3 mars 2021
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OPINION

Présidentielle du 11 avril 2021/Vers l’enlisement d’un processus globalement bâclé

La Chronique de Alexis AZONWAKIN

Le processus électoral pour la présidentielle du 11 avril prochain a du plomb dans l’aile, décrié qu’il est par une bonne frange de la classe politique béninoise, pour ses incohérences et ses monstrueuses curiosités. Un processus globalement bâclé, qui selon plusieurs observateurs de la vie politique de notre pays, risque à terme de s’essouffler et de s’enliser. A l’origine de la discorde, une broderie constitutionnelle et un attelage de textes électoraux aussi incongrus qu’indigestes, mis en place par une espèce de soumis, taillables et corvéables à merci. Et pourtant ! Oui et pourtant, nous sommes bien au quartier latin de l’Afrique où, la rhétorique est célébrée, le sophisme adulé et l’art de l’élévation de l’esprit est une religion. Voilà malheureusement, la médiocrité élevée au même diapason que la science. Elle, « descendue de son piédestal, fragilisée et fragmentée.» A l’épreuve de la réalité, ces textes électoraux, ne pouvant résister aux intempéries et aux urgences du moment, se révèlent inopérants,  porteurs de germes de violence.

C’est une première dans l’histoire de notre pays que par exemple, à l’occasion des dernières élections municipales, des maires aient pu se faire élire par leurs pairs, tandis que d’autres ont été simplement nommés, grâce à une loi interprétative et rectificative intervenue subitement pour modifier les règles du jeu en plein match. Deux codes électoraux pour gérer un même processus électoral ! Une curiosité que beaucoup de professeurs de droit, titulaires de chair ont fini par admettre comme une invention grotesque du génie béninois, dans son expression la plus puérile et la plus ubuesque. Il ne faut pas s’étonner qu’un jour ou l’autre, cette invention soit classée comme patrimoine exclusif de l’UNESCO, du fait de son originalité et de sa rareté. Et d’ailleurs, n’ayant jamais existé sous d’autres cieux.

Des amis reprochaient au Chroniqueur que je suis, mon scepticisme face aux déclarations du Président Patrice Talon qui, sous l’inspiration de la lumière du Saint Esprit, à l’occasion de ses récentes tournées dans tout le pays, affirmait qu’il ferait de la présidentielle prochaine, une occasion de communion et de fête pour les Béninois. J’étais sceptique, parce qu’il faut craindre jusqu’à l’apparence de tout ce qui fait souffrir, et tenir compte de ce que, toute expérience malheureuse, doit servir de leçon de prudence. En réalité, j’ai du mal à oublier une date mémorable, le 6 mars 2019. Le chef de l’Etat, lors d’une séance de travail avec la classe politique béninoise, déclarait : « Mon souhait est qu’à mon temps également, les élections soient de même nature, de même qualité, de même convivialité.» Une profession de foi que beaucoup avaient applaudie. Nouvelle posture angélique, doublée d’un discours d’apaisement, à l’opposé de toute allure belliqueuse et guerrière, qui laissait plutôt transparaître une homélie du pardon, un appel au « vivre ensemble », à la réconciliation et à la communion. Mais quelle ne fut pas mon indignation quand en mai de cette même année, soit seulement deux mois après cet appel pathétique,  la furie des armes a crépité pour catapulter dans l’au-delà, certains de nos compatriotes, laissant derrière eux, un champ de ruine, de désolation, de terreur et de scènes macabres. Leur fantôme hantera longtemps encore la survie de notre démocratie.

A l’allure du déroulement du processus actuel pour la présidentielle d’avril 2011, ces amis finissent par admettre comme une évidence de Crystal, que j’étais fondé dans mes prétentions, ne comprenant pas les réelles motivations qui aiguillonnent notre chef à nous tous, à ne pas ouvrir la compétition, dans un environnement institutionnel pourtant entièrement sous son contrôle. Du Cos-Lépi à la Cour Constitutionnelle, en passant par la Cena et la HAAC, la situation est sous sa parfaite maitrise. Pourquoi en plus, un parrainage qui se révèle périlleux pour notre nation ? Alors que les parrains ne sont que des baudets louangeurs, sans volonté réelle, et incapables de vivre autrement que sous le regard inquisiteur du maître.

En 2016, le candidat Patrice Talon a remporté de hautes luttes une présidentielle d’anthologie avec des candidats « tchigan »,  d’une grande élégance comme Lionel Zinsou, Sébastien Germain Ajavon, Pascal Irenée Koupaki, Abdoulaye Bio Tchané etc..

Cinq ans après, nous sommes au regret et avons la vive douleur de vous annoncer que pour l’édition 2021, il n’en sera rien de semblable. Le compétiteur né aura plutôt en face de lui, des cancrelats mal repus au faciès affreux, des crapauds “croasseurs”, kidnappeurs des attributs d’autres formations politiques. Est-ce là, la finalité de la réforme de notre système partisan qui, au lieu de promouvoir les partis politiques, fait plutôt le lit à des transfuges sans boussole, des chauffe-sièges mal affermis ? A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Et dire que dans ce tohu-bohu digne d’une époque moyenâgeuse,  il se trouve des marionnettes qui, à  la queue leu leu, habillés de leurs oripeaux royaux, s’alignent pour chanter les louanges de Néron. La Fontaine, dans l’une de ses célèbres Fables «les animaux malades de la peste », nous en donne une très belle illustration. Voyant sans indulgence l’état de sa conscience, le lion, « monarque éternel » de la forêt, se confessa en ces termes : « Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons, j’ai dévoré force moutons. Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense, même s’il m’est arrivé quelquefois de manger le Berger. » Et au Renard de lui déclarer : « Sire, vous êtes trop bon Roi ; vos scrupules font voir trop de délicatesse ; Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce, est-ce bien un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur, en les croquant beaucoup d’honneur. Et quant au berger l’on peut dire qu’il est digne de tous maux, étant de ces gens-là qui sur les animaux, se font un chimérique empire.» Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir. Oui ils applaudissent à nous rompre les tympans, ce contre quoi, le peuple béninois il y a  31 ans a dit non, pour qu’à jamais posture cesse d’être imposture.

Nous sommes bien en face d’un processus qui risque d’exploser. En présence, des candidats recalés qui disent qu’ils ne se laisseront pas faire. Puisant dans leur énergie du désespoir, qui se traduit par la résolution violente qu’inspire une situation désespérée, ils se retrouveront dans une union sacrée pour défendre leur droit. Reckya Madougou, Nathanaël Koty, Joël Aïvo, Galiou Soglo, Yanick Dossou, Daniel Edah, Paul Tossa, etc… se sentant tous liés par une même communauté de destin, ne risquent-ils pas de se donner la main pour  faire front, contre un système qui tente de les humilier ou de leur dénier leur droit d’exister ? C’est de cette énergie du désespoir que la société mourante se défend. En situation de légitime défense, lorsque les opprimés s’unissent, c’est l’oppresseur qui devient la proie.

A bon entendeur salut !

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