Arrêté dimanche à Libreville, Samy Boucalt, autoproclamé «général des Mapanes» et redouté pour ses intimidations contre des commerçants béninois, voit sa chute marquer un signal fort des autorités face aux dérives communautaires amplifiées par les réseaux sociaux.
Dimanche dernier, les forces de l’ordre gabonaises ont mis fin aux agissements de Samy Boucalt, autoproclamé « chef d’État-major des Mapanes ». Connu pour ses vidéos intimidantes circulant massivement sur les réseaux sociaux, l’homme s’était bâti une réputation de justicier autoproclamé, imposant sa loi aux commerçants – en particulier béninois -dans plusieurs quartiers de Libreville.
Son arrestation marque un tournant : pour la première fois, les autorités gabonaises réagissent fermement face à des comportements qui menaçaient de dégénérer en conflit communautaire. Selon des sources proches du dossier, Boucalt est poursuivi pour troubles à l’ordre public et incitation à la haine. Il a été interpellé en compagnie de plusieurs proches, dont l’un reste activement recherché. Depuis, il est détenu dans un lieu tenu secret, les autorités invoquant des raisons de sécurité et la nécessité de garantir le bon déroulement de l’enquête.
Un passé judiciaire et un rôle usurpé
Samy Boucalt n’est pas un inconnu des services de sécurité. Ancien coupeur de route, il aurait été condamné à une longue peine de prison pour enlèvements et violences, avant de bénéficier d’une libération controversée. Proche du véritable « général des Mapanes », Gaël Koumba Ayoune, parti s’installer en Europe, Boucalt a profité de ce vide pour s’autoproclamer chef d’un nouvel « État-major ».
Entouré d’acolytes vêtus de noir et filmé en treillis, il multipliait intimidations, fermetures forcées de commerces et discours discriminatoires, relayés massivement sur les plateformes numériques. Ces vidéos choquaient une partie de l’opinion publique gabonaise et suscitaient des appels à sa mise hors d’état de nuire.

Les réseaux sociaux comme catalyseur de tensions
Les vidéos de Boucalt – coups de pied dans la marchandise, menaces verbales, invectives contre les commerçants béninois – ont rapidement inondé les réseaux sociaux. Leur viralité a renforcé sa notoriété tout en exacerbant les tensions.
Cette diffusion en ligne n’a pas seulement choqué : elle a aussi nourri une rhétorique nationaliste et xénophobe, incitant certains internautes à appeler à des représailles. Le risque que la communauté gabonaise installée au Bénin – étudiants civils et militaires – devienne à son tour la cible d’hostilités n’est plus théorique. Dans un contexte déjà fragilisé par des litiges commerciaux à Lambaréné et de nouvelles restrictions économiques, les provocations de Boucalt ont servi de catalyseur, menaçant de transformer un conflit local en crise diplomatique.

Pressions citoyennes et portée politique
Face à ces dérives, plusieurs voix se sont élevées au Gabon. Le militant Bernard Christian Rekoula, figure du Copil citoyen, a dénoncé des « appels aux meurtres filmés » et mis en garde contre l’inaction des autorités, estimant que la responsabilité internationale incomberait au président Brice Clotaire Oligui Nguema. Le caricaturiste Pahé, de son côté, a alerté : « On sait comment ça commence, mais on ne sait pas comment ça finit. »
L’arrestation de Boucalt apparaît ainsi comme un test pour l’État de droit dans le pays. Elle rappelle que nul ne peut se substituer aux institutions judiciaires et que la cohésion sociale doit être protégée face aux dérives de l’auto-justice et à l’exploitation des réseaux sociaux comme instruments d’intimidation où de buzz. Un communiqué officiel est attendu pour préciser les charges retenues et les suites de l’enquête, mais le signal envoyé est clair : l’État gabonais semble bien reprendre la main. Dans ce même sillage, il est attendu aussi bien des autorités que des populations béninoises, de jouer pleinement leur partition afin que les deux peuples frères vivent en harmonie.
