31 juillet 2021
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AFRIQUE BENIN ENTRETIEN

Bénin/Incarcération de Reckya Madougou pour terrorisme:”Cette affaire est montée de toutes pièces et les preuves n’existent pas”

Ce samedi, nos confrères de Sikka Tv ont diffusé un entretien animé par le journaliste Saturnin Djossou, qui recevait l’un des avocats de Reckya Madougou, déposée en prison depuis 03 mars 2021. Arrêtée par la police alors qu’elle était de retour d’un meeting tenu à Porto-Novo, Reckya Madougou qu’on ne présente plus dans le landerneau politique du Bénin s’est vue brisée l’ambition d’occuper le fauteuil présidentiel dans la perspective de la dernière présidentielle au Bénin. On lui reproche de nourrir des desseins terroristes devant conduire à la déstabilisation du pays. Elle séjourne depuis en prison. Des violations de ses  droits ont été dénoncées par la suite.  Que retenir de ce dossier à l’étape actuelle des choses ? Pour en parler, Me Antoine Vey, l’un de ses avocats, l’une des rares personnes à avoir le privilège d’être autorisée par les responsables pénitentiaires à lui rendre visite. Il revient ici sur les tenants et aboutissants de cette rocambolesque affaire.  

Journaliste : Me Antoine Vey bonjour

Me Vey: bonjour

Vous êtes avocat au barreau de Paris avocat pénaliste,  co-fondateur du cabinet Dupont morreti qui est devenu en 2020 cabinet Vey et associé. Vous défendez Reckya Madougou.  Déjà, dites nous est ce que à l’heure actuelle vous connaissez à quelle date votre cliente sera présentée devant les tribunaux ?

Me Vey : non et c’est une petite partie du problème.  L’affaire de Reckya Madougou pose la question de l’image de la justice du Bénin notamment sur la scène internationale et auprès, j’imagine, des béninois aussi. Et voilà une femme qui pendant 48 ans n’a posé absolument aucun problème à la justice.  Elle a occupée des fonctions imminentes.  Elle a brigué la possibilité de concourir à une compétion électorale et du jour au lendemain, et du jour au lendemain elle a été incarcérée dans des conditions extrêmement difficiles sur lesquelles, j’espère que nous reviendrons.  Depuis elle n’a pas la lisibilité d’un calendrier de procédure clair.  Nous ne savons pas, lorsqu’elle sera interrogée si elle pourrait faire valoir ses droits dans une procédure équitable, c’est ce que nous souhaitons.  Parce que si elle pourra faire valoir ses droits de manière équitable, alors l’opinion publique pourrait se rendre compte de la vacuité totale de ce dossier.

Donc à l’heure actuelle est ce qu’il y a des pièces, des éléments de preuves qui existent,  d’aucun disent que le dossier est vide comme vous l’avez insinué.  Mais l’état Béninois, le gouvernement tient dur qu’il y a des faits qui sont avérés.

Me Vey: eh bien,  une des raisons de ma visite ici, et je suis heureux d’avoir rendu visite à ma cliente, et je suis heureux qu’on m’ait délivré un permis de visite, qu’on m’ait délivré un visa pour le faire. Une des raisons de ma visite ici était justement de s’attaquer au fond du dossier et de regarder ce qu’il y a dans le dossier mais aussi qu’est-ce  notre cliente a à dire. Elle va dans les prochains jours officialiser un recours,  saisir l’Etat de l’autorité judiciaire béninoise,  expliquer qu’elle est sa version des choses.  C’est que dans un premier temps, elle a été victime d’un coup monté et que aujourd’hui ce coup monté est instrumentalisé par l’autorité judiciaire à moins qu’elle ne se trompe à son corps défendant, ce qui justifie une incarcération qui est tout à fait disproportionnée et non nécessaire. Il est possible à  Reckya Madougou de se défendre dans un cadre hors détention. Et il ne faut pas tomber dans la volonté d’avoir de l’affichage.  Encore une fois, ce n’est pas une question de personne nous ne sommes pas dans un combat ni politique ni médiatique. On est dans la volonté de faire respecter les droits et les droits, c’est les droits de tout individu dans le cadre de la constitution du Bénin, dans le cadre des lois du Bénin et dans le cadre des conventions internationales. Aujourd’hui,  ce qu’elle demande, c’est de pouvoir bénéficier d’une procédure équitable et avoir des conditions de détention dignes et puis en réalité,  lorsque ces conditions de détention ne se justifient pas, de pouvoir sortir,  s’expliquer et se défendre.  Donc dans les prochains jours elle fera valoir sa voix qui j’espère sera relayée largement et permettra à chacun de se faire une opinion sur les conditions de son arrestation.

