14 avril 2021
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BENIN

Bénin/Mandat unique et exigence morale dans l’exercice du pouvoir d’État:Talon renonce

Je serai candidat pour défendre la démocratie, nos libertés et la bonne gouvernance… Rien que pour rendre durable la bonne gouvernance jusqu’à ce que cela soit un acquis pour chacun et pour tous. Je resterai dans la dynamique“. Cette portion de phrase lâchée au crépuscule de ce vendredi 15 janvier 2021 à Adjohoun, contraste énormément avec celles autres, venant toujours du président Patrice Talon, aussi bien lors de sa prestation solennelle de serment à Porto-Novo, le 06 Avril 2016 avec ce retentissant et historique: «…Je ferai de mon mandat unique une exigence morale en exerçant le pouvoir d’Etat avec dignité et simplicité.» déclamé Urbi et Orbi à l’endroit du peuple béninois, les mânes de nos ancêtres, et rappelé en toute connaissance de cause au cours d’une émission spéciale sur l’Ortb ce 1er août 2016 où le président de la République a échangé «à bâtons rompus» avec les journalistes et les membres de la société civile à l’occasion de la célébration de la fête nationale, en ces termes: «…Je voudrais que tout le monde soit sur et certain d’une chose. Si par extraordinaire le mandat unique, cette réforme ne passait pas, dans tous les cas à titre personnel je ferai le mandat unique pour montrer à mes concitoyens que  j’y crois fermement et que en 5 ans on peut faire le job … et laisser la tâche à d’autres personnes». Se ravisant au détour d’un plateau de télévision pour promettre aviser, Patrice Talon a fini par renoncer à un engagement sacré, pris à la face du monde, foulant aux pieds son propre serment, sa parole d’homme d’État et surtout ce qui à ses yeux apparaissait comme une exigence morale. Talon renonce.

«La démocratie est la prunelle de nos yeux, qu’il faut respecter à tous les moments, grands et petits, de la vie politique. La parole donnée, la parole signée, devant le peuple, doit être scrupuleusement respectée». Cette citation de Benoit Hamon illustre bien le contexte qui est celui d’un Bénin de ces 5 dernières années, des tribulations d’un peuple, de la posture versatile du politique et des promesses sans lendemain.

Déjà en 2015, alors en exile en France, Patrice Talon lors de sa première sortie médiatique soutenait que «La quête d’un second mandat est un facteur de mauvaise gouvernance». L’homme n’était pas encore candidat à l’élection présidentielle de 2016, mais se disait farouchement contre le renouvellement du mandat présidentiel. Selon Talon, “La quête d’un second mandat est un facteur de mauvaise gouvernance. Nous sommes tous d’accord que ça développe un clientélisme absolu. Dès le premier jour de prise de fonction d’un président élu, quand on lui offre l’opportunité d’être président à nouveau au bout de cinq ans, toutes ses actions et toutes ses décisions sont conditionnées par cela, par la chance qu’il doit préserver à être réélu au terme de son mandat.”

Dès sa prise de fonction, qu’il nous souvienne, le président de la République s’est attelé à la révision de la Constitution béninoise, sur la base des réformes politiques avec l’instauration du mandat présidentiel. Il y a bien évidemment d’un côté, ceux qui sont pour et de l’autre ceux des citoyens qui ne partagent pas cette idée du mandat unique. Talon, lui, tenait à sa réforme.

“Dans tous les cas, à titre personnel je ferai le mandat unique”

A la question de savoir s’il s’imposerait à lui-même le mandat unique tel qu’annoncé au cours de la campagne électorale, et également lors de son investiture si cette réforme du mandat présidentiel était rejetée, Patrice Talon d’une réponse ferme réagissait en ces termes au cours d’un entretien télévisé: “Si par extraordinaire, le mandat unique ne passait pas, dans tous les cas, à titre personnel je ferai le mandat unique pour montrer à mes concitoyens que j’y crois fermement et qu’en cinq ans on peut faire le job et laisser la tâche à d’autres personnes.”

Le président béninois tenait tellement à son mandat unique que ce défi obsessionnel va agacer Yayah Jammeh, le gambien qui trouvera l’idée absolument chimérique dans le magazine Jeune Afrique. Patrice Talon, répliquera à cette boutade de Jammeh en ces termes : «Le président de Gambie a fait une petite blague sur la question. C’est vrai que le pouvoir tente, le pouvoir corrompt, le pouvoir finit par vous transformer dans le confort, l’allégeance de vos concitoyens, mais pour ma propre nature, ce sont, au contraire, des choses qui me gênent. Donc je ne pense pas que le pouvoir changerait ma nature».

