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REVUE DE PRESSE : Neuf ans en otage, et une police qui traine les pas

Un fait préoccupant défraie la chronique depuis quelques jours et n’a pas manqué d’intéresser la rédaction de notre média. Certains confrères sont en effet revenus largement sur ce mariage forcé, qui met en scène la victime, dame Idjabatou L., donnée à 21 ans en mariage au sieur Latifou Sofianu. Selon « L’Échiquier » (n° 894 du 27 avril 2023, page 7) et « Sud Courrier » (n° 0465 du 25 avril 2023, page 9, rubrique Faits divers), qui ont abondamment relayé l’information, il s’agit bien d’un cas de mariage forcé. Nous revenons pour vous sur les faits.

Tout commence en 2014. Le père d’Idjabatou meurt et la jeune femme se retrouve sans protection. Dans bien des familles, le sort d’une fille orpheline dépend alors des aînés, et c’est ici l’oncle qui tranche. Sans lui demander son avis, il la destine à un septuagénaire, Latifou Sofianu, 75 ans. Son consentement, rapportent nos confrères, ne semble pas avoir compté. Le 24 avril 2014, l’oncle et d’autres anciens de la famille l’emmènent de force à Achoupka, dans la commune d’Avrankou (Ouémé), au nord de Porto-Novo. Elle y est retenue comme une otage. Des proches, sous le sceau de l’anonymat, parlent de rapports sexuels imposés, donc de viols répétés.

La fuite, la rattrape, la fuite…

Plusieurs fois, la jeune dame tente de s’échapper, et chaque fois la famille la rattrape, la bat et la ramène. Ce petit jeu cruel dure jusqu’au 7 janvier 2023, jour où elle s’évade pour de bon et trouve refuge chez une vieille tante, à Djègan-Kpèvi, à Porto-Novo.

« Affaire de famille » : le mur du commissariat

Sur les conseils de ses proches, elle dépose plainte le 17 janvier 2023 au commissariat du 4ᵉ arrondissement de Porto-Novo. Réponse des policiers : il s’agirait d’une « affaire de famille ». Circulez. Elle se réfugie alors chez une amie, à Tokan (Calavi). L’homme la retrouve avec l’aide d’une certaine dame Victorine A., présentée comme l’une de ses partenaires commerciales, et l’agresse. Une seconde plainte est déposée au commissariat de Togba, qui convoque les deux mis en cause pour le 14 avril 2023. Mais aucune mesure de protection ne suit. Convaincue que sa vie est en danger, et nourrissant même des doutes sur une possible complicité des forces de l’ordre, Idjabatou prend le chemin de l’exil le 6 mai 2023.

Des lois en pagaille, une application en berne

Le plus piquant dans cette affaire, c’est que les textes ne manquent pas. Le mariage forcé est interdit au Bénin depuis le Code des personnes et de la famille de 2004. S’y sont ajoutés la loi de 2012 sur les violences faites aux femmes, le Code de l’enfant de 2015 et le Code pénal de 2018. La loi du 20 décembre 2021 range le mariage forcé parmi les violences basées sur le genre, durcit les sanctions, aggrave les peines pour un viol commis par un proche ou une personne ayant autorité, et rend gratuit le certificat médical nécessaire à la plainte. Pourtant, selon l’Ofpra, trois filles sur dix sont encore mariées avant 18 ans. En octobre 2022, le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) a salué les progrès législatifs, tout en pointant la persistance des violences et une connaissance ou une application insuffisantes des textes. Les organisations de défense des droits de l’enfant citent la pauvreté, le faible niveau d’instruction, les inégalités de genre et l’impunité.

In fine…

Entre la loi votée à Cotonou et le guichet d’un commissariat de quartier, l’écart reste immense. Renvoyer une plaignante vers sa famille, c’est la remettre à ceux qui l’ont livrée à son agresseur. Aujourd’hui en exil, Idjabatou L. pose une question qui dépasse son cas : combien d’autres Béninoises se heurtent au même mur ?

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