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Société/Droits des minorités ethniques en Afrique de l’Ouest: (Togo, Bénin, Côte d’Ivoire et Ghana)

L’Afrique de l’Ouest est une riche mosaïque de diversités ethniques. Malgré l’existence de lois et de politiques visant à protéger les droits des minorités ethniques, la réalité sur le terrain reste souvent marquée par la discrimination, l’exclusion et les tensions interethniques. Revisitons la situation des minorités ethniques dans quatre pays d’Afrique de l’Ouest : le Togo, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Ghana. Un espace socioculturel de 84 millions d’habitants où évoluent de nombreux groupes ethniques minoritaires.

Le Bénin : 13.531.365 d’habitants, abrite environ 42 groupes ethniques, dont les Fon, les Adja et les Yoruba. Les minorités incluent les Ayizo, les Idaasha et les Mahi, confrontés à des défis importants en matière de protection de leurs droits. Les Peuls, en particulier, constituent une minorité ethnique significative dans le Nord du pays. Ils sont souvent marginalisés sur le plan politique et socio-économique, et sont victimes de conflits frontaliers ainsi que de tensions avec les agriculteurs locaux. De plus, la communauté peule au Bénin est souvent stigmatisée par certains médias, ce qui entraîne des humiliations et des brimades de la part des populations locales et des forces de l’ordre. Malgré les efforts gouvernementaux pour réguler la transhumance, les affrontements entre agriculteurs et éleveurs peuls persistent au Bénin. Des éleveurs peuls, accusés de laisser leur bétail paître sur les cultures des agriculteurs, ainsi que ces derniers, sont impliqués dans la violence. Plusieurs incidents violents similaires ont été signalés, dont à Malanville, où cinq personnes ont été blessées ou tuées, et à Kalalé, où un agriculteur a mutilé un éleveur. Les tensions persistent dans ces régions frontalières, malgré les tentatives de régulation de la transhumance.

Le Togo, compte une population de 8.095.498 âmes avec plus de 40 groupes ethniques, dont les Ewé, les Kabyè et les Mina. Les groupes minoritaires incluent les Akposso, les Ana et les Bassar qui font face à de multiples défis. Bien que minoritaires, ces groupes ethniques sont concentrés dans certaines régions du pays et sont souvent exclus des processus politiques et économiques. Les tensions interethniques et les conflits fonciers sont également des problèmes persistants. Le rapport 2018 établi par le département d’Etat (USA) sur les droits de l’homme au Togo fait mention en sa page 16, des minorités nationales/raciales/ethniques. Ainsi, Il apparait que les groupes ethniques du nord du pays, principalement les Kabyè, dominent les services civils et militaires, et ceux du sud, surtout les Éwè, le secteur commercial privé. Il importe de mentionner la prédominance de l’ethnie Tem (Kotokoli), dans le secteur du commerce et des transports. Cette dominance relative a représenté une source constante de tensions politiques.

La Côte d’Ivoire, c’est 28.510.594 d’habitants. Le pays est composé de plus de 60 groupes ethniques, dont les Akan, les Baoulé et les Sénoufo. Les minorités incluent les Yacouba, les Dan et les Guéré, confrontés à de diverses formes de discriminations. Le pays abrite plus de 60 groupes ethniques, mais certains, comme les Akan et les Dioula, détiennent un pouvoir disproportionné. Cette domination politique et économique se traduit par la marginalisation de groupes minoritaires (Yacouba, Dan,Guéré…). Les tensions interethniques ont été exacerbées par les conflits politiques et la compétition pour les ressources naturelles, ce qui a entraîné des discriminations et des violences contre les minorités ethniques après les élections de 2010. Cependant, les tensions ethniques ont souvent conduit à des conflits violents, en particulier. Le pays a mis en œuvre des politiques de réconciliation et de cohésion sociale pour promouvoir l’unité nationale et garantir les droits de toutes les ethnies. Des initiatives telles que la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) ont été mises en place pour traiter les injustices passées et promouvoir la réconciliation entre les différents groupes ethniques.

