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Affaire Hugues Sossoukpè: Une mobilisation internationale pour la liberté d’informer

Enlevé à Abidjan le 10 juillet 2025, Hugues Comlan Sossoukpè, journaliste béninois et réfugié politique, a été transféré de force au Bénin et incarcéré sans procédure légale. Deux documents — un communiqué de presse et une tribune internationale — signés par des professionnels des médias africains et internationaux, dénoncent cette grave violation du droit international. Une affaire symptomatique d’un recul inquiétant des libertés fondamentales en Afrique de l’Ouest.

Le 10 juillet 2025, lors de sa participation au Ivoire Tech Forum à Abidjan, le journaliste d’investigation béninois Hugues Comlan Sossoukpè est arrêté sans mandat. En moins de 48 heures, il est secrètement transféré vers le Bénin, son pays d’origine, et placé en détention à la prison civile de Ouidah. Aucune procédure judiciaire n’a été respectée, aucun droit n’a été notifié à l’intéressé, pourtant reconnu comme réfugié par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) depuis 2019 au Togo. Un enlèvement transfrontalier sous haute tension.

Le communiqué de presse daté du 27 juillet et la tribune signée par des dizaines de journalistes dénoncent cet enlèvement comme une « disparition forcée transfrontalière », en violation flagrante du droit d’asile et des conventions internationales. Cette arrestation, qualifiée d’arbitraire, marque un précédent alarmant pour tous les réfugiés politiques et journalistes critiques sur le continent africain.

Ancien secrétaire général de l’Association béninoise des activistes du web (ABWA) et directeur du média en ligne Olofofo, Hugues Sossoukpè s’était exilé au Togo après avoir dénoncé les dérives autoritaires du régime béninois à la suite des élections de 2019. Mais l’exil n’a pas suffi à le protéger. Selon la tribune, son enlèvement n’est pas un fait isolé mais le symptôme d’une criminalisation croissante du journalisme indépendant en Afrique de l’Ouest.

Une mobilisation internationale pour la liberté d’informer

Face à cette dérive, la communauté journalistique s’organise. La tribune internationale, intitulée « Liberté pour Hugues Sossoukpè : quand un journaliste réfugié devient une cible », est un appel vibrant à la solidarité. Elle rassemble une trentaine de signataires : journalistes, rédacteurs en chef, web-activistes, réalisateurs et défenseurs de la liberté de la presse, issus du Sénégal, du Bénin, du Togo, de la Côte d’Ivoire, de la France ou encore d’organisations transnationales.

Les griefs exprimés sont lourds : détention arbitraire, accusations abusives (apologie du terrorisme, incitation à la rébellion), violations des garanties judiciaires, complicité des autorités ivoiriennes, et privation de contact avec les avocats et la famille. Le tout dans un climat de silence institutionnel, renforçant l’impunité et la peur.

Mais loin de se taire, les signataires prennent la plume pour rappeler qu’«un réfugié ne doit pas redevenir une proie» et que «la vérité ne s’enferme pas». Ils exigent :

  1. La libération immédiate et inconditionnelle de Hugues Sossoukpè ;
  2. Le respect de son statut de réfugié ;
  3. Son transfert sécurisé vers un pays tiers offrant les garanties nécessaires à sa sécurité ;
  4. L’ouverture d’une enquête indépendante sur son enlèvement ;
  5. Des garanties de non-répétition de ce type de violations.

Une pétition en ligne a été lancée pour mobiliser l’opinion publique internationale autour de son sort : https://www.change.org/LiberezSossoukpe. Le hashtag #FreeSossoukpe a commencé à circuler sur les réseaux sociaux, dans une campagne qui pourrait rapidement prendre de l’ampleur.

La liberté de la presse et le droit d’asile en péril

Au-delà du cas personnel de Sossoukpè, l’affaire révèle une tendance préoccupante : le droit d’asile, socle du droit international humanitaire, se fragilise sous les coups de boutoir des États autoritaires. La détention de ce journaliste met en lumière un double échec : celui des garanties juridiques internationales et celui des mécanismes régionaux censés protéger les exilés politiques.

Cette affaire remet aussi sur la table la question de la collaboration tacite ou active entre certains gouvernements africains pour museler les voix dissidentes, même au-delà de leurs frontières. Le silence des autorités ivoiriennes, qui ont permis l’enlèvement sur leur territoire, est lourd de conséquences. Il crée un dangereux précédent, selon lequel un réfugié pourrait être capturé à tout moment, n’importe où, sans que son statut le protège réellement.

La tribune internationale, par son ton direct et son indignation assumée, tente de briser ce cycle de silence et de peur. En qualifiant cette arrestation de « triple menace » — contre la liberté d’informer, contre le droit d’asile et contre l’intégrité physique de ceux qui osent témoigner —, elle élargit la portée du cas Sossoukpè à l’ensemble de la profession journalistique et aux militants des droits humains.

Enfin, l’affaire pose une question fondamentale : à quoi sert encore le statut de réfugié si les États peuvent l’ignorer impunément ? Cette question, d’apparence juridique, est en réalité politique. Car ce qui est en jeu ici, c’est la survie d’un espace public où la vérité a encore sa place.

Le choix entre silence et solidarité

L’affaire Hugues Sossoukpè oblige à sortir de l’indifférence. Elle met en lumière les failles d’un système de protection internationale défaillant, la banalisation de la violence contre les journalistes, et l’inaction complice des États. À travers cette arrestation, c’est tout un pan de la liberté d’expression qui vacille.

Mais la réaction des journalistes et des médias engagés montre qu’une autre voie est possible : celle de la solidarité. Une solidarité sans frontières, qui refuse que la peur et l’impunité deviennent la norme. Une solidarité qui affirme, haut et fort : le journalisme n’est pas un crime. Pas plus que la quête de vérité. La mobilisation pour Hugues Sossoukpè ne fait que commencer. Elle incarne un combat plus vaste, pour que chaque voix libre ait encore un écho. Pour que, demain, un réfugié ne soit plus une cible.

Pétition à signer : https://www.change.org/LiberezSossoukpe
#FreeSossoukpe #JusticeForHugues #JournalismIsNotACrime

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