24 octobre 2021
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AFRIQUE Alerte info OPINION

Pour une convergence nationale salvatrice/L’appel de Richard Boni aux forces vives

Le politologue Bénino-canadien, Richard Boni Ouorou a promis en fin de semaine écoulée, lancer «un appel aux élites et autres leaders d’opinion de notre pays pour une convergence nationale autour de  l’ancien président Yayi Boni et de nos initiatives».

Dans son annonce, le consultant promettais  «évoquer aussi le président Patrice Talon dans la recherche de l’équilibre autour des initiatives visant le dégel progressif de la crise et un débat national pour définir de nouveaux horizons et le renforcement des acquis».

Le politologue a également fait la promesse de parler encore à ses amis de sa vision pour réajuster «notre combat» pour qu’il soit plus efficace et profitable.

Cet énième courrier mérite une attention particulière a informé l’auteur qui a fortement souhaité avant de recueillir les critiques et autres avis, que ses compatriotes prennent le temps de lire entièrement son appel de quatre pages dactylographiée. (Lire le message).

Amis béninois, meneurs, sages et guides,

Vous qui suivez l’actualité politique béninoise avez sans doute noté que j’ai intensifié ma présence dans les médias au cours des derniers mois. Vous connaissez donc mesidées, mes analyses, mes prises de position.Certaines ne vous ont peut-être pas plu, maissi je m’adresse à vous publiquement ici, ce n’est pas pour vous le reprocher, c’est pour vous convier à participer au renouveaude notre pays.

En fait, je vous invite à prendre part à l’élan de convergence nationale auquel j’ai suggéré au Président Patrice Talon et aux élites politiques de participeril y a peu, et ce, afin de « débloquer » le Bénin, de ledésempêtrer.

Comme je l’avais espéré, une rencontre officielle entre Patrice Talon et Thomas Boni Yayi a eu lieu, et elle a symbolisé en quelque sorte notrecapacitéà surmonter nos différends au profit de la collectivité. Bien sûr, à lui seul cet évènement n’est pas suffisant;il ne mettra pas fin à la crise sociale et économique actuelle. Il lui faut donc une suite. De ce premier dialogue doit en ressortir un autre, national cette fois, c’est-à-dire auquel l’ensemble de la population peut participer de près ou de loin.

C’est pourquoi je m’adresse à vous. En tant qu’informateurs, inspirateurs, mobilisateurs et représentants des populations des communes du pays, vous avez le don de globaliser ce dialogue. Vous, Rois,anciens, Prêtres vaudou et catholique, jeunes premiers, députés, maires, ministres, syndicalistes, ouvriers, gens des médias, personnes de métiers,avocat, magistrats, vous,leaders d’opinion d’un bénin périphérique souvent négligé par les autorités gouvernementales,avez la capacité de donner une dynamique inclusive, pluraliste et équitable à cet élan de convergence que j’appelle de tous mes vœux.

Car vous possédez, chers guides, la légitimité et le pouvoir traditionnel de faire en sorte que les gens du peuple vous précisent leurs besoins, imaginent des solutions et dialoguent entre eux, non qu’ils se braquent et s’invectivent. Vous avez l’adresse et l’ascendant requis pour que, dans le cadre de mille et un forums formels et informels, les gens du peuple convergent dans leurs revendications et leurs aspirations vers des projets collectifs porteurs et innovants.

Je vous le dis franchement : je ne peux concevoir unrenouveau béninois sans votre active et authentique participation. Un renouveau qui serait dès lors véritablement démocratique, car stimulé et nourri par la société civile (dont vous êtes) en collaboration avec les institutions et les instances politiques.

En suscitant l’intérêt des gens, en leur montrant que leur indifférence à l’engagement social leur est néfaste etque leur seule résilience n’est pas suffisante; en les incitant à trouver des solutions originales et adaptées; en colligeant les idées nouvelles et en transmettant celles-ci aux élites politiques réceptives à la convergence, vous vous approprierez ce renouveau béninois et serez du coup des acteurs de changement. Par votre entremise, les orientations données au développement social et économique de notre pays seront beaucoup plus représentatives, équitables etéquilibrées.

Cela dit, devant les espoirs, les idéaux et les objectifs, il y a la réalité qui toujours résiste plus ou moins. Il y a un ici-et-maintenant bien concret auquel il faut s’adapterpour mieux le dépasser et faire ainsi en sorteque les fins ne demeurent pas des représentations imaginaires. Dans le cas du Bénin, cette réalité prend notamment la forme d’un pouvoir présidentiel disproportionné, mais pas illégal pour autant vu ce que notre Constitution stipule fondamentalement.

Actuellement et pour les années à venir, Patrice Talon incarne et exerce ce pouvoir, non sans susciter le mécontentement. Mais il a été éluau suffrage universel et nous devons respecter cela. Patrice Talonest un dirigeant qui a une vision du développement, qui a lancédes projets importants, qui veut concrétiser ses réformes…, mais c’est aussi un homme pragmatique. Quoiqu’il ne cherche pas à le faire nécessairement, il sait qu’abuser du pouvoir (relativement aux droits démocratiques) a un coût, non négligeable, et qu’une gouvernance illégitime et autoritaire crée des ralentissements, voire des blocages dans la sphère économique notamment[1].

