31 juillet 2021
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BENIN ENQUÊTE SOCIETE

Violences Pré et post électorales au Bénin/Des morts à Bantè, le silence du gouvernement

Aussi vrai que certaines localités du Bénin, dont Banté ont été les théâtres de violentes manifestations au cours de la période électorale, il est indéniable que des pertes en vies humaines ont été enregistrées du côté des populations civiles blessées ou tuées par balles réelles tirées par les armes de guerre dont ont fait usage les militaires. Témoignages et preuves existent et corroborent aussi bien la version des familles endeuillées, celles des organisations des droits humains et surtout des investigations menées par la presse. A titre d’illustration, l’ODHP a était à Banté le 24 avril 2021, soit quelques jours après les violents événements qui ont émaillé la période pré et post électorale. Entre autres, une visite au domicile de dame Abalo Philomène, décédée des suites d’impacts de balle reçues à la tête alors même que l’intéressée se serait terrée chez elle en compagnie de ses proches. La presse s’est intéressée à cette affaire qui n’a pas cessé de défrayer la chronique. Nous vous livrons les fruits des investigations menées au cœur du théâtre de ces malheureux événements. Retour à Banté, après les violences électorales meurtrières. Selon les témoignages recueillis sur les lieux par les membres de l’Organisation pour la Défense des Droits de l’Homme (Odhp), il ressort que dame Philomène Abalo, dont le mur du domicile a criblé de balles aurait reçu en pleine tête, un impact de balle qui lui aura été fatal. Le Président de l’Odhp, maitre Aboubakar Baparapé qui était à la tête de la délégation de l’Odhp a donné plus amples détails de cette situation. Repartie sur les lieux, la presse livre le fruit de ses investigations et apporte les preuves qu’il eut des morts par balles létales tirées sur des populations civiles pourtant refugiées entre les quatre murs de leurs logis. A ce sujet, le gouvernement n’a communiqué aucune donnée si ce n’est le Chef de l’Etat en personne qui dira face à des médias internationaux, n’avoir connaissance d’aucun acte de déclaration de décès du côté de la population civile. En revanche, des chiffres ont été avancés du côté des personnels militaires engagés dans ses affrontements. Selon le bilan établi et communiqué par le ministère de l’Intérieur et de la sécurité publique, vingt-huit (28) membres du personnel des forces de défense et de sécurité ont été grièvement blessés par des balles et armes blanches. Retour sur les lieux des affrontements. De Gouka à Akpassi en passant par l’arrondissement central, Nos confrères, Crystal News et Matin Libre étaient sur le terrain. Nous vous livrons ici, en première partie, le fruit de ces investigations, selon Matin Libre, un mois après les échauffourées des 8, 9, 10 et 11 avril 2021. La commune de Bantè fait son bilan. (Lead de La Dépêche)

Nous sommes dans l’arrondissement de Gouka. Dame Pélagie Ganfon, responsable d’un bar au bord du goudron se souvient des circonstances de la mort Hilaire Atodjinou, étudiant de 26 ans abattu devant son portail, dans la matinée du jeudi 8 avril. « Le défunt, c’est l’aîné à mon époux. Comme nous voulons démarrer la campagne du cajou, j’ai demandé à mon mari de me le prêter afin qu’il vienne me prêter main forte étant donné que ceux qui m’aident généralement, je ne les ai pas vus cette année, surtout que je n’ai pas mené d’activité l’an passé. C’est moi-même qui suis allée à Cotonou le chercher pour Gouka. Et le lendemain du jour où il est arrivé, celle qui sert dans mon bar a démissionné. Comme la campagne du cajou pour laquelle je l’ai emmené n’a pas encore démarré, je l’ai responsabilisé pour le service au niveau du bar, en attendant. Effectivement, quand la campagne du cajou a commencé, on a trouvé une autre servante. Le jour où l’incident mortel s’est produit, j’étais avec lui à Lougba (l’un des neuf arrondissements de la commune de Bantè dans le département du Collines au Bénin ; Ndlr) pour planter du cajou. On était rentré vers deux heures du matin.

