3 mars 2021
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BENIN

Élection présidentielle de 2021/ Le règne de la peur

De mémoire de Béninois, jamais scrutin en vue n’aura suscité tant d’incertitudes, charrié autant de remous, exacerbé les susceptibilités et donné lieu à une psychose rarement égalée dans les annales de l’histoire sociopolitique du Bénin. Même s’il est désormais avéré que l’organisation plus ou moins parfaite d’une élection devant consacrer des représentants du peuple aussi bien à l’Assemblée Nationale qu’au sein des structures décentralisées de la gouvernance locale n’a hélas, jamais réussi au gouvernement de Patrice Talon – eu égard aux deux expériences passées –  il s’avère impérieux de s’attarder sur les signes annonciateurs d’une élection présidentielle, lourdement chargée de psychose et de peur panique. Des voix de citoyens, se joignent à celles de personnalités ou de responsables de partis politiques de l’opposition pour dénoncer l’instauration d’un climat délétère à l’approche des échéances électorales.

S’il est généralement admis que la perspectives d’élections majeures constituent des moments particuliers dans la vie d’une nation, il n’en demeure pas moins que le Bénin qui a “accouché” de bien de scrutins sans difficulté depuis 1991 à 2016, semble désormais présenter et ce depuis 2019, des symptômes d’une parturiente à risque. Tous les regards se tournent désormais vers le Bénin pour suivre le moindre battement de son pouls. A l’intérieur du pays, les populations sont écartelées entre les différents protagonistes du jeu politique devenu de plus en plus malsain. S’il existe enfin un point de convergence entre l’opposition et la mouvance au pouvoir, c’est que les deux sont bien divisées sur la façon dont les choses se déroulent dans le pays.

La compression des libertés fondamentales n’aura été aussi vertement fustigée et dénoncée que sous  le régime dit de la Rupture, après plus de 30 ans de démocratie. Si d’un côté l’ancien ministre Komi Koutché déplore une “militarisation depuis quelques semaines par les forces de défense et de sécurité, de certaines communes, il a surtout invité le chef de l’Etat “à cesser ces manœuvres qui compromettent la cohésion sociale”. D’autres manœuvres, où se mêlent menaces et intimidations sont dénoncées par les populations qui se disent prises en chasse sur les réseaux sociaux.

La Haac maintient les médias sous coupe réglée

La Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), a rendu publique le 13 janvier 2021, un communique pour réguler la période de précampagne couvrant la période du 25 janvier à 00 heure au 25 mars 2021 à minuit. Un communiqué à travers lequel l’autorité de régulation a tracé les lignes d’interdictions aux médias. Ce qui au demeurant, est susceptibles de priver les population d’un droit sacré, celui d’être informées. Réagissant à ce communiqué, le parti Les Démocrates à fustigé ce mardi 26 le rôle “de prédateur” des libertés de presse que s’est assigné l’autorité. Selon cette formation politique, les articles 3 et 4 du communiqué de la HAAC sont confus.

Les Démocrates dénoncent le moment choisi par la HAAC pour publier son communiqué et la période qu’elle a définie comme période de pré campagne. Le parti à travers son communiqué, «encourage les médias de toute obédience philosophique à se libérer de la peur, à ne céder à aucune pression psychologique ou morale et à accomplir leurs devoirs avec abnégation pour maintenir la lueur d’espoir qui vivifiera notre démocratie ».

Remous sur la toile

Sur la toile, on assiste depuis quelques jours à une véritables psychose qui mettrait aux prises les activistes ou auteurs de certains posts aux contenus jugés inappropriés au regard de la loi sur le numérique. Ainsi, des pseudo juristes ont distillé sur les réseaux, des textes aux relents de Fatwa, indexant les potentiels auteurs de “posts interdits” et jetant à la vindicte populaire, deux compatriotes vivant en exile. Mettant en garde même les administrateurs de foras en ligne. Au regard des séries d’interpellations et d’arrestations de certains web activistes ces périodes-ci, bien des interrogations fusent.
Sur ce front également, on voit s’illustrer le parti  ‹‹Les Démocrates›› qui est monté au créneau à travers un communiqué pour dénoncer les multiples cas d’arrestations observés depuis quelques temps, dans le rang des voix critiques au régime de la rupture. Dans ce communiqué, ce parti politique dénonce des “enlèvements tous azimuts de citoyens pour leurs opinions et à l’invasion de certaines communes par les Forces Armées”

Par AtaviDjo

Lire un extrait du communiqué.

EXTRAIT DE LA DÉCLARATION DU PARTI LES DÉMOCRATES ( LD)

(relative aux enlèvements tous azimuts de citoyens pour leurs opinions et à l’invasion de certaines communes par les Forces Armées)

Le mercredi 13 janvier 2021, à Porto-Novo, Jean KPOTON, très connu pour ses opinions critiques, a été arrêté à son domicile, par une horde de policiers. Après son interpellation, l’intéressé a été conduit à l’Office central de répression de la cybercriminalité (OCRC) où il a été écouté et gardé à vue au commissariat de Police de Xlacondji à Cotonou, en attendant d’être présenté au Procureur de la République. De sources concordantes, il lui est reproché d’avoir commis le fallacieux délit de « harcèlement sur les réseaux sociaux », suite à une de ses publications jugées tendancieuses et outrageuses.