Parlant des conditions de détention. Car on aurait appris qu’il  était difficile de lui rendre visite. Vous avez pu la rencontrer, elle séjournerait dans une cellule dotée de camera de surveillance, qu’avez vous observé sur place ?

Me Vey: Déjà, j’ai observé que j’avais eu le droit de la voir avec mon confrère dans des conditions qui nous ont permis un échange, même si cet échange n’était pas à proprement parler confidentiel et qu’il est intervenu au travers d’une vitre, ce qui n’était peut être pas nécessaire. Cependant je n’ai pas pu la voir et discuter avec elle et me rendre compte des difficultés de sa détention.  Vous savez la détention ça passe parfois par des petites choses. Elle a été privée de certaines petites choses. Nous avons demandé à l’autorité judiciaire de les lui donner et nous verrons dans les prochains jours si notre demande reçoit ou non un écho.  La chose la plus difficile pour elle est qu’elle a été coupée de son entourage et de ses proches.  Bien sur une personne de sa famille peut lui apporter de la nourriture à quelques périodes par semaine mais ne peut pas s’entretenir avec eux,  communiquer savoir comment vont ses enfants,  laisser des messages par son entourage et plus globalement essayer de se défendre et communiquer plus effacement sur sa situation. Donc il y a une situation judiciaire que je n’ignore pas.  Je crois que l’autorité judiciaire ne devrait pas la traiter différemment que d’autres et je ne  l’ignore pas. Je crois que l’autorité judiciaire a à cœur de ne pas la traiter différemment que d’autres.  Mais on peut essayer de militer pour qu’elle ait des conditions de détention plus dignes et surtout la possibilité de communiquer avec son entourage d’une part et d’autre part avoir la possibilité de se défendre efficacement parce que c’est quelqu’un qui a beaucoup de choses à dire et beaucoup de choses à dénoncer notamment le coup monté dont elle a été victime aujourd’hui.

Un ancien ministre de la République, porte-parole du gouvernement, disait que “la prison n’est pas un hôtel à 5 étoiles”, est-ce que ce qu’on reproche à Reckya Madougou pourrait justifier ces conditions de détention? De votre expérience, des personnes qui sont accusées de terrorisme pourraient-elles se trouver dans ces cas-là ?

Me Vey: déjà, l’enjeu de tout ça ce n’est pas de crisper la situation, personne n’a à gagner à la détention de Reckya Madougou sur la scène internationale.  Nous nous ne venons dans une approche faussement combative. On vient pour demander le respect des droits et ces droits y sont reconnus.  Ce n’est pas une polémique. Tout le monde à intérêt à ce que les droits soient reconnus, à ce que l’Etat de droit soit reconnu.  Aujourd’hui quelque soit la gravité de l’accusation on sait bien que Reckya Madougou n’est pas quelqu’un qui cause une difficulté sur le plan de la dangerosité.  Elle a quand même occupé la fonction de ministre de la justice elle-même. C’est une femme intègre qui ne pose aucun danger à l’appareil d’Etat.  Donc pourquoi ne peut-elle pas par exemple soumise à un contrôle judiciaire, pouvant rencontrer son entourage et ses avocats librement et pouvant s’expliquer dans le cadre d’une audience contradictoire  et publique dans lequel chacun pouvait se faire son opinion de vue.  Ça c’est une vraie question qui fait  qu’il ne s’agit pas ici de critiquer la politique du pouvoir du Bénin.  Ce n’est pas mon cadre.  Je suis avocat, je ne suis pas homme politique il s’agit de dire malheureusement si nous ne recevons pas suffisamment de garantie quant à l’état de droit, il faut s’en référer aux normes internationales et aux organes internationaux et à la communauté internationale. C’est assez négatif et d’autre part, nous espérons que d’ici quelques semaines il y aura des signes de décrispation qui permettront non pas d’arrêter cette procédure, si effectivement elle fait l’objet d’une accusation, mais de pouvoir s’expliquer et de pouvoir faire valoir nos arguments qui j’en suis sur conduiront à l’arrêt des charges.

Parce que cette affaire est montée de toutes pièces dans lesquelles les preuves n’existent pas.  Donc une justice qui se déciderait alors qu’elle n’a pas des preuves ne serait pas une justice et qu’on soit dans des situations optimistes, pessimiste et permettez moi encore d’être optimiste quant à l’issue de cette situation.

“Aujourd’hui nous allons travailler pour faire valoir les éléments qui sont les siens, pour dénoncer de manière publique l’acharnement dont elle est victime depuis quelques mois”

On comprend que selon votre posture d’avocat vous ne voulez pas aller sur le terrain politique. Mais la réalité est que par le passé, l’État Béninois s’est comporté vis-à-vis des droits du respect du  droit à l’international, on a eu des échos qui nous parviennent vous adressant à cette autorité judiciaire espérant que les droits de votre cliente soient respectés.  Est ce que vous n’avez pas cette appréhension de rencontrer les mêmes obstacles et finalement avoir des gens en face qui finalement répondent tout le temps par la négative ?