Les populations des régions et nombre d’entre vous, chers amis, se sentent isolés, ignorés, voire ostracisés. Vous constatez que vous n’avez pas voix au chapitre, et que bien qu’elles déterminent fortement le vivre ensemble et l’avenir du pays, les réformes amorcées ne tiennent pas suffisamment compte de vos préoccupations et de l’avis des communautés que vous représentez. D’où votre mécontentement, sans doute,et le grand abattement actuel, un découragement collectif émaillé de frustrations, de radicalisations même.

Mais vous le savez, le manque d’intérêt du peuple pour le débat et la chose publique n’est pas une option gagnante.Cela donne lieu à une instrumentalisation politicienne des critiques, à la polarisation des opinions, au fanatisme partisan, aux violences verbales, etc. Bref, le climat social et politique est malsainau Bénin, ce qui, du reste, n’est pas propice à l’efficacité.

Dès lors, ce que je propose aux élites dirigeantes, à toutes les forces vives de la société civile et aux militants, c’est de faire une pauseet de se situer collectivement et pour un temps au-dessus du conflit. C’est d’ailleurs ce qu’a symbolisé essentiellement la rencontre Talon – Yayi.

Autrement dit, je suggère, je vous suggèrede voir au-delà des partis, des programmes, des postures et des prévarications, et de converger vers un projet national commun : débloquer le pays par le dialogue pour qu’il progresse au bénéfice de tous.

Concrètement et très simplement, cette convergence pourraitprendre son élan grâce à votre soutien à l’ex-Président Thomas Boni Yayi, d’une part. Ce dernier mérite votre appuinon pas en tant que politicien ou à titre d’autorité d’une formation politique, mais en tant qu’émissaire du dialogue, que porte-parole de vous tous (et par le fait mêmedes populations des régions).

Réhabilité et libre de ses mouvements au Bénin, Yayi porterait votre message jusqu’aux instances du pouvoir et échangerait directement avec le Président. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il aurait à négocier la libération des prisonniers politiques, à revendiquer la liberté de la presse et à demander un plus grand partage des richesses, par exemple. Je le répète, mes amis, je ne vous demande pas de devenir yayistes, mais bien de confier à l’ex-Président un rôle de représentant de vos besoins et intérêts, qui sont également ceux de vos communautés.

D’autre part, par souci d’équilibre et en tout réalisme politique, je vous demande d’apporter votre caution morale au Président Patrice Talon dans son ouverture au dialogue national, à la démocratie véritable. Il devrait pouvoir avoir la garantie que votre engagement à participer à la sortie de crise ne soit pas une stratégie pour le dénigrer, pour le piéger ou pour saboter ses réformes, le cas échéant. Vous aurez, évidemment, à lui faire également part (par l’entremise de Boni Yayi) de vos préoccupations et de vos critiques constructives.Le Président devrait somme toute vous percevoir comme des alliés dans ses ambitions de modernisation et de croissance pour le Bénin. Bien sûr, tout manquement grave aux devoirs présidentiels et toute dérive liberticide seraient à condamner publiquement.

Dans l’optique qui est la mienne, vous êtes importants, chers leaders communautaires. Dans le cadre de cet élan de convergence que je tente, bien modestement, de rendre attractif aux yeux de tous, vous êtes incontournables. Que vous soyez personnellement pro-Talon ou pro-opposition importe peu à ce stade-ci.Ce qui compte plutôt, c’est que vous sentiez que vous avez toujours un rôle à jouer et que l’on souhaite vous inclure dans les initiatives menant au renouveau et à la croissance démocratique du pays.

La société béninoise est bloquée, l’énergie des fils et des filles du Bénin est grippée, leurs horizons sont fermés. Vous représentez un atout dans le jeu de la convergence, vous faites partie de la solution.

Je suis bien conscient par ailleurs que parmi mes collègues et ceux qui simplement lisent mes analyses plusieurs ont été surpris, déçus même, de comprendre que je cessais — à moins d’une catastrophe démocratique — de m’en prendre au Président malgré la banqueroute électorale du printemps dernier. Peut-être, chers amis, êtes-vous du lot. Alors il faut que vous sachiez, en terminant, que je n’ai pas pour autant changé mes vues et mes orientations idéologiques : je suis toujours de centre gauche et un inconditionnel des droits de l’Homme. Mais puisque l’heure est grave et qu’il faut que l’action succède aux paroles pour que les choses bougent, j’ai décidé de prioriser certains résultats concrets. N’oublions pas qu’il y a des militants qui sont toujours en prison au Bénin pour leurs idées politiques…

Les analyses et les argumentaires sérieux ont et auront leur place, je ne dis pas le contraire. Il reste que je veux maintenant davantage mobiliser et fédérer les forces des gens, et faire fonctionner la démocratie à partir de sa base, pour ainsi dire, en ayant le dialogue et l’imagination comme aspirations. Transcender les stases partisanes en un projet national où la société civile, dont vous êtes des acteurs de premier plan, travaille et négocie avec le pouvoir institutionnel est ce qui me motive.