La tombe de dame Philomène Abalo, tuée à Bantè centre (crédit photos: Crystal News)

Le lendemain, je me suis apprêtée pour sortir parce qu’on avait chargé un camion qui nous a devancés. Donc je devais aller prendre un taxi à Savalou pour partir. Ce matin-là, un beau-fils policier était passé me saluer et me demandait où j’allais. Je lui ai dit à Cotonou. Il m’a ensuite demandé quel est mon itinéraire. Je lui ai dit, cette même voie. C’est de là qu’il me faisait comprendre que tout est barricadé. J’avais pris ça pour de la blague. Entre temps j’ai envoyé un collaborateur à Aklamkpa pour suivre l’achat du cajou sur place, mais il est revenu me dire que c’est impossible d’y aller. Je voulais aller constater, mais les gens m’ont déconseillé ». Elle poursuit son récit : « Après, nous avons appris l’arrivée des militaires  dans l’arrondissement. Je ne suis pas sortie, j’ai interdit aussi aux enfants de sortir. Mon frère ainé aussi m’a appelée de Savalou nous disant de rester à la maison. C’est de là que j’ai dit à mon beau-fils que si la situation doit prendre d’ampleur, qu’il m’informe pour qu’on quitte et qu’on revienne plus tard après accalmie. Trois jours après, il m’a appelée. Maman vous êtes où ? J’ai dit je suis à la maison. Il a dit tout le monde, il faut rentrer et fermer la porte. Celle que vous voyez avait déjà préparé et amené au bord de voie, ce qu’elle vend au quotidien : les pâtés. Aussitôt j’ai demandé aux enfants d’aller lui dire de faire rentrer tout. Et le défunt en question, avant qu’il ne meure, il avait puisé de l’eau pour se laver. Je lui ai fait savoir que la douche est occupée, puis je l’ai appelé : Hilaire, on a demandé qu’on rentre tous dans nos chambres et qu’on ferme les portes. Aussitôt, il s’est mis à son tour à envoyer les enfants dans la chambre, déposant la serviette sur ce support de la douche, et l’eau, à côté. Assise ici, j’ai commencé à entendre des détonations. Je me suis donc dépêchée pour rejoindre la chambre. Lui, son dortoir, c’est cette entrée-coucher qui s’ouvre sur l’extérieur. Donc, quand il s’est assuré que tous les enfants sont rentrés, lui-même est sorti par ce portail pour rejoindre sa chambre. Il paraît que dans la ruelle ici, il y avait des manifestants qui provoquaient les militaires et tiraient. C’est ce que j’ai appris. Donc, lui quand il a fait dos à la voie pour entrer dans sa chambre, les balles des militaires l’ont atteint mortellement ». Ainsi, le jeune Hilaire qui  passait son troisième mois sur la terre de Bantè, rendit son dernier souffle. «  La balle l’a pénétré par le dos et est sortie par sa gorge. Quand il est tombé, j’entendais des cris d’alerte qui disaient de venir le voir, qu’il est criblé de balles. Pendant ce temps, les armes tonnaient, on ne pouvait pas sortir. Ce sont les chars qui tiraient. Le temps que les crépitements ne cessent et qu’on aille le voir, il était déjà mort », relate dame Pélagie Ganfon qui, tout en martelant que  Hilaire n’est ni chasseur, ni