Le Ghana, compte 34.440.734 d’habitants et on y dénombre environ 50 groupes ethniques, dont les Akan, les Ewe et les Ga. Les minorités incluent les Gonja, les Frafra et les Dagomba qui font face à des défis en matière de protection de leurs droits. Bien que le Ghana soit généralement considéré comme un exemple de stabilité politique en Afrique de l’Ouest, les tensions interethniques et les inégalités persistantes représentent des obstacles à l’égalité des droits pour toutes les communautés ethniques. Les groupes Akan, comme les Ashanti et les Fante, constituent environ 45% de la population et dominent la vie politique et économique. Les groupes minoritaires, tels les Ewe, les Gonja et les Dagomba, se sentent souvent marginalisés et exclus. Ces groupes minoritaires ont un accès limité aux postes de décision et aux opportunités économiques. Ces situations engendrent parfois des conflits autour de l’accès aux terres et aux ressources naturelles. Cependant, il faut retenir que le Ghana a une histoire relativement stable de gouvernance démocratique, ce qui a permis la mise en place de politiques visant à promouvoir l’inclusion des minorités ethniques dans les processus politiques et la prise de décision. Cependant, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour garantir que toutes les ethnies bénéficient pleinement de leurs droits.

Dans l’ensemble, la situation des minorités ethniques en Afrique de l’Ouest souligne la nécessité de renforcer l’application des lois existantes, de promouvoir la tolérance et le dialogue interethnique, et de garantir une représentation politique équitable pour toutes les communautés ethniques. Seulement alors pourra-t-on espérer progresser vers une société plus inclusive et égalitaire dans la région.

Les peuls, partout et nulle part…

Les peuls entre stigmatisation et discrimination : La communauté peule en Afrique de l’Ouest est confrontée à une situation difficile, marquée par la stigmatisation, les discriminations et les violences, exacerbées par une mauvaise perception dans les médias et les conflits régionaux.

  1. Stigmatisation et discrimination : Les Peuls sont souvent victimes de stigmatisation et de préjugés, notamment en raison de leur identité ethnique et de leur mode de vie pastoral traditionnel. Cette stigmatisation peut conduire à des discriminations dans divers domaines de la vie, tels que l’éducation, l’emploi et l’accès aux services publics.
  2. Violences et conflits : La communauté peule est souvent prise au milieu de conflits intercommunautaires et interethniques, notamment avec les Touaregs dans certaines régions du Sahel. Ils sont également souvent assimilés à des groupes djihadistes en raison de leur appartenance ethnique et de leur mode de vie nomade, ce qui les expose à des représailles et des exactions de la part des forces militaires.
  3. Réponse et résilience : Face à ces défis, les Peuls ont souvent recours à des moyens de défense et de résistance, parfois par le biais de groupes d’autodéfense ou de milices. Ils cherchent à protéger leurs communautés des attaques et à faire face aux injustices auxquelles ils sont confrontés. Cependant, cette réponse peut également contribuer à l’escalade des conflits et à la perpétuation de la violence.
  4. Besoin de dialogue et de réconciliation : Pour briser ce cercle vicieux de violence et de stigmatisation, il est essentiel de promouvoir le dialogue intercommunautaire et la réconciliation. Cela implique de reconnaître les droits et les préoccupations légitimes de toutes les parties prenantes, de lutter contre la stigmatisation et de travailler ensemble pour construire des sociétés plus inclusives et pacifiques.

La situation des Peuls en Afrique de l’Ouest met en lumière les défis complexes auxquels sont confrontées les minorités ethniques dans la région. Pour promouvoir la paix et la justice, il est essentiel de s’attaquer aux racines de la stigmatisation et des conflits, tout en favorisant le dialogue, la compréhension mutuelle et la coopération entre les différentes communautés.

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