27 novembre 2021
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AFRIQUE BENIN SOCIETE

Cri de cœur aux autorités Béninoises/Lettre d’un policier républicain

Dans ce qui est à mi-chemin entre une lettre de dénonciation et un poignant cri de cœur, un agent de la police Républicaine livre ici, bien évidemment sous anonymat, les tribulations de milliers d’autres agents, contraints au silence et qui se morfondent dans une acceptation stoïque des travers d’une fusion des deux corps classiques qu’étaient la gendarmerie et la police. Pour certains de ces agents, la seule alternative pour exprimer désormais leur grogne, dénoncer une injustice ou encore revendiquer certains droits reste la Cour suprême où s’amoncellent quotidiennement, des recours contre les dispositions des textes régissant la fusion des deux corps. Le syndicalisme étant enterré avec leur nouveau statut de policiers républicains. La Dépêche publie l’intégralité de cette lettre. Lisez.

Lettre d’un policier républicain aux autorités Béninoises

Respectables autorités de ce pays, en vos rangs et grades divers, c’est faute de perspectives que  j’emprunte en désespoir de cause, ce canal pour m’adresser à vous, au nom de milliers d’autres collègues.

Excusez-moi si je suis long dans ma lettre. Il faudra que je vous explique un peu la genèse des deux corps.

La police républicaine est le fruit de la fusion entre la police nationale et la gendarmerie nationale intervenue au cours du premier mandat du  président TALON. Cette fusion c’était pour faire cesser les querelles de leadership entre les deux corps en vue de leur harmonisation.

Au départ, les choses ont été précisées et le comité préparatoire de la fusion qui avait fait le tour des unités pour écouter et recueillir toutes contributions des différentes catégories des deux corps n’a pas tenu compte des préoccupations des  éléments dans le rapport final remis au chef de l’État en 2017.

Aujourd’hui, la police républicaine tant vantée par le Chef de l’État est devenue une bombe à retardement dont on cache les vrais problèmes au Président de la République. Pour vous en convaince, faites une enquête au niveau de la cour suprême, et vous verrez qu’il y a des milliers de recours déposés par les policiers républicains.

Avant la fusion, les deux corps étaient régis par des textes totalement différents. La police nationale était un corps paramilitaires alors que la gendarmerie nationale était un corps authentiquement militaire avec des diplômes professionnels militaires. Donc l’évolution en grade était totalement différente. Lorsqu’on prend deux personnes recrutées dans l’ex police et dans l’ex gendarmerie au cours de la même année, avec le même diplôme (BEPC), au bout de cinq (5) ans, sans aucune punition, ils n’auront pas le même galon, ni le même diplôme professionnel (le gendarme aura la possibilité de postuler pour un diplôme professionnel alors que le policier ne pourra postuler pour un diplôme professionnel qu’après au moins neuf (9) ans de service, sans cependant bénéficier du même traitement salarial que son collègue de l’autre corps.

Dans le cadre de réformes, voulant harmoniser les deux corps et tenant compte des diplômes professionnels, un corps a été défavorisé par rapport à l’autre.

Aussi nous n’avons plus aucun organe qui défend nos intérêts (car le syndicalisme n’existe plus à la police républicaine). Avec la fusion, nos salaires ont été diminués. L’homme de rang était recruté avec le BEPC (catégorie C), Désormais, le recrutement se fait avec le BAC. Mais nous continuons à percevoir le salaire de la catégorie B (niveau BEPC).

Nous faisons 24 heures de service et 24 heures de repos, ce qui fait 168 heures de service en deux semaines pour 80h de service en deux semaines pour les fonctionnaires civils alors que nous n’avons pas les heures supplémentaires.

Nous n’avons pas de jours fériés et très rarement, des congés annuels. Moi, en ce qui me concerne, après 15 ans de service, je n’ai jamais eu de congés annuels.

Nous sommes stressés et tellement découragés. Faites des investigations et vous verrez qu’il existe un taux élevé de décès dans nos rangs depuis 2016. Cela est lié aux soucis, au manque de moyens pour se soigner, etc. Aussi, on dénote assez de désertions dans nos rangs depuis la fusion. Dans les banques, ce sont généralement les policiers républicains qui font assez de prêts (prêts à long terme et prêts scolaires, prêts d’urgence dans les caisses de la police républicaine sans oublier les prêts chez les usuriers. À la fin du mois lorsque le salaire tombe, les différentes défalcations induites par les prêts, finissent par avoir raison de nos poches et on a de grosses difficultés pour joindre les deux bouts.

Nous nous sentons marginalisés et taquinés par les autorités hiérarchiques. Par exemple, pour la pandémie du covid 19, les agents de santé, les agents d’entretien et les policiers républicains ont été déployés dans les centres de mis en quarantaine pendant des mois. À la fin de cette mission, les agents de santé et les agents d’entretien ont perçu les primes depuis plus d’un an, mais nous policiers, laissés pour compte, nous ne comprenons rien.

Aussi, la loi 2015 qui concerne  les  corps paramilitaires (police nationale, douane et eaux et forêts) a été abrogée en 2018, les rappels découlant de cette loi ont été payés au douaniers et forestiers depuis le mois de février. Jusqu’à ce jour les ex policiers nationaux n’ont pas reçu les leurs. Vivement que la vie professionnelle du policier républicain soit une préoccupation pour les autorités. Aidez nous pour de nos conditions de vie et de travail, aidez nous pour qu’on soit traité comme les autres fonctionnaires de l’État, aidez nous pour que nos primes et nos rappels soient payer à temps, aidez nous pour qu’il ait d’équité au sein de notre corporation.

Un policier républicain

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