A l’épreuve du pouvoir, ce pouvoir qu’il disait pourtant ne pas changer sa conception intrinsèque, Talon n’a pas résisté. Il va céder. Il a comme bien d’autres dirigeant de sous les tropiques, succombé aux travers du pouvoir total, un pouvoir sans concession et sans partage où l’opposition et d’autres voix contradictoires ont été réduites au silence. Ce pouvoir qui ne peut s’accommoder de syndicats libres, d’une justice indépendante et d’une presse libre, et où la séparation des pouvoirs demeure un leurre. A cette extrémité, le fossé est abyssal entre le dirigeant et son peuple. Les profondes lézardes apparues sur le mur du vivre ensemble et de la cohésion nationale sont si vives qu’il devient quasiment difficile, voire impossible d’être porté en triomphe par le peuple. Dès lors, l’idée de se retirer du pouvoir ou d’honorer sa parole s’apparente à un projet de suicide. La tentation devient plus grande de s’accrocher, non pas pour offrir le meilleur aux siens, mais, par instinct de survie, se maintenir coûte que coûte, quittes à creuser d’avantage le fossé déjà béant à moins de s’octroyer des lois d’amnistie taillées sur mesure.

Patrice Talon en est-il arrivé à ce point, peut-on bien être tenté de se demander au regard du Bénin de ces 5 dernières années, comparé à celui issu de la conférence nationale de 1990 à 2016. Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Que deviennent serments et promesses sous la Rupture ?

AtaviDjo

ENCADRE/

l’intégralité du discours d’investiture de Patrice Talon en tant que président de la République

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Monsieur le Président de la Cour constitutionnelle,

Mesdames, les présidents des institutions constitutionnelles

Madame la Grande Chancelière de l’Ordre National du Bénin

Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,

Mesdames et Messieurs les membres du Corps Diplomatique,

Honorables députés et Membres des institutions de la République,

Distingués invités,

Béninoises, Béninois, Chers compatriotes

En cet instant solennel où j’accède aux fonctions de président de la république, je voudrais tout d’abord exprimer mes profonds sentiments de fierté, à raison de ce que notre pays a réussi à organiser dans un climat apaisé, un scrutin présidentiel, dont la communauté internationale et notre peuple salue la régularité et la transparence.

Faisant avec vous le constat du parcours exceptionnel qui est le nôtre, je voudrais reconnaitre et saluer l’ancrage démocratique du Bénin qui prouve ainsi, à nouveau, sa capacité à surmonter les défis qui se sont toujours présentés à lui. Cependant, au plan économique et social, ainsi que de la jouissance des libertés individuelles l’état des lieux n’est guère reluisant. L’urgence, est donc aux réformes politiques, à la restructuration de l’économie nationale, à la reconstitution du tissu social en redonnant confiance à nos citoyens et la restauration de la crédibilité de notre pays. Certes, la tâche paraît immense mais ce n’est pas œuvre impossible si les actions à entreprendre s’appuient sur une vision claire ainsi que sur les compétences et les atouts dont nous disposons. C’est pourquoi je ferai de mon mandat unique, une exigence morale en exerçant le pouvoir d’état avec dignité et simplicité. Je m’acquitterai de mes devoirs de président de la république avec humilité, abnégation et sacrifice pour le bien-être de tous. De la nation, je garderai toujours présent à l’esprit la conviction qu’elle est une et indivisible, étant persuadé que notre pays ne sera fort que s’il reste uni.

Chers compatriotes,

Je m’emploierai chaque jour à tenir les engagements destinés à faire de ce mandat un instrument de rupture et de transition devant aboutir à la mise en place des grandes réformes politiques institutionnelles que nous avons tous appelées de nos vœux. Pour y parvenir, j’entends rétablir un état de droit respectueux des principes démocratiques et des libertés individuelles, et qui assure avec efficacité, la protection des personnes et des biens. Je m’engage à promouvoir une justice indépendante, la même pour tous, accessible et efficace ainsi qu’à redynamiser et moderniser l’administration publique. La compétence sera désormais le principal critère de promotion des cadres aux postes de responsabilité. J’instituerai des corps de contrôle indépendants dont la mission principale sera de veiller à l’orthodoxie financière dans toutes les administrations, offices et sociétés d’état. Je m’attèlerai à assurer et préserver la liberté de la presse ainsi que l’accès équitable de tous aux organes publics de presse. J’assurerai la protection de l’initiative privée et du secteur privé en tant que principal outil de développement. Je m’emploierai à accélérer et renforcer le processus de décentralisation en l’inscrivant dans chacune des actions que j’entreprendrai. Je ferai de notre démocratie un véritable instrument de coopération internationale d’intégration et de rayonnement en vue mobilisation de ressources au service du développement de notre pays. Je travaillerai à réduire puis à éradiquer la précarité en assurant dès à présent, la protection des plus démunis ainsi que l’accès pour tous, à l’eau et à l’énergie en tant que droits inaliénables et facteur de développement.

