24 octobre 2021
Image default
BENIN

Diplomatie/Les autorités Béninoises renvoient le représentant de l’UE Nette: Ce diplomate qui agace la Rupture

La mesure a été confirmée officiellement par le ministre porte-parole du gouvernement, Alain Orounla. Olivier Nette, chef de la délégation de l’Union européenne au Bénin, est prié de faire ses valises et de quitter le pays au plus tard le 30 novembre prochain. Le diplomate est désormais considéré comme « persona non grata ».Cette mesure des autorités de Cotonou serait motivée par « une ingérence dans les affaires internes» d’un pays souverain dont le chef de la délégation de l’Union européenne se serait rendu coupable. Ce faisant, le Bénin se croirait-il sur une île où aucun autre pays ne doit avoir un droit de regard sur ses agissements ? Le moins qu’on puisse dire est que Nette agaçait la rupture.

 « Non-ingérence dans les affaires internes d’un Etat souverain ».Voilà un principe obsolète, caduc, devenu d’ailleurs inapproprié avec l’évolution actuelle des relations internationales. Au départ considéré comme sacrosaint par la charte des Nations Unies, le principe subira de profondes mutations au point où l’Organisation des Nations Unies lui oppose désormais un autre principe, celui du « droit d’ingérence pour des raisons humanitaires ». «  L’ingérence humanitaire » se conçoit comme  la possibilité pour la communauté internationale d’envoyer des secours humanitaires ou des forces armées internationales pour venir en aide à des populations victimes de catastrophes naturelles ou de violations des droits de l’Homme, sans l’assentiment de l’Etat concerné.

Rappelons qu’aux temps forts des dictatures en Afrique, nombre de Princes vomis par leurs gouvernés s’abritaient derrière le principe de la « non-ingérence des affaires internes d’un Etat souverain » pour soumettre leurs populations aux pires violations de l’homme. Au demeurant, ce sont ces pratiques antidémocratiques de ces chefs d’Etat impopulaires qui décidèrent l’organisation onusienne à admettre finalement le principe du « droit d’ingérence pour des raisons humanitaires ».Depuis, les dictateurs endurcis réfléchissent par deux fois avant de s’engager sur la voie des violations tous azimuts des droits de l’homme. Surtout avec la fin de la bipolarisation du monde, et son corollaire, la mondialisation galopante, toute chose muant le monde en un village planétaire. Du coup, aucune nation ne peut plus prétendre vivre en autarcie ou se comporter en ignorant son entourage immédiat ou même lointain.

 Le cas du Bénin

L’avènement de la rupture-Avril 2016- a opéré un bouleversement du paysage politique du Bénin. La gouvernance, jadis caractérisée par l’amarrage aux principes fondamentaux de la démocratie, a cédé place à une nouvelle approche de la gestion des affaires de la cité. Placée sous le signe des réformes, la gouvernance sous la rupture ne donne pas, hélas, ni aux yeux des Béninois, ni aux yeux de la communauté internationale, des gages d’une gestion où les droits de l’homme sont respectés. La démocratie béninoise, autrefois admirée et même jalousée dans la sous-région, s’est « tropicalisée », au sens négatif du concept. Pour la première fois en trente ans de démocratie, les Béninois ont été soumis à un scrutin législatif exclusif, uniquement ouvert aux deux partis politiques créés par le chef de l’Exécutif.

Dans un tel système, inutile d’envisager quelque respect des droits de l’homme. Face au « drame politique » qui se jouait, qui se joue au Bénin, la communauté internationale pouvait-elle rester inactive ? Des voix se faisaient alors entendre, de temps à autre, pour attirer l’attention des uns et des autres sur la tournure des événements dans un pays alors respecté pour sa démocratie. Parmi ces « amis » du Bénin, figure le chef de la délégation de l’Union européenne, Olivier Nette. Ami du Bénin en ce que l’institution par lui représentée reste et demeure l’un des partenaires techniques et financiers privilégiés du Bénin. A preuve, de 2016 à fin 2019, le Bénin aurait bénéficié de la part de l’Union européenne d’un appui budgétaire d’environ 120 milliards de nos francs. A cette manne financière directe de l’Union européenne, il faudra ajouter les appuis budgétaires sectoriels et des aides multilatérales à travers les accords ACP-UE.

Partenaire d’or

En somme, l’Union européenne constitue un des soutiens en matière d’aide au développement. Peut-on priver à un tel « ami » tout au moins du droit de regard sur sa gouvernance ? Surtout si les observations de l’ami paraissent pertinentes ? On reproche à Olivier Nette de se livrer à des « activités subversives ». A quel évènement le pouvoir de la rupture fait-il allusion en évoquant cet autre concept suranné ? « Activités subversives !» La notion sonne faux au moment où la communauté internationale s’évertue à promouvoir la démocratie et le respect des droits de l’homme dans le monde.

N’est-il pas vrai que le Bénin traverse une crise aiguë depuis mars 2019 ? Un ami a-t-il le droit de manifester une indifférence vis-à-vis d’une situation à tout point de vue inquiétante et préoccupante de son ami ? En sa qualité de chef de la délégation de l’Union européenne, partenaire privilégié du Bénin, Olivier Nette avait le devoir de s’intéresser de près à la situation politique peu reluisante du pays. Apparemment, le régime de la rupture ne perçoit pas de la même manière les relations entre l’Union européenne incarnée par Olivier Nette, et le Bénin. La goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase serait l’audience accordée par le diplomate à l’aile dissidente de la Force cauris pour un Bénin émergent-FCBE- aile dissidente pourtant reconnue par le régime lui-même. « Qui veut noyer son chien l’accuse de rage ». Olivier Nette, de sources proches du pouvoir en place, serait peu favorable à la gouvernance sous le régime de la rupture. Et il ne faisait rien pour cacher sa sympathie pour l’opposition politique.

Olivier Nette est désormais déclaré « persona non grata ». Il partira de Cotonou au plus tard le 30 novembre, apprend-on. Mais son expulsion du Bénin- surtout dans ces conditions- ne laissera-t-elle aucune séquelle quant aux relations entre l’Union européenne et le Bénin ? Difficile d’envisager une telle possibilité. Le départ précipité du représentant de l’Union européenne du Bénin ne saurait rester sans mesures de rétorsion. Dire que le Bénin est déjà en froid avec le géant de l’Est, le Nigéria, parait-il opportun d’en rajouter avec l’expulsion d’Olivier Nette ? Décidémént, la rupture a ses raisons que la raison ignore. Vincent Mètonnou.        

Articles Similaires

Lettre de Richard Boni Ouorou à ses compatriotes/”Fini le théâtre des politicailleries médiocres”

Joseph Perzo

Bénin/La réforme du système partisan,vue par Me Ernest Akueson:”Un make-up mal achevé”

Joseph Perzo

Rapprochement entre Talon et Yayi/Les confessions de Richard Boni

Joseph Perzo

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d’accord avec cela, mais vous pouvez vous retirer si vous le souhaitez. Accepter Lire la suite