’en a fait le ministre est bien loin de la vérité et des pratiques courantes en la matière. GEB Afrique n’est pas détentrice et ne peut pas détenir une clé publique Pki. Cette dernière est un patrimoine public de sécurisation de données de la Direction de l’Émigration et de l’Immigration (DEI) où elle est logée.

* le contrat entre l’Etat Béninois et la société GEB AFRIQUE  remonte à 2002 au temps du président Mathieu Kérékou. Seul l’avenant a été signé en 2014 sous le mandat du président Yayi. Selon des sources concordantes, à l’arrivée du Président Patrice Talon au pouvoir, l’opérateur technologique a été convoqué à la présidence de la République pour remettre la clé Pki. Il leur avait déclaré qu’elle était à la DEI et sur demande, une copie avait été faite et remise à la Direction du cabinet militaire du chef de l’Etat.

Résiliation de contrat

Le ministre poursuit : « Ensuite, ce partenaire privé, de temps en temps, a essayé de faire des chantages parce qu’il avait signé avec l’ancien gouvernement une convention qui fixait, dans les proportions déraisonnables, le montant des passeports ». Ces propos donnent l’impression que le ministre ne maîtrise pas bien le dossier ou à défaut, il essaie par ruse de distiller des contre-vérités dans l’opinion pour empêcher la manifestation de la vérité. Il est important de rappeler ici que le gouvernement du Président Patrice Talon n’a signé depuis 2016 aucun contrat avec GEB Afrique. Plus grave, il a fait annuler l’avenant au contrat de concession de type BOT du 07 février 2014 enregistré sous le N° 12 0440-85 par une décision du tribunal de commerce de Cotonou. Comment pouvait-elle (GEB Afrique) continuer à produire des passeports alors que depuis novembre 2020, aucun engagement ne la lie à l’Etat ? Est-ce le fait d’arrêter de produire trois mois après l’annulation de l’avenant qui est le chantage ? Le ministre Agbénonci aurait été plus transparent en brandissant des courriers dans lesquels GEB fait des demandes à l’Etat pour l’augmentation des prix de ses prestations ou a menacé d’arrêter la production des passeports pour quelques raisons que ce soient. Faut-il le rappeler aussi, les prix que le ministre Agbénonci  juge déraisonnables ont été fixés en son temps de commun accord avec les gouvernements   Yayi au regard de deux pratiqués dans la sous région et de plusieurs autres paramètres comme le coût des équipements acquis par elle pour les activités.

GEB Afrique brimée triplement

Troisième morceau du ministre : « Brusquement au mois de…nous sommes en mars, il y a de cela trois mois, ce Monsieur (allusion au PDG de GEB Afrique) a décidé de faire un chantage. Il dit «si on ne le paie pas tel montant parce que des passeports ont été émis à l’étranger et j’estime que j’ai tel pourcentage et d’autres prétentions, j’arrête». Il est bien dommage que le ministre tient des propos aussi graves et diffamatoires sans aucune preuve. La vérité c’est que l’opérateur GEB Afrique a été contacté par le gouvernement qui lui a demandé de mettre des équipements d’émission de passeports à la disposition de certains consulats à l’étranger pour faciliter la tâche à nos compatriotes qui vivent dans ces pays. Elle a donc déployé des équipes dans ces pays et installé les équipements pour cette mission. A sa grande surprise,  elle reçoit quelques semaines après la décision du tribunal lui notifiant l’annulation de son contrat. Se sentant brimée, GEB Afrique demande le paiement des passeports émis depuis plus de deux ans qui n’ont pas été payés sans compter le coup de l’installation des  kits dans les consulats étrangers  (déplacements des agents et achat et installation des équipements).

Après cela, le 19 novembre 2020 GEB AFRIQUE reçoit d’un huissier envoyé par  l’Agent Judiciaire du Trésor (AJT) un commandement d’arrêt des travaux. Le 20 NOVEMBRE 2020 GEB Afrique répond à l’agent judiciaire par un courrier lui signifiant l’arrêt des travaux. Il était 11H quand un coup de fil nous informe que le PR a demandé de continuer l’émission des passeports. Nous avons réclamé un document officiel qui justifie la reprise du travail. A cette demande, nous avons reçu par un huissier un document de l’AJT qui annule l’envoi du premier courrier d’arrêt des travaux en lieux et place de l’ANNULATION DU JUGEMENT du tribunal

GEB Afrique a attiré l’attention que ce courrier ne saurait être une garantie sans que la décision de justice ne soit annulée. Entre temps, le ministre de l’intérieur nous demande de faire une proposition d’avenant que nous lui avons soumis mais qu’ils ont refusé de signer. Un mois après  il reçoit une proposition de nouveau contrat avec des dispositions qui la pénalisent sur plusieurs plans (durée du contrat 8mois au lieu du volume restant de passeport à établir, régime fiscal supprimé, régime douanier supprimé). Elle a opposé un refus à la signature de ce nouveau contrat et plaide pour que ses amendements soient intégrés avant signature.

Depuis novembre, silence radio jusqu’au 11 février où elle a mis hors tension l’équipement de production du passeport. Mais ceci ne s’est pas passé aussi brusquement comme le dit le ministre. Dans un courrier en date du 21 janvier (soit 20 jours à l’avance) elle a averti le Ministre de l’intérieur qu’elle arrêterait la production des passeports si un nouveau contrat n’était pas vite signé.  

En disant, « cette personne n’a pas hésité à arrêter parce qu’elle voulait faire ployer le gouvernement », le ministre Agbénonci voulait présenter GEB Afrique comme le bourreau du gouvernement. Au regard des faits c’est le gouvernement qui joue à brimer son partenaire, à ruiner un compatriote en résiliant le contrat qui le lie à l’Etat aussi injustement, en ne lui payant pas ce qu’on lui doit et plus grave, en le poursuivant en référé à dédommager l’Etat. Le souci de transparence devrait amener le ministre Agbénonci à donner les noms du nouveau partenaire qui émet les passeports ordinaires, de service et diplomatiques et celui de celui qu’on accuse aujourd’hui. Selon  des sources proches de la société, GEB Afrique ne trouve aucun gène à ce que son nom soit dit publiquement car elle ne reconnaît avoir commis aucune faute. Depuis bientôt deux décennies qu’elle opère dans le secteur, elle n’a reçu la moindre notification de faute.

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