Une dizaine de jours après l’arrestation de M. KPOTON, nous apprenons avec stupéfaction que le président de la Ligue des Jeunes Résistants du Bénin, Serge Christian YEDEDJI, a été enlevé par un contingent de policiers. Il a été déposé le dimanche 24 janvier 2021 à la brigade anti-criminalité. L’arrestation de ce dernier aurait été suivie de celles de GRIN Léopold dont personne ne connaît, pour le moment, le lieu de détention et AHOUANGANON Bienvenue gardé à Agblangandan.

Auparavant, c’est un professeur de SPCT, KOHOU Edouard qui a été interpellé à Natitingou et conduit manu-militari à Cotonou où il est condamné à 24 mois de prison ferme. Il est reproché au nouveau pensionnaire de la prison civile de Cotonou d’avoir relayé des publications jugées diffamatoires à l’encontre des autorités au sommet de l’Etat. Lundi 25 janvier 2021, c’était le tour de l’ex Chef du 1er arrondissement de Parakou, Abdoul-Razack AMADOU d’être interpellé et placé sous mandat de dépôt pour « incitation à rébellion » à la suite d’une publication sur un forum de discussion dénonçant les dictatures. Il faisait allusion au fait « qu’aucun dictateur au monde ne résiste à la rue ». Le message s’achève par une exhortation du peuple « à prendre son destin en main. ».« `

Eric HOUNDETÉ

Président du parti LES DÉMOCRATES (LD)

 ——

Lire  l’intégralité du communique ci-dessous.

COMMUNIQUE DE PRESSE DU PARTI LES DÉMOCRATES ( LD )

(Au sujet de la Décision n° 21-002/HAAC du 13 janvier 2021)

Il nous a été donné de constater que la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) a rendu publique la décision  n° 21-002/HAAC du 13 janvier 2021 de la HAAC portant réglementation des activités des médias pendant la période de précampagne pour l’élection présidentielle de 2021. A la lecture de la décision, nous relevons les observations ci-après :

–              La HAAC, qui a pour mission, au terme de l’article 142 de la Constitution, « de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse, ainsi que de tous les moyens de communication de masse dans le respect de la loi » en veillant « au respect de la déontologie en matière d’information et à l’accès équitable des partis politiques, des associations et des citoyens aux moyens officiels d’information et de communication » se révèle comme un prédateur des libertés de presse.

–              Les articles 3 et 4 de la décision sont confus. Il s’agit de deux dispositions contradictoires laissant la possibilité aux seules juridictions de traiter de manière discriminatoire les organes de presse, selon que leurs lignes éditoriales sont favorables au camp de la Mouvance ou de l’Opposition au cas où les organes publieraient des informations qui ne respecteraient pas les dispositions de cette décision de la HAAC.

S’il est une tradition pour la HAAC, à la veille de chaque scrutin, de publier une décision aux fins de réglementer la période électorale, le moment choisi par l’actuelle mandature des Conseillers de la HAAC ne saurait laisser indifférent tout bon observateur de l’attitude des Institutions de la République. En effet, la Décision 21-002 de la HAAC du 13 janvier 2021 a été prise à quarante-huit heures de la fin de la tournée dite de reddition de compte du Président de la République et honteusement transformée en une campagne électorale précoce ; corroborée par des arrêts à Missérété, Porto-Novo et Cotonou pour des bains de foule. Seule la HAAC comprend ce qu’elle entend par « période de précampagne pour l’élection présidentielle de 2021 » et qui s’étend, à dessein, « du 25 janvier à 00 heure au 25 mars 2021 à minuit. » L’alinéa 2 de l’article 44 du Code électoral prescrit : « avant l’ouverture officielle de la campagne électorale, les partis politiques continuent, conformément à la Constitution et à la Charte des Partis politiques, d’animer la vie publique et d’assurer l’information des citoyens. » Il n’y a donc pas lieu de restreindre l’information en période dite de « précampagne. »

Au demeurant, la décision de la HAAC apparaît comme une épée de Damoclès sur les organes qui s’efforcent d’accomplir leur mission avec professionnalisme en respectant le principe sacro-saint de l’équilibre de l’information, en ouvrant leurs antennes et leurs colonnes aux voix discordantes de celles des pouvoirs publics. Cette décision supplémentaire atteste bien de la faiblesse de nos Institutions, inféodées sans réserve au pouvoir despotique du président Patrice Talon. En tout état de cause, le Parti « Les Démocrates » qui veille sur les intérêts du peuple, encourage les médias de toute obédience philosophique à se libérer de la peur, à ne céder à aucune pression psychologique ou morale et à accomplir leurs devoirs avec abnégation pour maintenir la lueur d’espoir qui vivifiera notre démocratie. Nous espérons que le président de la HAAC recouvrera la raison  en rapportant ladite décision afin de redorer le blason de son institution.

Fait à Cotonou, le 26 janvier 2021

Le Président,

  Eric HOUNDETE

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