de Bantè, donne d’autres précisions : « Quelques minutes après j’ai appelé mon grand-frère qui a joint le commissaire de Savalou. Ce dernier lui aurait fait savoir que comme il est déjà mort, la priorité ce sont les blessés. Nous l’avons donc déplacé vers la chambre. Il sonnait 17 heures, le corps enflait déjà. Entre temps, j’ai appelé mon frère pour la suite. Il a envoyé un véhicule de Savalou et nous sommes allés le déposer à la morgue. Il est mort jeudi et l’inhumation a eu lieu le mercredi qui a suivi, à Djeffa (commune de Sème-Podji, département de l’Ouémé, Ndlr). Le papa est originaire des Aguégué, et a construit à Djeffa ». A quelques distances de l’arrondissement central de Gouka,  précisément à Mama Tchoké, un peu avant la commune de Savalou, selon des témoignages, ce même 8 avril, Guidi Tounkou 47 ans environ, père de 3 enfants dont deux filles, est également tombé sous les balles. Il est originaire d’Akpassi et est le seul garçon d’une fratrie de quatre. Sa maman, veuve Amba Mama, octogénaire de taille courte, résidant au quartier Gbégamey non loin du marché de Bantè raconte : « C’est ma sœur qui était hospitalisée à l’hôpital de Savalou, et j’ai appelé Tounkou d’aller la voir ; moi-même ne pouvant pas y aller. Il a accepté. C’est en s’y rendant que sur la voie, tombé dans les manifestations, il a été abattu. C’est ce que j’ai appris, et après c’est son corps qui m’a été ramené. Il n’a pas d’arme, il ne sait même pas manier l’arme. Il n’est pas chasseur. Il est cultivateur ». Le lendemain, le corps de Guidi Tounkou  a été inhumé.  Jacob Worou en donne ici la confirmation : «  Il est mon beau-frère, sa sœur est la femme à mon grand-frère. Ils ont pris par la brousse pour amener son corps au village. Son corps n’est même pas entré dans la maison,… Comme il est un adepte de la divinité tchankpannan on a fait les cérémonies et on l’a enterré. Je fais partie de ceux qui ont creusé la tombe ».   Job Yakaou, un proche parent du défunt mentionne que le corps était venu dans le village d’Illagbo vers 23 heures. Dans la journée du jeudi 13 mai, au moment où nous allions constater de visu la tombe du fils d’Akpassi (un autre arrondissement),  dans une brousse derrière l’internat du complexe catholique, nos guides nous montrèrent là où logeait Guidi Tounkou, de son vivant. C’est une chambre non clôturée, dont les portes et fenêtres étaient fermées, devant laquelle chèvres et cabris faisaient la java ; la veuve et les enfants s’étant repliés sur le village Banon chez les parents. Le troisième décès enregistré par Bantè lors des manifestations contre la présidentielle qualifiée de ‘’non inclusive’’ et la rallonge de 45 jours du mandat du président réélu, Patrice Talon, est celui de la veuve Philomène Lagougou Abalo alias Agbagbo Tchogou. Morte par balle, alors qu’elle s’était enfermée dans sa chambre, la septuagénaire a été conduite à sa dernière demeure  le 9  mai. Le jeudi suivant, jour de la double fête de l’Ascension et du Ramadan, ce