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Coups d’État militaires en Afrique/Une réplique aux « Coups d’État institutionnels » ?

L’Afrique, en tant que continent en constante évolution politique, a été le théâtre de nombreux bouleversements, y compris les coups d’État militaires et les renversements de régime. Le coup d’Etat au Gabon, intervenu  ce 30 Août 2023 porte à 8, le nombre de putschs enregistrés en Afrique de l’Ouest et du Centre depuis 2020. Ces événements ont souvent été condamnés tant sur le plan national qu’international en raison de leur impact sur la stabilité, la démocratie et le développement des pays concernés. Cependant, il convient de se demander si les coups d’État militaires sont parfois perçus comme une réponse aux « coups d’État institutionnels » perpétrés par des dirigeants politiques au mépris des règles démocratiques.

Plus tôt au Mali, de 2020 à 2021, on a assisté à ce qu’il convient d’appeler un double coup d’État. Acte 1 : Août 2020, à la tête d’un groupe de colonels maliens Assimi Goïta dépose le président Ibrahim Boubacar Keïta. Un gouvernement intérimaire dirigé par des civils et chargé de superviser une transition de 18 mois devant mener à des élections démocratiques a été mis en place. Acte2 : en mai 2021, soit 9 mois après, l’armée malienne reprend le pouvoir avec en lead, Assimi Goïta qui devient du coup, président de la transition.

Suite à la mort tragique du président tchadien Idriss Deby, en avril 2021, l’armée tchadienne prend le pouvoir et consacre président par intérim, le général Mahamat Idriss Déby, le fils du président Déby.

En septembre 2021, Mamady Doumbouya, commandant des forces spéciales, renverse le président Alpha Condé et occupe depuis lors, le fauteuil présidentiel.

Double coup d’État au Burkina Faso, entre janvier et septembre 2022 où des soldats mutins avec à leur tête le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, mettent fin à la gouvernance du président Roch Marc Christian Kaboré avant d’être à leur tour, « sautés » par le capitaine Ibrahim Traoré et les siens, le 30 septembre 2022. A son tour, le général Abdourahamane Tiani, chef de la garde présidentielle prend le relai au Niger le 26 juillet 2023 en renversant le président Mohamed Bazoum.

Les Coups d’État Militaires : Une Tradition Africaine

Les coups d’État militaires ont une longue histoire en Afrique, souvent justifiés par la nécessité de mettre fin à des régimes corrompus, dictatoriaux ou impopulaires. Des pays comme le Nigeria, le Ghana, le Burkina Faso, Mali, Niger et plus récemment le Gabon ont été témoins de tels événements. Ces coups d’État sont parfois perçus comme un moyen de restaurer l’ordre et la démocratie lorsque les dirigeants politiques échouent à garantir des élections libres et équitables, ou lorsqu’ils s’accrochent au pouvoir de manière anticonstitutionnelle.

Les « Coups d’État Institutionnels » : Une Entrave à la Démocratie

D’un autre côté, les « coups d’État institutionnels » sont des stratégies utilisées par les dirigeants en place pour contourner les règles démocratiques et se maintenir au pouvoir. Cela peut inclure la modification de la constitution pour prolonger les mandats présidentiels, la suppression de l’opposition politique et la manipulation des élections. Ces tactiques minent la démocratie en créant une apparence de légitimité tout en sapant les institutions démocratiques.

Le Débat sur la Légitimité des Coups d’État Militaires

Dans certaines circonstances, les coups d’État militaires sont perçus comme une réponse à ces « coups d’État institutionnels ». Les putschistes prétendent souvent agir au nom du peuple, déclarant qu’ils prennent le pouvoir pour rétablir la démocratie et mettre fin à l’autoritarisme. Cependant, cette justification est souvent critiquée, car les coups d’État militaires ont tendance à maintenir le pouvoir entre les mains d’une minorité militaire plutôt que de restaurer un véritable processus démocratique.

Impact sur la Stabilité et le Développement

Qu’il s’agisse de coups d’État militaires ou institutionnels, l’instabilité politique qui en résulte a des conséquences graves pour les pays africains. Les investissements étrangers, la croissance économique et le bien-être de la population sont souvent compromis. La violence et les conflits qui accompagnent ces changements de régime ont des répercussions durables sur les infrastructures, l’éducation et les systèmes de santé.

Vers des Solutions Durables

Plutôt que de perpétuer un cycle de renversements politiques, l’Afrique doit chercher des solutions durables pour faire face aux défis démocratiques. Cela implique de renforcer les institutions démocratiques, de promouvoir la transparence électorale et de garantir le respect de l’État de droit. La médiation régionale et internationale peut également jouer un rôle crucial pour prévenir les crises politiques et faciliter des transitions pacifiques.

En somme, les coups d’État militaires en Afrique sont souvent perçus comme une réponse aux « coups d’État institutionnels », mais ce prétexte ne peut pas justifier le recours à des moyens non démocratiques pour prendre le pouvoir. L’Afrique a besoin de leaders qui favorisent la stabilité, la croissance et la démocratie, et qui œuvrent pour le bien-être de leurs citoyens sans compromettre les principes fondamentaux de la gouvernance démocratique.

Joseph Perzo ANAGO

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