Défenseur des droits humains et réfugié politique, Hugues Comlan Sosoukpe a été enlevé à Abidjan puis remis aux autorités béninoises. En détention provisoire à Ouidah, il comparait ce 14 juillet devant la CRIET. L’affaire indigne la communauté internationale. Lire le communiqué d’alerte de l’organisation internationale, Front Line Defenders.
Dans la nuit du 10 au 11 juillet 2025, le journaliste béninois Hugues Comlan Sosoukpe, réfugié au Togo depuis 2019, a été enlevé à Abidjan alors qu’il participait à un forum technologique officiel. Selon l’organisation Front Line Defenders, qui a publié une alerte ce 14 juillet, il a été illégalement remis aux autorités béninoises, en toute discrétion, malgré son statut de réfugié internationalement reconnu. Une arrestation opaque aux relents d’extradition illégale
Figure connue de la société civile, directeur du média en ligne Olofofo et ancien porte-parole de l’Association béninoise des activistes du web (ABWA), Sosoukpe est réputé pour son engagement sans relâche en faveur de la liberté d’expression, des droits humains et de la bonne gouvernance au Bénin. Le journaliste s’était rendu à Abidjan sur invitation du ministère ivoirien de la Transition numérique pour participer à l’Ivoire Tech Forum, prévu du 9 au 11 juillet. Il devait regagner Lomé le 13 juillet, comme le montre son billet de retour.
Mais sa famille, inquiète de ne plus avoir de nouvelles dès le soir du 10 juillet, a donné l’alerte. Le lendemain, la presse béninoise annonçait qu’il avait été présenté au procureur de la CRIET et placé en détention provisoire à la prison civile de Ouidah. Aucune déclaration officielle n’a été faite ni par le Bénin ni par la Côte d’Ivoire.

Un climat de répression dénoncé par les défenseurs des droits humains
Pour Front Line Defenders, cette arrestation forcée est non seulement contraire au droit international, mais aussi le symbole d’un climat de plus en plus hostile envers les journalistes et défenseurs des droits humains en Afrique de l’Ouest. « Hugues Comlan Sosoukpe est pris pour cible en raison de son travail légitime et pacifique », affirme l’organisation.
L’ONG irlandaise spécialisée dans la protection des activistes dénonce un harcèlement judiciaire aux motivations politiques et une violation grave du principe de non-refoulement, inscrit dans la Convention de Genève de 1951. Celle-ci interdit de renvoyer un réfugié vers un pays où il risque d’être persécuté. Or, le statut de réfugié de Sosoukpe est reconnu depuis 2019 par le Togo, où il résidait avant ce déplacement en Côte d’Ivoire.
Ce cas vient s’ajouter à une série d’atteintes aux libertés observées dans la sous-région, où les espaces démocratiques se rétrécissent et où les acteurs de la société civile sont de plus en plus souvent victimes de représailles. Les enlèvements discrets, les poursuites abusives et les détentions arbitraires sont devenus des outils de dissuasion.
Appels à la libération immédiate et à la protection des activistes
Dans son communiqué, Front Line Defenders formule quatre exigences claires à l’endroit des autorités béninoises. L’organisation demande :
- La libération immédiate et sans conditions de Hugues Comlan Sosoukpe ;
- L’abandon de toutes les accusations potentielles à son encontre ;
- La garantie de son intégrité physique et psychologique ;
- Et plus largement, la fin du ciblage systématique des journalistes, défenseurs des droits humains et lanceurs d’alerte.
L’affaire Sosoukpe relance la question de la protection réelle accordée aux réfugiés politiques dans la région, mais aussi celle de la complicité ou de la complaisance de certains États vis-à-vis des régimes autoritaires voisins. La communauté internationale, tout comme les ONG de défense des droits humains, est désormais appelée à se mobiliser pour exiger la transparence, la justice et le respect des engagements internationaux du Bénin.
Sauf retournement, Hugues Comlan Sosoukpe sera présenté ce lundi 14 juillet devant le juge des libertés de la CRIET. Un moment décisif dans une affaire devenue emblématique du combat pour la liberté d’expression et la protection des droits fondamentaux en Afrique de l’Ouest.