n’était pas trop la joie dans la famille, au quartier Ilélakoun dans l’arrondissement de Bantè. Des affiches de la défunte contre les murs, des gens continuaient de défiler pour les compassions. C’est dans cette atmosphère chargée d’émotions que Amissétou Okê épouse Tossou, la sœur aînée de la disparue a accepté faire revivre comment les choses se sont passées, ce jour-là, dans leur maison sans clôture située non loin de la mairie et du commissariat, en bordure du goudron. « Quand ça a commencé, on s’est terré dans la chambre ici, la terre tremblait au passage des engins militaires. On a commencé à entendre des rafales de tirs sur la maison dont les fenêtres et portes étaient fermées. Quelques minutes après, j’ai commencé à parler à ma sœur puisque je ne l’entendais plus. C’est de là que le  chauffeur qui a trouvé refuge derrière les sacs de jute me disait qu’elle est morte. J’ai couru du second salon qui débouche sur le grand salon pour venir la voir. Elle était couchée sur le dos. J’ai reçu un choc, j’étais restée statique, ma tension est montée. Dans la foulée, dans la chambre, une balle m’a frôlée aussi au cou. Voici les séquelles. Un de mes enfants est venu me conduire à l’hôpital où j’ai été soignée ».  Aux dires de Narcis Abalo, Directeur d’école, ancien Chef d’arrondissement (2003-2015) de Bantè, Philomène « a été abattue par les forces de l’ordre, vendredi 9 avril aux environs de 9 heures. « Je n’étais pas sur le terrain. J’ai mon petit frère, mon fils Abalo Didier qui m’a appelé pour me dire qu’il vient d’apprendre que ma grande-sœur Agbagbo est tombée, il ne sait pas si c’est sa tension qui l’a fait tomber. Après, un autre m’a appelé pour me dire la même chose. Je l’ai envoyé maintenant dans la maison, et c’est après qu’il m’a confirmé qu’effectivement ma sœur est décédée et baignait dans le sang. Après avoir fait le constat, je me suis rendu au centre de santé pour que le Major de garde puisse venir faire le constat. Avant que je ne revienne, il y avait la présence de l’ancien et du nouveau Chef d’arrondissement de Bantè sur les lieux. Eux-aussi ont couru vers le commissariat de Bantè pour que ces derniers aussi arrivent faire le constat. Tous nos efforts ont été vains. C’est après cela que j’ai pris la décision d’emmener ma grande-sœur à la morgue de Savalou. Je l’ai déposée autour de 13heures ». Et pourtant certaines langues soutiennent qu’il n’y a pas eu de mort à Bantè. « Dire qu’il n’y a pas eu de mort à Bantè, c’est de la désinformation », fustige notre interlocuteur. « La vérité, c’est sur le terrain. Est-ce que l’Etat a dépêché une enquête ? Il y a des gens qui communiquent avec le chef de l’Etat, avec d’autres structures qui savent que la dame a été abattue froidement chez elle », affirme-t-il. Pour le cas d’espèce, il confie avoir mené des démarches : « J’ai écrit en mon nom propre au président de la République pour faire un rapport puisque je ne peux pas le saisir pour dire que j’ai fait une déposition.