J’accorderai une priorité à la réorganisation du système de santé de façon à procurer à nos concitoyens une couverture sanitaire plus efficace et plus solidaire. Je m’attacherai à reconstruire le système éducatif afin d’assurer son adéquation avec les ambitions économiques de notre pays. Dans cet ordre d’idée, la restructuration du conseil national de l’éducation et la création de la zone franche du savoir et de l’innovation, constitueront les principaux leviers de l’action gouvernementale dans ce secteur. Je ferai du tourisme un véritable instrument créateur de richesse et d’emplois. Au plan agricole, j’ai la conviction qu’à la faveur des réformes et mutations à opérer ainsi qu’aux moyens d’investissements pertinents, notre pays pourra s’élever au rang de puissance agricole régionale avec une grande capacité de production dans les secteurs de la production végétale, de l’élevage et de la pêche. C’est pourquoi, j’entends promouvoir davantage deux filières agricoles phares en y investissant massivement de façon à créer de véritables pôles de développement agricole et industriel.

Enfin je ferai de la lutte contre la corruption un combat de tous les instants et de tous les jours et qui n’épuiseront pas les efforts inlassables de la justice et de la société civile destinés à mettre un terme à l’impunité. À cet égard et pour en donner le gage nécessaire, je déclare du haut de cette tribune, que non seulement je m’y suis préparé mais j’affirme que je suis déjà prêt maintenant et tout de suite.

Mesdames, Messieurs, chers compatriotes,

Comme vous le voyez le mandat qui s’ouvre augure d’heureuses perspectives que je m’engage à transformer en actions concrètes destinées à l’essor du Bénin, au bien-être et à l’épanouissement de nos populations. Je voudrais y associer la communauté internationale, nos traditionnels partenaires techniques et financiers ainsi que toutes les bonnes volontés de quelque horizon qu’elles viennent avec cet immense espoir qu’ils resteront aux côtés de notre pays lorsque j’aborderai les défis de la reconstruction nationale, ceux de l’enracinement de la démocratie, ainsi que la lutte contre la pauvreté et la corruption.

Je m’en voudrais, ici, de ne pas souligner avec force, que l’enracinement démocratique de notre pays est largement tributaire du système partisan qui est le nôtre et des valeurs, qu’ensemble, nous envisageons de promouvoir. Il n’est pas alors sans intérêt de s’inquiéter du rôle de l’argent dans la compétition politique et le vote des électeurs. Il nous faut de toute urgence, prendre la mesure du péril collectif, auquel nous sommes exposés. En termes clairs, si l’état démocratique que nous aspirons à construire passe par des élections libres et transparentes tenues à bonne échéance, le vote du citoyen en tant que moyen d’expression de son adhésion à l’idée démocratique doit être débarrassé de toute considération financière ou rétributive. Ici et maintenant, j’appelle à notre conscience citoyenne et davantage de civisme pour faire cesser le règne de l’argent en politique.

Deux autres défis majeurs de notre temps sont constitués par le terrorisme et la criminalité transfrontalière. J’y ferai face avec courage et détermination en comptant sur la coopération sous régionale et le soutien de la coopération internationale. Dès lors, nos forces de défense nationale ainsi que les services de renseignement devront être désormais engagés en appui aux forces de sécurité publique pour assurer la protection des populations de nos villes et campagnes.

Mesdames, Messieurs,

Je prends le ferme engagement devant le peuple béninois et devant le monde ici représenté, que sous mon mandat, la gouvernance au sommet de l’état, aura constamment à cœur de rechercher et d’identifier où qu’elles se trouvent les compétences nécessaires dont notre pays a besoin pour apporter le plus efficacement possible, les réponses nécessaires aux besoins de développement et de bien-être de nos populations des villes et des campagnes. C’est la sélection par le mérite et l’observance des valeurs qui font la qualité d’une gouvernance. Cette sélection est d‘autant plus efficace si elle se fonde sur l’égalité réelle des chances lors des concours de recrutement, lors des appels d’offre public, lors de la reconnaissance et la récompense de la qualité du travail accompli. À présent, que je l’engage pour notre pays, pour un nouveau départ, ensemble nous vaincrons la fatalité, j’y crois fermement, nous avons tout pour réussir.

Vive la République,

Vive le Bénin,

Je vous remercie.

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