Sans bottes ni gilets de sauvetage, les enseignants de deux écoles lacustres de Sô-Ava rejoignent chaque jour leurs élèves à pied, dans une eau qui leur monte parfois au-delà de la taille. Dans un appel accompagné d’une vidéo, ils demandent aux autorités une barque motorisée et un minimum de protection.
Ils tiennent leurs chaussures à la main et portent leurs sacs à bout de bras. Chaque jour, les enseignants des écoles primaires publiques (EPP) de Kinto Agué et de Kinto Dokpakpa avancent dans l’eau, immergés jusqu’à la taille, parfois davantage, pour rejoindre leurs élèves. Ils n’ont ni bottes ni gilets de sauvetage.
Les deux collectifs d’enseignants ont lancé un appel à l’attention du Président de la République, Romuald Wadagni, et du ministre des Enseignements maternel et primaire. Le message s’accompagne d’une vidéo, dont des images montrent le groupe progresser dans l’eau. Sur l’une d’elles, un collègue perd l’équilibre et manque de tomber.
Kinto Agué et Kinto Dokpakpa sont deux villages lacustres de l’arrondissement d’Ahomey-Lokpo, dans la commune de Sô-Ava (département de l’Atlantique). Le trajet pour y accéder est long, précisent les enseignants, 3 kilomètres avancent certains.
« À chaque pas, nous avons peur », écrivent-ils : peur du courant, de la profondeur, de ne pas retrouver leur famille le soir. Ils disent pourtant tenir bon, pour les enfants qui les attendent et par attachement à leur métier. « Mais notre courage ne devrait pas être notre seule protection contre la noyade », ajoutent-ils.
Les enseignants formulent quatre demandes :
- une barque motorisée avec son conducteur, pour une traversée sûre et régulière ;
- des gilets de sauvetage pour tous les enseignants et passagers ;
- des bottes adaptées à ces conditions ;
- un accompagnement spécifique (prime d’éloignement ou de risque, suivi et soutien) pour permettre de tenir dans la durée.
Leur plaidoyer relie la sécurité des maîtres au sort des élèves. Protéger les enseignants de Kinto, soutiennent-ils, c’est garantir aux enfants de Kinto leur droit à l’éducation : sans sécurité, il n’y a pas d’enseignant, et sans enseignant, il n’y a pas d’avenir.
À ce stade, aucune réaction des autorités n’a encore été rapportée. Les signataires, eux, demandent qu’on regarde la vidéo, qu’on «voie leurs visages» et qu’on agisse «avant qu’il ne soit trop tard».