Me Vey :j’espère que non, parce que j’espère que les gens changent, que les citoyens changent, que les démocraties changent… l’élection présidentielle qui s’est tenue.  Un nouveau mandat qui s’ouvre et je pense que les gens qui sont au pouvoir auront à cœur de faire valoir une image positive du Bénin qu’aussi  sur le terrain des droits et des libertés.  Donc il ne faut pas transformer un procès en tribune politique.  Si l’on veut faire de la politique.  Aujourd’hui ce que nous demandons est que le Bénin soit un lieu dans lequel les citoyens Béninois puissent savoir que leur droits sont respectés quelles que soient les accusations auxquelles ils doivent faire face.  Mme Madougou a un dossier solide.  C’est une personne solide et c’est une personne qui Aujourd’hui doit bénéficier d’une procédure juste. Voilà le message que nous avons à faire passer aujourd’hui.  Aujourd’hui nous allons travailler. Pour faire valoir les éléments qui sont les siens.  Pour dénoncer de manière publique l’acharnement dont elle est victime depuis quelques mois mais on ne peut pas ne pas espérer que ces droits vont prévaloir très rapidement, et la situation va s’améliorer.

Au cas où vous n’aurez pas eu gain cause, vous ferez quoi ?

Me Vey : j’espère que nous aurons gain de cause et les choses ne doivent pas s’analyser en dehors d’un cadre qui est que, aujourd’hui en l’absence de charges véritables, en raison du cadre constitutionnel qui est celui du Bénin et en raison de la présence de la communauté internationale pour vérifier le respect des droits.  On a tout espoir que les choses évoluent positivement.

Vous êtes dans votre posture d’avocat. On espère que vous allez gagner, vous ne voulez pas envisager une option…

Me Vey : Non vous savez je ne voudrais pas entrer dans un combat qui consisterait ensuite pour des autorités constitués qui en plus viennent de former un nouveau gouvernement.  Je ne veux pas leur donner l’idée que nous cherchons à faire un match de boxe pas du tout.  On cherche à évoquer publiquement une situation dans laquelle l’opinion publique doit avoir son avis. Aujourd’hui, je le dis dans quelques jours, Reckya Madougou et ses avocats feront valoir leur position sur les faits. Si l’appareil ne réagit pas positivement alors nous déciderons que nous ne pouvons pas faire valoir les droits de notre cliente.  Et nous serons dans une posture beaucoup plus négative.  Et encore une fois, je crois que les plus hautes autorités de l’Etat Béninois ont à cœur d’afficher une image positive et notamment sur le terrain des droits et des libertés.

Certaines rumeurs ont circulé récemment parlant de son état de santé qui serait défaillant et qu’elle aurait besoin d’évacuation sanitaire. Le gouvernement prend ça étant une brèche qu’on veut ouvrir pour lui permettre de sortir du pays, vous après cette visite, comment vous trouvez votre cliente ?

Me Vey : vous savez les gens qui sont détenus je ne sais pas s’ils sont dans un hôtel 5 étoiles ou dans une prison, mais c’est une condition extrêmement difficile sur le plan humain psychologique. Je dirais que Reckya Madougou est une femme courageuse, une femme forte et que ce qui est très difficile aujourd’hui pour elle, c’est de ne pas pouvoir voir sa famille.  Donc il va falloir essayer dans le cadre d’un débat contradictoire et constructif, de garantir ces droits les plus minimaux.  Et parmi ces droits les plus minimaux, il y a le droit à la santé et le droit qu’elle puisse notamment voir des médecins et être soignée correctement.  Maintenant quelque soit le médecin qu’elle pourra voir, la détention n’est pas un lieu dans lequel on peut rester si on a un état de santé fragile.  Donc ces éléments sont systématiquement portés à l’attention de l’autorité judiciaire pour que personne ne puisse dire que nous ne l’avons pas dit.  Nous avons hier saisi l’autorité judiciaire comme je vous le disais,  de petites demandes, avoir droit à un réfrigérateur pour permettre sa nourriture, avoir droit à une radio pour se tenir informé, avoir droit à voir sa famille dans des conditions dignes.  Ces petites demandes là petit à petit font des grandes demandes que bientôt elle va recouvrer la liberté.

Journaliste. Me Antoine Vey vous êtes avocat au barreau de Paris, bon merci d’avoir répondu à notre invitation.

Me Vey : merci à vous de nous avoir permis de nous expliquer.

Rappel : Me Antoine Vey est l’un des avocats de Reckya Madougou en prison depuis le 03 mars 2021.

Transcription Christ P HOUNHOUENOU

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