On peut tous jouer les opposants vindicatifs dans le confort de son foyer, devant son écran, clavier sous les doigts ou téléphone entre les mains. On peut se déchaîner dans les médias sociaux, devenir champions de la tirade vexatoire, fomenter haine et méfiance, nourrir les thèses complotistes, etc., et du coup se donner une fausse bonne conscience de citoyen conscientisé et engagé. Mais en réalité, on n’est dès lors engagé dans pas grand-chose, même qu’on joue le jeu du Pouvoir, lequel préfère toujours l’atomisation des résistances à leur concentration.

Par conséquent, je crois qu’il faut au moins deux choses pour que le Bénin casse sa manie (râles passifs / élection / râles passifs / élection… / statu quo) et sorte de la crise actuelle : 1- déplacer les épanchements polémiques « du cellulaire au terrain »; 2- transformer ces énergies et ces idées négatives en quelque chose de constructif, de concret et de profitable pour l’ensemble de la population béninoise.

Sauf quelques-uns, je ne vous connais pas personnellement, amis leaders et guides, et je n’ai pas la prétention de vous dire ce qui est requis comme correctifs dans votre communauté. Ce que je sais, en revanche, c’est que le temps est venu de vous manifester, d’unir nos forces et de dynamiser l’élan de convergence qui plus que jamais doit s’imposer dans notre pays.

Dans cette nouvelle lutte, je vous veux toutes et a tous a mes côtés, aux côtés des intérêts de la majorité; au coté de la paix, du dialogue et de la croissance.

Salutations sincères à tous et notamment à : Gilbert Dakè Djokess, Komi Koutché, Nathanél Kotty, Raphaël Akotegnon, Rufino d’Almeida, Amadé Moussa, Angelo Évariste Ahouandjinou, Jules-Armand Aniambossou, Antoine Djédou, Luc Atrokpo, Moukaram Badarou, Eliassou Biaou, Ainin Soulemane, Rogatien Biaou, Abdoulaye Bio Tchané, Inoussa Chabi Zimé, Kouaro Yves Chabi, Jean-Claude Codjia, Maoudo Djossou, Dona Jean-Claude Houssou, Gaston Dossouhoui, Jean-Marie Ehouzou,NicaiseFagnon.Aimé Firmin Kouton, Gabriel Sèna Ganhoutodé, RobertGbian, Isidore Gnonlonfoun, Gerard Gbenonci, André OKOUNLOLA, Orden Aladatin, Malick Gomina, Hervé Yves Hehomey, Modeste Kérékou, Antoine Idji Kolawolé, Christophe Mègbédji, Mohamadou Moussa, Mathurin Nago, Moukaram Océni, Saliou Odoubou, Orou Maré Koto, Karimou Salimane, Lazare Sehoueto, Daniel Valère Setonnougbo, Bibiane Soglo, Louis Vlavonou, DonatienWohou, Janvier Yahouédéou, Charlemagne Yankoty, Sènan Sèzro Komlan Zinsou, Abraham Zinzindohoue, Alassane SOUMANOU DJIMBA, Karimou Boukari TENAKA, ATA Amidou, Zakari Yaou, Ati Maman, Midou IBRAHIM, Adam KARIM. Assoudo, Vieux AGBATAOU, Orou Mora BARO, Ali Amadou BARASSOUNON, Elhadj SASSIF, KOGUI NDURO, KPETONI Issifou Koda6, roi de Djougou, MASSAWA, roi de Soubroukou, BERHANORTÊ Ibrahim BONI BIAO, roi de Sapaha SAMBO Moussa, roi de Sassirou…

Pour certains d’entre vous, nous pouvons ne pas être d’accord avec la politique et l’orientation idéologique du chef de l’État M. Patrice Talon. Mais nous avons l’obligation, tout en déplorant nos morts, de rassurer les vivants et, ça passe par l’apaisement et le dialogue.

Richard Boni OUOROU

Politologue et consultant/Auteur

Montréal, QC, Canada, 11octobre 2021


[1]Notre Président rêve d’efficacité et de croissance pour le Bénin. On ne peut l’en blâmer. Je suis d’ailleurs de ceux qui valorisent l’innovation dans les sphères industrielles et technologiques, comme je ne m’oppose aucunement aux affaires, au commerce, à la libre entreprise… Encore faut-il toutefois que les choses se fassent honnêtement et de manière responsable, avec le sens de l’enrichissement partagé, sans atteintes aux droits des travailleurs et en tout respect pour les communautés, les traditions et l’environnement. Les Béninois ne devraient pas avoir à choisir entre développement intelligent et acquis démocratiques.

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