La tombe de l’étudiant tué à Gouka et enterré au cimetière de Djeffa (Dép. de l’Ouémé) -crédit photos: Crystal News

J’ai écrit pour lui annoncer que dans le déguerpissement de la voie inter-Etat numéro 3, il y a perte en vies humaines dont la dame Abalo Philomène alias Chogou Agbagbo. Un député m’a demandé d’envoyer, mais je ne sais pas si ça a suivi… J’ai envoyé à quelqu’un à Cotonou, quitte à la personne de déposer à la présidence. Mais je ne sais pas si c’est fait ». Dans cette grande désolation, Narcis Abalo, sous un soleil de plomb nous a conduits du côté opposé de la voie, derrière la mairie pour aller faire le constat de la tombe de dame Philomène qui a été enterrée dans l’intimité familiale, à Ilélakoun sur sa propre parcelle.

A la morgue Dada Tossoh de l’hôpital de Savalou, une discussion en off a certifié que les corps de l’étudiant tombé à Gouka et de dame Lagougou Abalo ont effectivement été conservés là pour quelques jours.

Les blessés

A côté des trois morts, il y a des blessés, toujours partie civile. En dehors de la blessure de dame Amissétou Okê Tossou, sœur ainée de feue Philomène, Moïse Atchagba, 27 ans, vendeur d’essence, avec deux femmes et trois enfants, traîne depuis les premières heures, une plaie à la cuisse, mais qui est en train de cicatriser.  Après moult tergiversations devant son étalage dans un angle de rue à Ilélakoun, il situe sur comment est intervenue sa blessure : « On était quatre assis ici devant mon étalage. L’équipe de la patrouille militaire, ce jour-là, s’était éclatée en deux. Une a pris par la voie principale, la seconde par la voie du marché. Cette dernière s’est dirigée vers nous, et a tiré. J’ai reçu une balle sur la cuisse près du genou, voici un impact de balle sur cet arbre qui a perdu un branchage, une autre balle qui a criblé ma chambre. Aussitôt après l’incident, nous avons regagné la chambre. Nous ne faisions pas partie des manifestants, ma maison étant là, et c’est juste à côté que j’ai mon étalage ». Il fournit après d’autres détails : « Je ne suis pas allé à l’hôpital parce que je n’ai pas les moyens, je me suis soigné traditionnellement à la maison. La balle n’est pas logée dans mon corps. J’ai fait cinq jours sans vendre. C’est après les cinq jours, quand je me suis senti mieux que j’ai repris mon activité puisque j’avais de l’essence en stock ». A quelques kilomètres de là, nous nous sommes rendus chez un petit garçon de deux ans et demi grièvement atteint au pied, le 9 avril. Son nom, Korédé Ulrich Akabaton. «  Sa maman l’a mis au dos pour aller lui acheter de la bouillie à côté. Une fois là-bas, l’enfant a commencé à crier et à pleurer. Qu’est-ce qu’il y a ? De son pied giclait du sang. Pendant ce temps, on entendait au loin le crépitement des armes. Quand la maman l’a ramené aussitôt à la maison, son pagne était sérieusement mouillé. L’enfant a reçu une balle perdue qui a endommagé son pied. Pour preuve, voici des branchages tombés de cet arbre que vous voyez parce qu’atteints par des balles… Quand nous avons constaté la blessure, nous sommes allés au centre de santé d’Akpassi parce qu’on ne pouvait pas soigner ça à la maison. Étant donné que l’enfant n’arrive pas à marcher jusque-là, on peut dire qu’il a une fracture », fait savoir le jeune frère au papa d’Ulrich. Effectivement plus d’un mois après l’incident, l’enfant gémissant et tétant dans les bras de sa mère n’arrive prendre appui sur le membre gauche. Entourée d’une bande sale, la partie du pied n’est visiblement plus loin d’une gangrène. « Comme on n’a plus d’argent, on a continué à la maison avec les produits traditionnels. On a fait sept jours au centre de santé pour la transfusion sanguine parce que l’enfant était anémié comme il a perdu beaucoup de sang-là…», déclare le géniteur Christophe Akabaton, justifiant la négligence. Un tour après au centre de santé communal de Banté pour avoir éventuellement des statistiques sur les cas reçus dans la période. Pamphile Sodeko, Inspecteur d’action sanitaire, infirmier diplômé d’État et Major du centre nous fait le point : «  Bien vrai, au cours de ces manifestations préélectorales, nous avons reçu deux blessés au centre de santé communal. La première, c’est une dame (…), mais c’était une histoire de simple égratignure au niveau de la gorge. Ça a juste nécessité un ‘’attouchement’’ et elle est rentrée, pas de souci. Le second cas, c’est un jeune homme d’environ trente ans. Lui autre, il a reçu une balle au niveau de la poitrine qui est même temps sortie, donc ce n’était pas resté. Mais le gros souci, le jour-là, c’était l’hémorragie, il saignait beaucoup, qu’on a essayé d’arrêter. Par la suite, on l’a envoyé à l’hôpital de zone de Savalou pour une meilleure exploration par le chirurgien. Enfin, il est revenu et le pansement a suivi. Mais au centre de santé, on n’a pas eu de décès. Donc c’est juste les deux blessés qu’on a eus et à l’entrée, ils avaient des consciences claires. Donc au plan général, il n’y avait pas de souci. La dame blessée à la gorge est rentrée le même jour, elle a fait à peine une heure au centre. Ce n’était pas grand-chose, c’était genre des griffures ». Somme toute, outre les trois blessés présentés supra, l’agent de santé a fait cas d’un autre qui aurait environ 30 ans. Ce qui porte à 4 officiellement connus, le nombre de blessés dans la commune de Bantè. Sauf les cas non sus par le personnel médical et non pris en compte par l’enquête.

La tombe de l’homme tué à Oké-Dama (crédit photos: Crystal News)

Les dégâts matériels

Lorsqu’on amorce la descente de Gouka vers Bantè en passant par Atokolibé, Agbon, il est aisé de constater sur l’asphalte, des impacts laissés par les troncs d’arbres et branchages brûlés lors des manifestations. Si rien n’est fait par les services compétents, la dégradation par-endroits de cette route inter-Etats ne doit pas tarder. Quelques débris de pneus consumés sont encore visibles d’ailleurs sur la portion décrite. Même les résidus de l’accident récent de Gouka, avec à la clé des milliers de munitions saisies, selon le procureur spécial de la Criet, ne sont pas totalement nettoyés de la voie. Par contre, la carrosserie complètement cabossée du véhicule rouge transportant les munitions, elle, est déposé dans la cour du commissariat dudit arrondissement.  Sur des murs, des fenêtres, des portes, des arbres et autres, les impacts de balles sont toujours là. Chez dame Philomène, non seulement les balles ont perforé portes et fenêtre, mais aussi des bassines. Une quinzaine de balles auraient été décomptées dans la chambre, selon l’ancien CA, Narcis Abalo. Juste à côté, le garage ‘’La volonté de Dieu’’ situé à quelques mètres de la mairie et du commissariat, au bord du goudron, a enregistré beaucoup de dégâts. Boniface Dalada, le patron des lieux s’est refusé de se prononcer désormais sur le sujet. Pour lui, il a déjà fait le point à la police. Il finira par lâcher quelques mots : « Effectivement… Le lundi, ils ont coupé la route. Le mardi, le mercredi il y a des échanges de tirs. Et le mercredi moi je me suis rendu au village à Savalou. C’est après mon arrivée que j’ai vu que 23 véhicules ont été saccagés dans mon atelier. Je suis allé au commissariat, ils m’ont dit de faire les vues des véhicules, j’ai fait les vues des véhicules qu’ils sont partis déposer au procureur à Savalou. Après ça, j’ai commencé à petit coup par arranger les véhicules qui sont en ma capacité. Tout le monde sait que ce qui est arrivé n’est pas de ma faute, mais certains clients ont commencé par me menacer. Des propriétaires ont commencé par me menacer. Sur les 23 véhicules endommagés, à peine une dizaine ont été arrangés puis livrés… ».  Déboussolé, il s’en remet à l’Etat : « Mon appel, la justice est pour tout le monde. Si la justice dit quelque chose, moi je n’ai pas la force, c’est la justice qui va décanter la situation ». Présentant la nature des dégâts, il souligne que non seulement il y a des carrosseries qui ont été atteintes, mais il y a aussi des pare-brise,  boîtes et beaucoup d’autres choses qui ont été endommagées». C’est comme à Gouka où dame Pélagie Ganfon a confié qu’à la suite des échauffourées, sa toiture est perforée par les balles : « Quand il y a eu pluie la soirée du jour où Hilaire est décédé, tout coulait ». Pareil pour sa clôture et un atelier de froid à côté dont quelques réfrigérateurs ont été criblés de balles. « Si j’ai un appel à lancer c’est de demander aux autorités de nous venir en aide pour ne cesserait-ce que la réparation des dommages. On m’a dit de porter plainte mais je me suis dit contre qui, finalement ? On attendra peut-être la réaction du chef de l’Etat. Si on nous porte cette aide, ce serait pour notre bonheur. Si rien n’est fait aussi, on saura que c’est notre sort », conclut Pélagie Ganfon.

Il faut souligner que notre enquête a pris fin au cimétière de Djeffa par la prise de vue de la tombe de Hilaire Atodjinou.

Jacques BOCO

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